Partager

Cmdt1.jpg
Personne en fait ne conteste la réalité qui ressort des chiffres fournis par Zakariyaou Diawara : la CMDT encadre 6345 villages et hameaux qui comprennent 175.000 exploitations. Environ 3 millions de personnes vivent directement des revenus du coton. Les zones CMDT produisent 56% des céréales sèches du pays.

L’élevage est également important avec un cheptel estimé à 4 millions de têtes de bovins, ovins/caprins. Plus de 5000 emplois directs (permanents et saisonniers) et indirects sont générés par la filière coton qui a contribué à la réalisation d’infrastructures routières (pistes rurales), de centres de santé, d’écoles et de centres d’alphabétisation, de forages et puits à grand diamètre.

Les activités engendrées par la CMDT génèrent un chiffre d’affaires de 200 milliards Fcfa par an dont 110 milliards distribués aux producteurs au titre de l’achat du coton graine, 30 milliards pour diverses prestations (achats divers, confection gardiennage, nettoyage, hôtellerie etc), 11 milliards pour les banques, 12 milliards aux transporteurs, 10 milliards pour le trésor public au titre des impôts et taxes et 8 milliards pour les salaires des travailleurs.

La filière représente 8% du PIB, et 30 à 40% des recettes d’exportation. La CMDT, c’est aussi, selon le conférencier, la lutte contre l’exode rural et l’émigration par la création sur place des conditions du bien-être social pour les populations.

Mais à l’heure de l’initiative riz lancée par le gouvernement, les zones CMDT sont ignorées malgré leur apport dans la production agricole, a regretté le syndicaliste.

Il critique également le fait que la subvention sur le prix des engrais accordé aux riziculteurs n’ait pas été étendue aux cotonculteurs.

A la date d’aujourd’hui, assure-t-il, aucun sac d’engrais n’est disponible dans les magasins des zones CMDT. Cet état de fait s’ajoutant au retard accusé dans le paiement du coton graine aux producteurs, a conduit certains paysans à se détourner de la culture du coton et à rendre les semences que la société leur avait fournies pour la campagne, indique le syndicaliste.

1400 Milliards de revenus generés.

Pour Zakariyaou Diawara la filière coton, par les revenus qu’elle distribue, s’impose comme le meilleur instrument de lutte contre la pauvreté.

Ces performances n’ont malheureusement pu préserver la société de difficultés d’ordre financier imputables essentiellement à l’effritement des cours mondiaux de la fibre et au déséquilibre de la parité euro/dollar. Le déficit cumulé ainsi occasionné, s’élève à près de 172 milliards Fcfa de 1999 à 2007, estime le syndicaliste.

Sur la même période, assure-t-il, la CMDT a pourtant injecté dans l’économie nationale environ 1400 milliards Fcfa qui se décomposent ainsi : 800 milliards pour l’achat du coton graine aux producteurs, 80 milliards pour les banques, 100 milliards pour les transporteurs, autant au bénéfice du trésor public sous forme de taxes et impôts, 70 milliards de salaires et près de 200 milliards pour les diverses prestations liées aux activités de la CMDT.

Tout ceci pris en compte, le déficit cumulé de la CMDT ne représente plus que 13% de sa contribution à l’économie, souligne Zakariyaou Diawara pour démontrer que le démantèlement de la société va, en fait, hypothéquer le développement socio-économique du pays.

Les travailleurs s’opposent à la privatisation de la CMDT, assure le syndicaliste qui met aussi en doute l’engagement officiel d’éviter les licenciements massifs en se référant au « précédent fâcheux » de la privatisation de Huicoma.

« Aujourd’hui plus de 800 travailleurs de cette société sont remerciés et licenciés sans droits« , souligne Zakariyaou Diawara en citant aussi les expériences peu réussies des privatisation de filières cotonnières en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo, en Zambie et au Burkina Faso. Même la Banque mondiale, souligne le syndicaliste, a pris en compte ces échecs, pour mettre en garde contre une privatisation considérée comme une panacée.

Dans le cas où elle ne pourra éviter cette privatisation décriée, la section syndicale milite pour un plan social propre à dédommager équitablement les travailleurs qui perdront leur emploi.

Les travailleurs gardent néanmoins l’espoir que les pouvoirs publics s’emploieront à sauver leur société de la déperdition en s’appuyant, notamment, sur l’embellie qui se dessine sur le marché mondial avec un cours intéressant de 700 Fcfa le kg de fibre de coton.


M. COULIBALY

10 Juin 2008