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Poussé plus par des leviers sociaux que par leur désir d’éviter la confrontation, les deux camps opposés au Cnid ont fumé, le lundi dernier, le calumet de la paix. Provisoirement ?

Le 15 décembre, Ndiaye Ba, ci-devant secrétaire général du parti et ministre de l’Artisanat et du Tourisme, Mme Tall Hawa Touré, présidente des femmes, et 17 autres militants de la commune VI du district de Bamako étaient suspendus par le comité directeur du parti au motif qu’ils avaient enfreint aux règles disciplinaires du parti.

En représailles, ces suspendus avaient, à leur tour, appliqué « la même sentence » au président du parti, Me Mountaga Tall et à la vice-présidente, Mme Fanta Mantjini Diarra. « Le comité directeur recommande aux responsables de faire amende honorable afin que leurs cas soient éventuellement réexaminés ». La crise venait de s’installer au Cnid, la énième crise, grosse de tous les dangers.

Lundi dernier, sous la poussée d’une armada de griots, de notables, de chefs religieux et coutumiers dépêchés par la section de Kayes, le « Cnid Siège » et le « Cnid Colombus » sont parvenus à un accord. Ndiaye Ba, plus pour laisser faire les médiateurs que par conviction, est allé hier au siège du parti du Soleil Levant « pour faire amende honorable ».

D’ailleurs, quelques heures avant la cérémonie, lors du conseil présidentiel pour l’investissement, à la question d’un confrère qui lui demandait s’il allait vraiment faire « amende honorable », Ndiaye Ba a lâché, la voix pleine de lassitude : « je vais faire comment ? ».

En français, faire amende honorable signifie « reconnaître son tort, demander pardon ». Le poussant à cet extrême, le camp Me Tall, s’il jubile, ne doit pour autant pas crier victoire.

Car, une brèche est désormais ouverte au sein du parti qu’aucune « amende honorable » ne pourrait combler. Ce ne peut être qu’une réconciliation de façade.

Car, c’est contraint et forcé, et par respect pour « les médiateurs », sa base, que Ndiaye Ba et tout le camp de l’hôtel Colombus a accepté de boire de la sorte le calice jusqu’à la lie.

Cette crise laissera des traces indélébiles, et il est presque sûr qu’on entendra encore parler de cette crise.


Alexis Kalambry


Un bon arrangement

La paix des braves, le mot a été lâché, par un militant du Cnid, qui n’a pas manqué de manifester sa joie dès l’annonce de la conciliation tard dans la nuit du lundi au siège du Cnid à Niaréla. Ce militant, à n’en pas douter, craignait une fissure qui guettait une fois de plus son parti.

Le parti du soleil levant a traversé des moments difficiles depuis la mi-décembre, date de la suspension de Ndiaye Ba, secrétaire général du parti et Mme Tall Hawa Touré, présidente du mouvement des femmes et 17 autres militants.

Chacun des deux camps, se tirait la couverture. Quand le comité directeur accusait les « fautifs » d’avoir violé les textes en soutenant un candidat aux législatives contre le choix du parti, Ndiaye Ba et les siens balayaient ces accusations d’un revers de la main.

Dans une interview qu’il nous a accordée, le ministre Ba jurait la main sur le cœur de n’avoir soutenu aucune candidature contre celle du parti et de n’avoir enfreint aucun texte. Il refusait justement de faire amende honorable pour une faute qu’il n’avait pas commise et se plaignait d’être injustement sanctionné.

La crise a atteint un tournant décisif avec la sortie du groupe parlementaire Cnid en janvier dernier. Les 7 députés du parti sont montés au créneau au cours d’un point de presse au siège du parti pour inviter Ndiaye Ba à vite présenter ses excuses au parti.

Au cas échéant, ils ont appelé le comité directeur « de prendre les dispositions pour interdire à leur camarade d’utiliser le nom et le sigle du parti ». Ils ont, par la même occasion, interpellé le gouvernement « à prendre les mesures pour tirer les conséquences de cette situation ».

On ne peut que constater le dénouement heureux de cette crise. Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès, dit l’adage.

Abdrahamane Dicko

20 février 2008.