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Monsieur,

C’est avec de sérieuses interrogations que le Collectif des Maliens de la diaspora apprend que vous organisez au Parlement européen, une conférence intitulée : « La situation des Touaregs du Mali : dialogue avec le MNLA » (Mouvement national de libération de l’Azawad), le 22 mai 2012, de 10 h à12 h, au Parlement européen de Strasbourg.

En effet, le Collectif des Maliens de la diaspora tient à informer votre auditoire, les honorables Eurodéputés, vous-même et tous les démocrates, que ceux qui se présentent sous l’appellation de « Mouvement national de libération de l’Azawad » ne sont ni plus, ni moins qu’un groupuscule de bandits armés composé d’une minorité de Touaregs, d’ex-combattants libyens et terroristes du régime de Kadhafi.

Le MNLA n’a pas hésité à s’allier avec les mouvements jihadistes Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Ançar Eddine (groupe salafiste), Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest), des narcotrafiquants et des criminels de nationalités diverses : Afghans, pakistanais, libyens, etc.

Nous vous donnons pour preuve de cette alliance l’attaque commune, le 24 janvier 2012, du camp d’Aguelhok revendiquée par tous les alliés, les exécutions sommaires contre l’armée malienne et les atrocités contre les populations civiles provoquant le déplacement des centaines de milliers de nos compatriotes à l’intérieur du pays ou leur exil.

Le summum sera atteint lorsque cette alliance (MNLA en tête) a pris livraison, les 30 mars et 1er avril 2012 les trois cités administratives des régions nord du Mali ; à savoir : Kidal, Tombouctou et Gao, cédées sans combats par les commandements militaires de leur obédience.

L’occupation de la ville de Gao n’a été effective que, lorsqu’à la demande du MNLA, le groupe islamiste Ançar Eddine a envoyé un renfort de trente véhicules remplis de jihadistes. Les assaillants ont alors méthodiquement pillé et détruit tout sur leur passage : structures médicales et paramédicales (hôpitaux, maternités, pharmacies, unités communautaires de soins, etc.), stocks de vivres, dépôts et réserves stratégiques de combustibles, banques et symboles de l’administration, Eglises, biens privés et patrimoines personnels.

En plus de leurs actes séparatistes, les éléments du MNLA se sont rendus coupables de crimes et exactions subis par les populations du Nord : tueries, viols systématiques des filles, séquestrations, enlèvements, vandalismes et confiscations de biens, etc.

A cela, il faudra ajouter les crimes de leurs alliés islamistes : enlèvement et prise d’otages, imposition de la charia, amputation de membres, imposition du niqab, pillage du patrimoine culturel de l’humanité (destruction du monument d’Alfaruk, profanation du mausolée de Cheick Sidi Mahmoud Ben Amar à Tombouctou), pillage des bars et des églises, chasse et persécution des chrétiens. Les populations du Nord qu’ils prétendent « libérer » continuent de vivre cet enfer.

Tous ces faits ont été dénoncés par l’ONU et par différentes organisations de défense des droits de l’Homme parmi lesquelles Human Right Watch (HRW) dont le rapport sur le sujet est consultable sur : http://www.hrw.org/fr/news/2012/04/30/mali-les-rebelles-du-nord-perp-trent-des-crimes-de-guerre Est-il besoin d’autant de monstruosités pour exiger des droits, fussent-ils les plus légitimes au monde ?

Nous comprenons et admirons tout combat en faveur de la paix et de la justice dans le monde. Vous êtes dans votre rôle en tentant de défendre les libertés individuelles et les droits des peuples, mais vous devrez vous assurer que votre démarche ne vise pas le contraire. Cela n’est possible qu’en écoutant toutes les parties belligérantes d’un conflit et en toute neutralité, par la recherche de données objectives, la recherche de la vérité.

Malheureusement, vous semblez avoir déjà pris parti et votre titre de président du Friendship Euro-Amazigh en dit long. Toutes nos demandes de participation à la conférence ont été rejetées au motif que seuls les députés ont le droit de participer

Pourtant, à travers votre liste d’intervenants, les membres du MNLA y participent sans être des députés.

Le Collectif des Maliens de la diaspora peut entendre votre sympathie pour les partis et organisations autonomistes de part le monde. Sauf erreur de notre part, votre parti, Partitu di a Nazione Corsa (Parti de la nation corse) exclut toute violence dans l’expression de ses revendications. Dès lors, êtes-vous sûr que le MNLA, auteur d’une telle barbarie et qui n’a à ce jour aucune existence légale, soit un partenaire aussi fréquentable pour l’inviter au Parlement européen, haut lieu de la liberté et de la démocratie ?

