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La nouvelle de la réconciliation entre le président Me Mountaga Tall et son secrétaire général et non moins ministre du Tourisme et de l’Artisa-nat, N’Diaye Bah, a été ressentie hier matin comme un véritable coup de tonnerre dans le microcosme politique malien. Mais ce qui a surpris plus d’un, c’est le fait d’apprendre à travers certains journaux de la place que «N’Diaye Bah a fait amende honorable au Comité directeur…». Une information tendancieuse qui vise à faire croire à l’opinion publique nationale et internationale la victoire d’un clan sur un autre. L’intention de nuire est donc plus que manifeste. Une telle démarche plaide-t-elle réellement dans le sens de la consolidation et du retour de la paix au sein du parti ?
C’est une paix des braves accouchée dans la douleur à la suite des négociations ardues et difficiles entre les deux tendances opposées.

Par quel miracle Me Tall et N’Diaye Bah se sont-ils retrouvés autour d’une même table pour parler de réconciliation et de paix ?

Comment les deux préalables ont sauté pour faire place à la paix des braves entre les deux mastodontes du parti du soleil levant ? Ce sont-là entre autres questions auxquels tous les observateurs de la scène politique malienne cherchent réponses aujourd’hui. Selon certains membres du Comité directeur du CNID, cette réconciliation est à mettre à l’actif de la section de Kayes qui s’est démenée comme un beau diable pendant treize jours à Bamako pour pouvoir approcher les points de vue des deux protagonistes. Les mêmes sources nous indiquent que les négociations ont été difficiles et ardues entre les deux parties. Mais, pour marquer leur indépendance par rapport aux deux tendances, les six membres de la délégation de Kayes ont refusé d’aller ailleurs qu’au siège du parti. Ce qui a d’ailleurs contribué à exercer une forte pression morale sur les protagonistes. Aucune des deux parties ne pouvait plus en effet supporter encore moins accepter les conditions de vie difficiles de cette délégation qui campait au siège du CNID-FYT en plein cœur de Niaréla.

La deuxième raison qui a plaidé en faveur des Kayésiens est politique. Cette section qui a fait le déplacement de Bamako est celle de la famille d’origine de N’Diaye Bah, son fief politique. A ce titre, elle pouvait se permettre d’exiger de N’Diaye Bah n’importe quel sacrifice qui va dans le sens de la consolidation, de la cohésion et de l’unité du CNID-FYT. Mais pour Me Tall, bien qu’étant le président du parti, la section de Kayes ne le connaît pas.
Or justement quand Me Tall a été approché, il leur a fait savoir qu’il était disposé à la négociation à condition qu’elle se tienne au siège du parti.

En plus de ces deux raisons, des conditions sociales et une pression très forte du Chérif de Nioro du Sahel, des sages du parti et des élus municipaux ont lourdement pesé sur la balance.

Ce sont entre autres raisons qui ont poussé de part et d’autre les gens à laisser tomber les préalables.
Des préalables qui avaient été posés au temps fort de la crise par les deux parties avant toute négociation. D’un côté, la tendance N’Diaye Bah qui exigeait la levée sans condition des mesures de suspension qui les frappaient. Et de l’autre côté, Me Tall et certains caciques du Comité directeur qui demandaient aux personnes frappées de suspension de faire «amende honorable au Comité directeur».
C’est ainsi que N’Diaye Bah entouré de ses fidèles compagnons accepta de faire le déplacement au siège du parti pour montrer à ses camarades politiques qu’il est désormais dans de bonnes dispositions. Mais, à la délégation de Kayes, il fera savoir que ce déplacement est plus un acte de bonne volonté qu’une amende honorable exigée par le Comité directeur du CNID.

Fort de cet acquis, les membres de la délégation de Kayes ont décidé de résoudre ce contentieux suivant les règlements traditionnels des conflits. Un règlement qui voudrait – que tout en sachant que ce sont des problèmes de fond qui ont amené la crise – de tout faire en parfaite connaissance de cause pour que ces problèmes de fonds ne soient pas abordés.

C’est donc dans ce cadre ambiant que la paix des braves a été scellée. Selon les témoignages d’un membre du Comité directeur du CNID, «lors de cette cérémonie de réconciliation, toutes les conditions ont sauté. Présenter des excuses à Niaréla, il n’en a pas été question».

Un autre membre nous fera savoir qu’«il y a eu des efforts qui ont convergé. Nul n’a eu besoin d’aller s’agenouiller». Avant d’ajouter : «on veut faire croire comme si N’Diaye Bah était allé à Canossa. Il n’a pas fait amende honorable».

D’ailleurs, ajouta un proche de Me Tall, «le fait pour N’Diaye Bah de se déplacer au siège du parti prouve qu’il est attaché au parti». C’est là une marque d’humilité qui a été appréciée à sa juste valeur par les membres du Comité directeur qui, à part trois voix discordantes, ont adopté à la quasi-unanimité le retour des suspendus dans les rangs.

Birama Fall

20 février 2008