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A l’image d’un vendredi 22 mars 1991 dénommé «Vendredi noir», des militants de droits de l’homme au Mali ont constitué un «collectif Janvier noir» en souvenir du conflit armée qui sévit actuellement au nord Mali.

Ce collectif a tenu un point de presse (sa première rencontre avec les médias), le 14 février pour exprimer son indignation face à la crise qui prévaut dans notre pays depuis le 17 janvier, date à laquelle la ville de Ménaka (région de Kidal) fut attaquée par des insurgés se réclamant du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA). Le front de Ménaka fut le premier d’une série d’attaques contre les bases militaires du Mali conduite par le MNLA et des éléments d’Al Qaeda du Maghreb Islamique (AQMI).

Le collectif Janvier noir est constitué notamment de l’association pour le développement et la justice (ADJ) et l’observatoire de l’Etat de droit(OED). Ces organisations regroupent notamment des juristes (le magistrat Daniel A Tessougué, les avocats Mohamed Aly Bathily, Alioune Berthé, etc.) ainsi que des acteurs du mouvement démocratique des années 1990 comme le Pr. Abdoulaye Traoré dit Diop.

Pour «Janvier noir», le gouvernement doit considérer cette question comme un défi pour la survie de la nation malienne. «Préserver le Mali de toute dérive destructive». C’est l’intention qu’anime le collectif qui indique soutenir les initiatives de recherche de la paix, de l’unité nationale et de l’intégrité du territoire. Cela, précise-t-il, sans préjudice de justice. Le collectif a condamné les exactions commises contre les communautés nordistes dans plusieurs villes entre le 31 janvier et le 2 février dernier.

Pour ce collectif, le pays est gangrené par une mauvaise gouvernance caractérisée par la gabegie, le clientélisme et la corruption. Cette situation, selon ses leaders, est d’ailleurs l’une des causes principale de la crise au nord.

Seydou Coulibaly

16 Février 2012

©AFRIBONE


Daniel Tessougué à propos de la gestion de la crise du nord : «Les partis politiques se sont mis à plat ventre devant un seul homme»

Les évènements du nord ont amené un certain nombre d’observateurs à se regrouper au sein du « Collectif janvier noir » pour réfléchir sur la question. Il est composé de l’ADJ et de l’Observatoire pour l’Etat de droit (OED). Cette nouvelle association était face aux journalistes, le mardi 14 février dernier, à la maison de la presse.

Au cours de cette rencontre, les responsables de ce collectif, Abdoul Traoré dit Diop, Daniel Tessougué et Me Mohamed Ali Bathily ont violemment critiqué la gestion de la crise du nord par le président de la République et le comportement de la classe politique.
Comme à son habitude, Daniel Tessougué s’est montré très critique à l’égard du président ATT et de la classe politique.

Les mots n’étaient du tout tendre à leur endroit : « les partis se sont mis à plat ventre devant un seul homme, qui est devenu puissant et n’écoute personne. Conséquence, nous avons un pouvoir solitaire qui fait ce qu’il veut ». Daniel Tessougué a également brossé sommairement la situation actuelle de notre pays, caractérisée selon lui, par une corruption généralisée dans tous les domaines. « ATT a encouragé le laisser aller dans notre pays. Il y a la corruption partout, à l’école, dans les hôpitaux, dans les tribunaux », a-t-il dit.

Par rapport à la tenue des élections générales de 2012, il a déclaré que la situation actuelle n’autorise pas la tenue d’élection régulière.
Il a été rejoint par Me Mohamed Ali Bathily qui voit déjà un coup d’Etat institutionnel, accusant les partis politiques et notamment les députés et le président de l’Assemblée nationale de ne pas jouer leur rôle. Pour lui, les partis politiques n’auraient pas dû déplacer le débat chez le président de la République.

A ses dires, les députés devraient avoir le courage politique d’interpeller le gouvernement concernant la gestion de cette crise. « Jusqu’à présent, personne ne sait combien de soldats ont été tués et quelles sont les mesures que le gouvernement compte envisager pour assurer l’intégrité de notre territoire », a-t-il martelé, avant d’ajouter que « l’armée n’a pas été vaincue, elle a été atteinte par la mauvaise gouvernance.»

Le clou de son intervention a surtout été : « le président de la République ne peut plus organiser le référendum qu’il compte coupler avec la présidentielle du 29 avril prochain ». Pour Me Bathily, s’il le fait, il sera coupable de crime de haute trahison conformément à son serment. Car il est convaincu que si le référendum a lieu, ATT aura violé la Constitution. Pour la simple et bonne raison que selon l’article 118 de la loi fondamentale, « aucune modification de la constitution ne peut se réaliser si une partie du territoire est attaquée. Nous sommes bel et bien dans cette situation, donc ATT doit renoncer au référendum.»

Auparavant, Abdoul Traoré dit Diop avait lu une déclaration. On retient, entre autres, de celle-ci, que le Collectif janvier noir « s’incline devant toutes les victimes de ce conflit fratricide et présente ses condoléances à leurs familles, en appelle au sens de l’honneur, de l’humanisme et de la justice qui habite chaque citoyen malien digne de ce nom pour préserver le pays de toute dérive destructrice, en défendant toutes les communautés qui composent ce pays sur la base de l’équité édictée depuis 1236demande la mise en place d’une Commission d’enquête parlementaire pour contribuer à éclairer l’opinion nationale et internationale sur le conflit du Nord.»

Youssouf Diallo

Le 22 Septembre du 16 Février 2012