Que diriez-vous si un groupe d’une centaine de vos concitoyens séparatistes font alliance avec des islamistes et des narcotrafiquants pour venir semer viols, pillages et destructions, bref la terreur, sur la moitié de votre terre d’existence et ainsi contraindre une bonne partie de sa population à l’exil ? Etes-vous sûr de savoir précisément ce qui se passe actuellement dans les régions nord du Mali ?

Il ne serait pas inintéressant que vous y fassiez un tour. Nous verrons si vous maintiendrez toujours votre initiative de soutenir le MNLA et si vous continuerez à le hanter.

Le 17 février 2012, vous faisiez la déclaration suivante au Parlement européen :

« Le peuple touareg vit une situation de peuple marginalisé sur l’ensemble de ses territoires. En Azawad, le territoire touareg du Mali, tous les engagements pris en leur faveur depuis 30 ans n’ont jamais été tenus. Aussi, le Mouvement national de libération de l’Azawad se bat pour que le peuple touareg soit reconnu dans ses droits historiques et culturels. Tout cela me semble parfaitement légitime.

Pourtant, notamment au nom du risque islamiste terroriste qui existe dans cette région, il est question de prêter main forte aux militaires maliens pour réprimer le mouvement touareg. Tel semble être le sens du discours que [Catherine Ashton] a tenu. Nous combattons cette option car le MLNA n’a aucun rapport, ni aucune affinité, avec le mouvement islamiste radical.

Au contraire, les traditions amazigh du peuple touareg s’opposent aux principes de la charia et elles mettent en avant un droit coutumier beaucoup plus tolérant, notamment vis-à-vis de la condition des femmes. Les populations touarègues, et le MLNA, seront de bien meilleurs remparts contre l’intégrisme que tous les régimes militaires placés sous perfusion occidentale. Il faut engager le dialogue avec le MLNA pour arriver à une véritable stabilité dans cette région du monde ».

En réponse à ces calomnies et avec tout le respect dû à votre rang, nous précisons que le peuple touareg est une partie intégrante des populations du Nord qui vivent dans les mêmes conditions. Il a été trahi, volé et humilié par une poignée d’hommes (de rebelles) qui ont géré en leur nom et dilapidé les centaines de milliards accordés par le Mali et la communauté internationale. Le peuple touareg doit être conscient de la complaisance et de la gabegie de ses leaders. Ce sont ces leaders qui ont les premiers et à plusieurs reprises, violé leurs engagements contenus dans les différents accords conclus avec l’Etat malien : banditisme armé, mutineries des ex-combattants intégrés, vol et fuite avec les armes.

Continuez-vous encore à ce jour de soutenir que le MNLA n’a aucun rapport avec l’islamisme radical ?

En plus des attaques communes contre le Mali jusqu’à l’occupation des villes du Nord, le MNLA a été financièrement et matériellement soutenu par Ançar Eddine et les narcotrafiquants. Il est indéniable que la lutte les a unis et même si la gestion a tendance à les séparer, ils continuent d’entretenir des rapports.

Savez-vous que Iyad Ag Ghaly, le chef de Ançar Eddine, était le chef de la rébellion touareg en 1990 ? Savez-vous que c’est un Targui d’Abeïbara (région de Kidal) ? Il a seulement changé de veste pour mieux servir la même cause qui n’est ni religieuse, ni séparatiste mais purement affairiste.

Le souci du MNLA qu’il n’avait pas au départ, c’est le soutien de la communauté internationale, ce qui est incompatible avec son alliance avec les islamistes d’où la nécessité de renier leur alliance. Il veut régner sur le Nord quels que soient sa religion et son système. Les islamistes, eux sont restés fidèles à leurs objectifs de départ et Iyad Ag Ghaly n’a pas intérêt à revenir sur les objectifs de ses bailleurs.

Dans le cas d’une séparation entre le MNLA et les islamistes, on doit craindre le pire, car les islamistes sont aujourd’hui plus dominants sur le terrain. Ils sont plus nombreux, plus équipés et plus riches car soutenus par un réseau mondial.

S’agissant de la prétendue Azawad, examinons le fondement même du MNLA :

Le MNLA revendique l’indépendance de l’Azawad avec pour argumentaire le découpage colonial qui a ignoré l’existence de l’Azawad et de ses populations, que le Mali est récent.

