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Un mouvement mondial pour la transparence et la responsabilisation des citoyens est en marche
L’ONG Coalition des alternatives africaines Dette et Développement (CAD-Mali) multiplie les rencontres entre élus locaux, presse, personnes ressources pour rassurer les populations qu’une gestion transparente des budgets dans nos pays est possible à travers une campagne : «Des budgets publics MAINTENANT !»

A l’heure où toutes les industries de notre pays ont mis la clé sous le paillasson ou ont subi la loi de la privatisation, la Coalition des Alternatives africaines Dette et Développement au Mali (CAD-Mali) monte au créneau pour demander plus de transparence dans la gestion du budget.

Selon les initiateurs de la rencontre, le budget est l’outil politique économique le plus important dont dispose un gouvernement. Les budgets publics transforment les politiques, les engagements politiques et les objectifs d’un gouvernement en des décisions relatives au montant des recettes à collecter et à la façon d’utiliser ces fonds pour répondre aux priorités d’un pays. La question doit faire l’objet d’un débat public, clair, transparent. Or c’est l’opacité qui est de règle dans un domaine aussi sensible qu’est la question de l’utilisation de l’argent du contribuable. C’est une question nationale avec la floraison des structures de contrôle (Inspection des finances, Vérificateur général, CASCA…).
International avec le FMI, la Banque mondiale (qui a décelé l’existence de 21 milliardaires au Mali entre 1992 et 1995).

Les USA disposent du Groupe d’action financier international (GAFI), chargé de la surveillance financière. La France dispose du Tracfin pour traquer les transactions douteuses. Il s’agit d’un «service du ministère des Finances qui incite également les banques à faire des déclarations de soupçon», c’est-à-dire, à déclarer aux finances les dépôts, versements ou autres mouvements qui leur paraissent suspects.
Un compatriote, ancien ministre, a été dénoncé par sa banque pour avoir détourné en France plus d’un milliard de F CFA. C’est à cet exercice que les membres de la Coalition des alternatives au Mali se sont livrés devant un parterre de curieux. Le débat était intéressant. Politiquement périlleux.

Qui sont-ils ?

Bienvenue dans le cercle restreint des financiers qui étaient autrefois avares en information. La nouvelle génération de financiers a vite compris que la communication brise beaucoup de tabous. La communication dit-on est l’oxygène du développement.

Les jeunes fondateurs de CAD-Mali ont de l’élan : aux yeux du monde, l’Afrique c’est l’aide publique au développement, l’assistanat, le FMI, la Banque mondiale, l’Union européenne ou des prêts, l’UEMOA, la BCEAO, la BOAD, la BID. C’est encore un avenir inquiétant émaillé de conflits dans la mesure où l’ONU, l’U.A, la CEDEAO, ou encore le club restreint des chefs d’Etat démocratiquement, économiquement et militairement soutenus par les gendarmes du Monde (Compaoré, Alassane Dramane Ouattara, Bony Yayi, Faure Eyadema, Alpha Condé) envisagent l’avenir au conditionnel, il n’est pas chimérique d’envisager les difficultés actuelles aplanies par la décision des Africains d’adopter des scénarios de développement résolument innovateurs. Mais, c’est déjà aussi des ONG nouvelles avec une nouvelle génération de pilotes, intellectuels, artistes, entrepreneurs, sportifs, ingénieurs qui sont en train de façonner l’Afrique de demain.

L’ONG CAD-Mali composée de jeunes intellectuels maliens croient en un avenir radieux pour le continent noir à travers le Mouvement global pour un budget transparent et participatif mais à condition d’avoir des budgets transparents et inclusifs essentiels pour atteindre une meilleure gouvernance, une meilleure prestation de service pour une réduction de la pauvreté et une justice sociale et des droits de l’homme.
Les citoyens sont en droit de connaître et d’influencer sur ce que les gouvernements font en leur nom, pour leur compte et avec leur argent. Des budgets transparents sont des facteurs de base d’une société démocratique.

Malgré quelques progrès réalisés en matière de transparence budgétaire au cours de la dernière décennie, beaucoup reste à faire. Les normes minimales ne sont pas respectées dans de nombreux pays et la contribution de la société civile au processus, aux prises de décisions n’est ni autorisée ni reconnue. C’est pour remédier à ce déficit que la campagne : «Des budgets publics MAINTENANT !» vise à promouvoir la transparence, la responsabilisation et la participation budgétaires dans les pays où les processus budgétaires sont les moins transparents.

Ces pays sont connus, car ils ne respectent pas les éléments de base des budgets ouverts, ce qui réduit considérablement les possibilités des citoyens de participer et de tenir le gouvernement responsable de la prise de décision qui ont un impact direct sur leur vie.
Au titre des constats : sur la question de l’eau, aujourd’hui, il y a 1800 villages sans point d’eau. Sur 25000 points d’eau, 31% sont en panne soient 7750 points d’eau. Plus de 50% de la population à Tombouctou et à Mopti n’ont pas accès à l’eau potable. Plus de 40% de la population rurale n’a pas accès à l’eau potable. Comment peut-on espérer une lutte contre la pauvreté et l’approfondissement du développement, si on ne garanti pas l’accès à l’eau potable à toute la population ?

Comment y parvenir ?

Il est demandé à tous les pays du monde à répondre aux normes les plus élémentaires de la transparence budgétaire. Cela passe par une publication du projet de budget qui sera présenté au Congrès, un audit indépendant des progrès réalisés sera fait par le gouvernement dans le cadre de cette proposition.

Les audiences du vote budgétaire au Congrès seront publiques. Elles ont pour objectif principal de recueillir les commentaires du public sur les décisions de l’Assemblée législative en matière politique.
L’Assemblée législative est tenue de «tenir les cordons de la bourse» et est responsable de l’approbation du budget. La campagne qui sera lancée en 2013 vise à assurer la publication, l’audit, les audiences publiques (trois exigences) dans vingt (20) pays ?

Pour atteindre ces objectifs, un travail sera fait au niveau national, régional et international qui prendra en compte les actions entreprises par les membres du mouvement BTAP dans leur propre pays et régions, elle s’appuiera également sur l’identité commune du BTAP pour atteindre les sphères les plus élevées, tout en participant aux débats internationaux et pénétrer dans les institutions innovantes.

La campagne sera exécutée en trois étapes :

1. Identification de l’univers de campagne ;

2. Planification régionale ;

3. Planification nationale ;

4. la campagne internationale.

La durée de la campagne «Des budgets publics MAINTENANT !» est de trois ans, financé par BTAP. Le projet démarrera dans toutes les régions, mais pas dans tous les pays- cible en 2013.
En somme, de nouveaux médecins au chevet de leur pays souffrant de transparence budgétaire.

L’ONG CAD-Mali a été créée en 1998 par des jeunes intellectuels, animés par une volonté de changer le mode vie de notre environnement. La CAD-Mali, qui emploie treize(13) salariés, a depuis le départ choisi de contester l’opacité qui entoure les budgets communaux ou étatique.

Amy SANOGO

L’Inter de Bamako du 17 Décembre 2012