Partager

une-14.jpgL’événement peu banal que nous vous relatons s’est produit à Kalabancoura dans l’après-midi du jeudi dernier, aux environs de 16 heures 30 minutes. La famille Sanogo. se préparait à célébrer le mariage religieux de Maïni, une fille de la maison avec Karim (les noms sont faux), un homme nettement plus âgé qu’elle et qui a déjà franchi le cap de la cinquantaine.

Une armada d’inconnus

Parents, voisins et amis étaient là dans la cour de la famille Sanogo. L’imam s’apprêtait à entamer la cérémonie rituelle lorsqu’une armada d’inconnus fit irruption dans la concession. La famille Sanogo crut que les nouveaux venus appartenaient au clan du marié (« Bouran Na Kaw ») et se démena pour que les impromptus trouvent une place où s’installer.

Mais les visiteurs avaient visiblement d’autres idées en tête. Ils ignorèrent les civilités qui leur étaient faites et se dirigèrent droit vers le groupe des marabouts installés sur la natte. L’un des membres du groupe, un homme d’un certain âge, demanda à parler à l’imam chargé des rites de célébration. Ce dernier s’identifia. Le porte-parole prit la parole. « Je suis l’oncle du marié, dit-il, et je suis accompagné de sa première épouse« .

L’imam, complètement désorienté par cette réponse, appela à la rescousse le père de la future mariée et proposa que les explications soient données dans un endroit plus discret.

Nul et punissable

Les trois hommes, accompagné de dame Ténin qui s’était présentée comme la première épouse de Karim, se retirèrent donc dans le salon de la famille Sanogo.

A l’abri des oreilles indiscrètes, l’oncle qui se prénommait Daouda indiqua que sa belle-fille ici présente était venue l’informer du tout proche mariage de son neveu. « J’ai été stupéfait par cette nouvelle, expliqua Daouda Pour deux raison.

Primo, Karim ne m’en avait rien dit alors que je suis son oncle et que toutes ses affaires de famille passent par moi.

Secundo, mon neveu et son épouse sont unis sous un régime monogamique. Karim ne peut donc prendre une autre épouse sans l’assentiment de sa première femme. Or, cette dernière n’a jamais eu connaissance de ses projets. Je suis donc venu constater moi-même la réalité des assertions de ma belle-fille. Maintenant, je vous demande d’interrompre la cérémonie. Car ce mariage est nul et punissable!
 »

Le ton avec lequel Daouda avait parlé déplut fortement à Sanogo qui percevait ces propos comme une menace proférée sous son propre toit. Mais il eut la sagesse de ne pas s’énerver et de faire appeler en arbitres ses frères et ses amis venus à la cérémonie. Lorsque Sanogo eut fini d’expliquer à la petite assemblée la raison de la présence des inconnus, il y eut un long moment de silence. Puis un vieux s’adressa directement à Ténin et lui demanda si elle pouvait produire la preuve qu’elle était l’épouse légale de Karim .

On aurait dit que la dame n’attendait que cette demande. Elle sortit le certificat de mariage et surtout l’album de ses noces avec Karim . Les vieux feuilletèrent ce dernier document et les photos qui leur tombèrent sous les yeux ne laissaient aucun doute planer sur la véracité des propos de T.

Accablé par ce qu’il comprenait, Sanogo demanda conseil à ses frères. L’un des vieillards, celui désigné pour être le «  fourou bolo ma « , proposa de faire venir Karim. lui-même. Il téléphona donc à l’intéressé et le somma d’arriver au plus vite, car un incident menaçait de compromettre son mariage. Le vieux sut se montrer convaincant, car quelques minutes plus tard, la voiture du futur marié s’arrêtait devant la concession de Sanogo.

Karim se rua vers le salon, mais il ne put retenir un mouvement de surprise en apercevant son épouse et son oncle.

Ténin se mit à pleurer amèrement en voyant son époux. « C’est ainsi que tu me payes. Merci, Karim. Qu’est ce que je t’ai fait pour mériter ça ?« , lança la malheureuse.

Un gendre riche à tout prix!

L’imam demandera à Karim s’il connaissait la femme et l’homme assis devant lui. Le « fiancé » confirma par un signe de la tête. Mais il dut prendre la parole pour répondre par la négative lorsque l’imam lui demanda s’il avait informé son épouse de son mariage. Ce fut d’ailleurs à ce moment que S., qui était sorti, revint dans le salon en compagnie de son épouse Lala et de sa fille Maïni. L’imam bien décidé à aller au fond des choses demandera à Karim,pourquoi il n’avait pas informé sa première épouse. Celui-ci répondit que sa future belle-mère (autrement dit l’épouse de Sanogo) lui avait conseillé de n’informer ses parents et sa femme qu’une fois la cérémonie achevée. Cela pour éviter que Ténin n’ait recours à des marabouts pour empêcher le mariage. Pour l’imam, tout était désormais clair. Il présenta à Ténin ainsi qu’à Daouda ses regrets pour la manière dont ils avaient été traités. Puis il prit brutalement congé. Les autres religieux, qui voyaient l’imam partir sans leur donner la moindre explication, le suivirent. La cour se vida en un temps record. L’oncle et l’épouse demandèrent à leur tour la permission de se retirer. En s’en allant, ils informèrent la foule de femmes assises de l’autre côté de la cour que le mariage était annulé.

Le chef de la famille Sanogo, lui, bouillait de fureur. Il demanda des comptes aux deux femmes qui avaient monté leurs combines dans son dos. Lala dut reconnaître qu’elle savait fort bien que Karim avait une première épouse avec qui il avait convolé sous une régime monogamique. Mais pour elle, cela ne devait pas représenter un obstacle pour le mariage de sa fille avec un homme à la situation financière très intéressante (Karim serait le premier responsable d’une grande société de la place). Le vieux S. se retourna, furieux, contre l’époux indigne pour lui demander pourquoi ce dernier ne l’avait pas informé au préalable. Karim répondit que sa fiancée lui avait interdit de dire la vérité à son père au risque de voir ce dernier refuser leur union. Le pauvre vieux, ébahi par tant de duplicité, somma son ex futur beau-fils de disparaître de sa vue et lui interdit de remettre les pieds chez lui.

La morale ? La mère voulait à tout prix un gendre riche. La fille désirait se placer auprès d’un homme qui lui aurait garanti la sécurité matérielle et cela ne la dérangeait pas que cet homme soit déjà marié. L’une et l’autre vont devoir rester sur leur faim.

Doussou Djiré

Essor du 06 mai 2008