Avant de vous démontrer la fausseté de leurs arguments basés sur le découpage colonial, nous voudrons attirer votre attention sur le fondement raciste de cette revendication. En effet, cette minorité targuie (tous les Touaregs ne sont pas séparatistes et ne font pas partie du MNLA) ne veut pas et n’a jamais voulu être dirigée par des Noirs à la tête de l’Etat malien.

A la veille des indépendances (dans les années 1950) quelques leaders touaregs ont demandé au général de Gaulle l’une des solutions suivantes :

– leur rattachement direct à la France,

– leur rattachement à la Mauritanie,

– ou leur indépendance.

Ils acceptent être dirigés par des peaux blanches, mais jamais par des Noirs alors que la majorité au Soudan français (devenu Mali) est noire et c’est cette majorité qui devrait gouverner après le départ des colonisateurs français.

Après cette précision, le Collectif des Maliens de la diaspora tient à souligner ce qui suit :

1. Pour rappel, aucun livre d’histoire ne fait référence à une quelconque entité politique ou historique en rapport avec l’Azawad. Historiquement, les Touaregs sont des étrangers au Mali, car issus de Berbères ayant fui les persécutions des pays arabes (Maghreb, Cyrénaïque). Comme le disent les séparatistes, le Mali est récent (né après la colonisation) et le colonisateur français a trouvé les Touaregs, mais les ancêtres des Touaregs ont trouvé les Noirs au Soudan. L’Azawad fait partie de ce Soudan qui veut dire noir (en arabe) et qui était le pays des Noirs.

Comme l’atteste Tarik Es-sudan, l’un des rares livres de références sur l’histoire africaine, Tombouctou même est connue sous le nom de « Bilad es-sudan », c’est-à-dire la ville des Noirs. Aucun démocrate ne peut défendre la cause du MNLA, car on ne peut pas immigrer au pays des Noirs et ne pas vouloir être dirigé par cette majorité noire dans un monde juste.

Linguistiquement, l’Azawad en tamasheq ou berbère signifie « zone de pâturage » sous-entendue, l’élevage qui n’est pas l’apanage des Touaregs. Cette activité est en effet majoritairement tenue par les Peuls. De plus, la zone que ces étrangers ont appelée « Azawad » est de dimensions minuscules par rapport aux régions Nord du Mali que le MNLA réclame aujourd’hui. C’est la zone entre Tombouctou et Arouane, qui est située à environ 500 km de Tombouctou, sur la route de Taoudenni.

2. Les Touaregs, qui ne représentent que 2 % de la population des régions Nord du Mali, sont dans leur très grande majorité profondément attachés à leur appartenance au Mali et adhèrent aux valeurs de la République. Cela peut se vérifier à travers toutes les structures de l’Etat malien et aussi à travers la diffusion de la population sur le territoire. Le MNLA ne peut donc se prévaloir d’aucune légitimité pour parler au nom des Touaregs et encore moins des autres populations des régions Nord du Mali.

3. Depuis deux décennies, l’Etat malien a engagé des efforts considérables pour le développement des régions du Nord du pays dans le cadre du Pacte national de 1992 et des accords d’Alger de 2006. En témoignent les nombreux projets de développement destinés à ces zones, aux dépens des autres régions du Mali, et gérés par des leaders touaregs.

C’est également le lieu de rappeler l’intégration d’ex-combattants rebelles dans l’armée malienne, le recrutement de cadres touaregs à la fonction publique sans concours et la nomination de cadres touaregs à de hautes fonctions de l’Etat (le cas de l’ex-ministre malienne, membre de la délégation des bandits armés apatrides et ingrats est un des nombreux exemples pour démentir les fallacieuses allégations contre le Mali).

Rien, absolument rien, ne peut donc justifier les crimes actuellement perpétrés par le MNLA et ses soutiens islamistes dans les régions du Nord du Mali, surtout pas au nom de nos compatriotes touaregs qui ne leur ont rien demandé.

Pour sa part, le Collectif des Maliens de la diaspora estime que la place des membres du MNLA est au Tribunal pénal international et non au Parlement européen. Le Collectif des Maliens de la diaspora reste à votre disposition pour tout échange éventuel sur ce dossier et vous adresse sa parfaite considération.

Genève, le 12 mai 2013

Pour le Collectif

Amadou Traoré

Les Echos du 23 Mai 2013