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Quand on regarde autour de nous, chez nos voisins du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, on ne peut s’empêcher d’être impressionné par la précaution et le dévouement avec lesquels les présidents Macky Sall et Alassane Dramane Ouattara abordent les questions de cohésion nationale et des reformes en cours dans leur pays. A regarder chez les voisins, on glisse sur le terrain de la comparaison.

Premier élément de cette comparaison, ces pays, la Côte d’Ivoire et le Sénégal connaissent une certaine quiétude et constituent un havre de paix, à côté d’un Mali tumultueux, qui cherche toujours à se mettre à l’abri des détonations de roquette, des attaques djihadistes et attentats terroristes. Le Président Alassane Dramane Ouattara, comme Macky Sall ouvrent de larges consultations des forces vives, des couches politiques et de la société civile. Mais pendant ce temps, deuxième élément de comparaison, notre chef de l’Etat, le Président IBK ne manifeste aucun signe de contagion, aucun empressement à ouvrir un quelconque dialogue politique et social, qu’on l’appelle Consultation ou concertation.

Faut-il croire cependant que cette vague de consultations qui nous entoure et qui visent à recadrer la nécessaire évolution politique et sociale, ne fera pas tache d’huile chez nous au Mali ? On sait que depuis plusieurs mois, les forces vives du Mali éprouvent le besoin de concertations nationales ; la société civile, aussi bien que des composantes de la classe politique, ne se taisent pas sur cette quête de se retrouver par le biais d’une conférence nationale, conférence d’entente nationale, du reste indiquée par l’accord de paix et de réconciliation nationale. Ce besoin de débattre et de dire la Nation a été exprimé avant et après la signature de l’accord, dénonçant assez souvent le caractère non inclusif du document qui sera signé à Bamako, le 15 mai et le 20 juin 2015.
ADO et Macky dont les deux pays sont loin des défis que connait le nôtre, parce que n’étant pas confrontés à de foyers djihadistes sur leurs territoires, consultent. Ils entreprennent de vaste consultations des forces vives, pour conforter la cohésion, s’entendre sur l’essentiel. IBK à la tête d’un pays effondré par la faillite de l’Etat, où des zones échappent à l’Etat, parce qu’en proie constamment à des attaques, comme à Tombouctou, Menaka, Kidal, Taoudéni, la région de Mopti, a-t-il choisi de ne rien faire ? Au sud, le pays se polarise de plus en plus, le mécontentement enfle, comme en atteste la marche de l’opposition du 21 mai 2016. Le président a jusque-là observé un silence tonitruant face à cet appel des Maliens. Allons-nous continuer d’attendre à l’heure de la réforme constitutionnelle, pour que la communauté internationale décide à notre place ? L’immobilisme est aujourd’hui, sans doute patent.

Notre confrère, ‘’Journal du Mali’’ L’hebdo aborde la question ainsi : « Plus que la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation, la révision constitutionnelle en préparation peut constituer l’acte majeur du mandat entamé par le président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) en Septembre 2013… Des modifications en profondeur sont attendues pour refonder la République et le rapport entre l’Etat et le citoyen. On s’interroge alors sur la discrétion du pouvoir. Depuis l’évocation de cette réforme par le Premier ministre en juin 2015, aucune annonce n’est venue jusqu’au communiqué du conseil des ministres du 18 mai informant la mise en place d’un comité d’experts en charge de faire des compositions. Et depuis plus rien. On semble raser les murs. Est-ce là une manière de conjurer la malédiction des deux précédentes tentatives de modifications avortées ? Dommage, car cette réforme est une aubaine, dans le sens où elle donne l’occasion au président de la République de s’adresser à tous les Maliens, pour expliquer l’enjeu et fixer le cap de son action, tout en déclinant sa vision d’un Mali nouveau, dont le socle serait la future Loi fondamentale ». C’est une bien curieuse démarche en catimini, aux antipodes de ce qui se passe en Côte d’Ivoire, chez Alassane Dramane Ouattara.

B. Daou

Le Républicain du 13 Juin 2016