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Quand le colonel Alamir Maïga parle, il dit tout, haut et fort. Et puisqu’il ne parle que quand il y a urgence, il a accepté de nous parler en cette période cruciale de l’histoire millénaire du Mali. Toujours franc et acerbe, l’ancien gouverneur de Sikasso et fidèle compagnon du président déchu, Moussa Traoré, analyse la crise actuelle qui secoue le Mali et propose une solution de sortie de crise. Un cours d’école de guerre…

Il ne fait pas dans la dentelle quand il parle. Mais il ne pinaille pas. Très meurtri et dépité par l’état de déliquescence dans laquelle est tombée l’armée malienne et de la division qui la ronge ; très amer de l’occupation du nord du pays par les groupes terroristes d’Ançar Eddine et du Mnla, le colonel Alamir Maïga est convaincu toutefois que l’espoir est permis. Le natif de Goundam pense cependant que l’Etat du Mali et les associations communautaires locales du nord doivent franchir l’étape des discours de salon et aller droit au but. Car, la solution à la crise que connaît le Mali par l’occupation du nord est militaire.

Loin d’être un va-t-en-guerre, l’ancien officier supérieur de l’armée malienne, trouve que la voie diplomatique ne pourra aboutir, dans le contexte actuel marqué par la suprématie de l’ennemi, en puissance de force. Il faut donc à ce problème une offensive militaire. Mais, conseille-t-il, il y a un préalable pour y parvenir : « il nous faut d’abord au moins deux avions de guerre pour avoir la suprématie de l’air, une quantité suffisante de carburant…Si ce n’étaient pas les combats aériens, l’Otan n’aurait pu vaincre la Libye de Kadhafi. », argue-t-il.

« Il faut mettre les subalternes dans leurs droits et exigez leur des devoirs »

S’agissant de la réticence de l’armée à aller sur le front et la mutinerie qui a abouti au coup d’Etat du 22 mars dernier, le colonel Maïga pense que les droits des subalternes ont été torpillés par leurs supérieurs. Il comprend donc la révolte des casernes qui a déposé le président ATT. « Je l’ai dit au chef d’Etat major (Gal Gabriel Poudiougou) ; “nous (militaires) avons trop longtemps acceptés d’être les esclaves des hommes politiques. Nous ne leur disions pas la vérité de peur de perdre nos postes…. Il faut accorder aux subalternes leurs droits, ils feront leur devoir’’. Par exemple, les jeunes qui vont en mission de maintien de la paix à l’étranger, ont des problèmes à entrer dans leurs droits à leur retour. C’est un problème pour eux d’avoir leurs récompenses que leurs supérieurs détournent.

C’est donc normal que les subalternes bouclent leurs supérieurs dès que le régime tombe. Je me souviens que le 26 Mars 1991, j’ai été enfermé par des subalternes, moi-même. » A ces raisons s’ajoute le statut particulier des soldats d’origine touarègue : « des gens qui prennent (désertent) des congés de plusieurs mois avec armes et munitions et qui reviennent les mains nues ne sont pas sanctionnés. Pire, ils perçoivent leurs salaires jusqu’au dernier centime… ». Autant de raisons qui, selon le colonel Alamir Maïga, frustrent et qui entraînent une armée dans l’anarchie dans laquelle a sombré la nôtre depuis l’éclatement de la crise au nord du Mali.

Il nous a fait d’autres révélations et, l’éthique et la déontologie nous contraignent à garder certains secrets, cruciaux pour la survie d’une nation en guerre. Au bon moment, lui-même se promet de publier un mémoire. A suivre.

Amadou Salif Guindo

Le Matin du 31 Mai 2012