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Dans une lettre ouverte dont une copie nous est parvenue, le Collectif des travailleurs licenciés de l’Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma) recadre le secrétaire général de l’UNTM qui, dit-il, n’a pas joué le rôle qui devait être le sien dans la privatisation de leur entreprise. Tout en demandant à Siaka Diakité d’être à l’avenir plus vigilant, les licenciés d’Huicoma affirment que le combat du gouvernement actuel n’est pas un combat contre la pauvreté, mais un combat contre les pauvres.

« Camarade secrétaire général,

Nous avons assisté le 31 mars 2008 à la conférence de presse que vous avez organisée dans vos locaux afin d’éclairer l’opinion nationale et internationale sur vos préoccupations du moment.

Il est ressorti de votre discours le mot « déception », car l’Etat n’a pas respecté les clauses du protocole d’accord de juillet 2007 qui vous lient.

Vous avez parlé de la cherté de la vie, de l’école malienne, de la crise du Nord, d’EDM, de la Sotelma et de la CMDT. Votre exigence concernant la dernière citée est la mise en place d’un plan social avant la privatisation. Et Huicoma ?

Vous n’en avez parlé que pour faire l’éloge des investissements du repreneur. Certes cet investissement annoncé est colossal, mais est-il vérifiable ? Par contre, nous estimons que jusqu’à maintenant le repreneur n’a utilisé que les ressources d’exploitation de Huicoma.

Sinon comment comprenez-vous la démission du Cabinet d’expertise Diarra de son poste de commissariat aux comptes de Huicoma ? Vous avez également parlé des difficultés qu’il rencontre notamment avec la CMDT pourvoyeuse en graine de coton.

Quel sort réservez vous aux 400 travailleurs licenciés ?

Camarade, c’est suite à la négligence, au manque d’intérêt de la centrale syndicale que ces travailleurs se sont trouvés dans la rue sans plan social adéquat avec comme conséquence la mort économique d’une ville comme Koulikoro où les femmes sont descendues dans le lit du fleuve pour faire les manœuvres au lieu de s’occuper des véritables tâches ménagères et de l’éducation de leurs enfants. Il en est de même des localités de Koutiala (cf journal L’Essor du 31 mars 2008) et de Kita.

Camarade secrétaire général, la véritable misère se trouve dans votre cour. Donc la lutte contre la pauvreté initiée par l’Etat et qui fait l’objet d’actions d’éclats à forte médiatisation devait commencer par la Bourse du travail en mettant les partants volontaires, les travailleurs déflatés dans leur droit et sans conditions. La Bourse du travail aujourd’hui ressemble à une morgue, un hôpital, à la Maison des aînées ou à la Grande mosquée de Bamako où les travailleurs viennent pour quémander l’aumône.

L’UNTM est une organisation sérieuse et digne qui a répondu à tous les grands rendez-vous de l’histoire malienne. Nous lui en sommes très reconnaissants. Cependant, permettez-nous de douter si elle connaît l’ampleur de la demande sociale et si elle croit en ses propres forces.

Camarade secrétaire général, si l’UNTM veut, elle peut.

Nous sommes d’accord pour le dialogue social afin que le pays rencontre une certaine stabilité et montre une image positive à nos partenaires au développement, mais jusqu’où doit-on aller ? Et jusqu’à quand doit-on attendre ?

Prenez vos responsabilités et usez de toutes les pressions syndicales au lieu de prendre des armes comme certains le font dans le Septentrion malien pour se faire entendre. Nous sommes d’accord pour un dialogue réfléchi où le respect des engagements doit être de rigueur.

Ramenez l’Etat sur terre en lui montrant que la lutte contre la pauvreté est un tout. Ce qui se passe maintenant n’est pas la lutte contre la pauvreté, mais celle contre les pauvres. Camarade secrétaire général nous vous renouvelons notre confiance en espérant sur une résolution rapide de ces différents problèmes ».

Bamako, le 31 mars 2008

Le Collectif

02 avril 2008.