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C’est à peine une surprise. Le règlement de la récente crise qu’a connue le CNID – FYT donne lieu depuis un certain temps à une controverse tenace autour de la question de savoir qui est sorti vainqueur de cette épreuve de force.

Puérile et totalement inutile, la question revient sans cesse dans la presse avec, neuf fois sur dix, la même réponse : Me Tall est le grand gagnant de l’affaire.

Et pour conforter cette thèse, nos commentateurs de service servent une version relue et corrigée de la réconciliation intervenue entre les protagonistes de cette énième crise cnido-cnidienne.

Cette version, le lecteur l’aura compris, est celle du Président du Parti. L’homme, n’ayant décidément rien oublié, rien appris de ce nouvel affrontement ayant ébranlé le CNID jusque dans ses fondements, s’est en effet démené une fois de plus comme un beau diable pour se présenter comme le grand vainqueur du conflit.

C’est ainsi qu’à peine l’accord de principe de N’Diaye Ba et de ses amis obtenu pour une rencontre au siège du Parti, Me Tall s’est employé à en informer les médias acquis à sa cause.

Le message distillé à tous était sans équivoque : « venez au siège cet après – midi. N’Diaye Ba y viendra présenter ses excuses au Comité Directeur ».

Avant d’arriver au siège, le Secrétaire Général, averti de la mise en place par le Président de ce comité d’accueil très particulier, s’est contenté de prendre à témoin plusieurs personnes de son entourage de ce manque d’élégance de son Président, qui venait de faire encore preuve de déloyauté en convoquant la presse à une rencontre conçue comme un moyen interne de règlement de la crise.

Qu’à cela ne tienne! s’est exclamé N’Diaye Ba, après une brève concertation avec les membres de son entourage. Le Ministre expliquera quelques heures plus tard à des journalistes venus s’entretenir avec lui, qu’il lui semblait plus important de ne pas renier la parole qu’il avait auparavant donnée aux émissaires de la section de Kayes et autres bonnes volontés que de revendiquer la paternité d’une quelconque victoire.

Me Tall, toujours égal à lui – même, et préférant mourir plutôt que de laisser dire qu’il n’avait pas vaincu ses adversaires, avait quant à lui songé à tout, y compris au service après vente.

Voulant coûte que coûte présenter le secrétaire général et ses partisans comme des individus implorant sa grâce après avoir mordu la poussière dans le combat, il commettra des titres conçus à sa gloire dès le lendemain de la réconciliation dans plusieurs journaux.

Tous ces titres reprenaient en effet de manière névrotique l’exigence initialement formulée par le grand Tall, comme préalable, à la levée des sanctions prononcées contre N’Diaye Ba et Mme Tall Hawa Touré : les suspendus doivent faire amende honorable en présentant des excuses. « N’Diaye Ba fait amende honorable » « N’Diaye Ba présente ses excuses au Comité Directeur », pouvait-on lire sur les manchettes des journaux.

Peu importe le fait que N’Diaye Ba n’a présenté aucune excuse, et peu importe qu’aucune excuse ne lui a été réclamée lors de la rencontre du 18 février 2008. L’essentiel, pour Me Tall, était que son message à lui passe et qu’il soit désormais compris de tous qu’il est seul empereur en son royaume.

La plupart des médias, dont certains de bonne foi, sont tombés dans le panneau, participant ainsi à leur corps défendant, à l’opération d’autocélébration organisée par le grand leader bien-aimé du CNID – FYT, soucieux avant tout de soigner sa propre image et de réaffirmer son leadership mis en lambeaux au cours de la crise.

La vérité oblige à dire que toute la presse n’a pas suivi cette version « talliste » des faits. Quelques analystes ont eu l’intelligence de mettre en avant la hauteur de vue dont ont fait preuve N’Diaye Ba et ses compagnons en acceptant d’aller à la rencontre de leurs camarades du Comité Directeur et de souligner la volonté partagée des acteurs de préserver la cohésion du parti à la veille des élections communales, en passant par la voie des compromis.

Mais la péripétie de la réécriture de l’histoire de cette réconciliation aura eu le mérite d’attirer l’attention sur le caractère précaire des retrouvailles intervenues au sein du parti.

La navrante mise en scène médiatique à laquelle le Président Tall s’est livrée à cette occasion tend à donner raison à ceux qui pensent que la réconciliation intervenue au CNID n’est au mieux qu’une trêve, au pire une paix armée augurant d’affrontements encore plus dévastateurs pour le parti.

D’aucuns n’hésitent pas à prédire la résurgence des hostilités dès la tenue des prochaines assises nationales du Parti du Soleil Levant. Au regard de l’état d’esprit qui prévaut dans les deux camps aujourd’hui, on ne saurait leur donner entièrement tort.

Cette perspective est désormais considérée comme inéluctable par de nombreux observateurs du landernau politique bamakois.

Devant les dernières entourloupes de leur président, N’Diaye Ba et ses troupes sont d’accord pour lui concéder une victoire, celle de la bataille médiatique. Il reste cependant à Me Tall à gagner la bataille politique.

Le moins qu’on puisse dire est qu’il aura fort à faire sur ce plan dans la mesure où durant le conflit qui vient de s’achever, il n’a bénéficié du soutien d’aucune section de l’intérieur du pays. Contrairement au Secrétaire général et à Mme Tall Hawa Touré qui ont reçu l’appui franc de près d’une trentaine de sections, qui ont toutes écrit à la direction du parti pour réclamer la levée immédiate et sans condition des sanctions prises le 15 décembre 2008.

Broulaye Fofana
militant CNID
Kayes

29 Février 2008.