Partager


Les travailleurs de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) ont observé 48 heures de grève, les 20 et 21 mars. Décrétée par la section syndicale de la filière coton, cette grève a été largement suivie par le personnel tant à la direction générale que dans les régions cotonnières. Le bureau syndical doit se réunir aujourd’hui pour tirer le bilan de la grève, il est même prêt à déclencher une grève illimitée si ses doléances ne sont pas satisfaites.

Hier mercredi 21 mars 2007, deuxième jour de la grève des travailleurs, en arrivant à la direction générale de la CMDT, on pouvait immédiatement s’apercevoir que l’atmosphère n’était pas celle d’un jour ordinaire. Seuls quelques véhicules étaient visibles dans la cour où l’on pouvait constater une absence totale de mouvement. Même ceux qui gardent le parking à l’entrée avaient vidé les lieux. Cependant, le service minimum a été assuré.

Le PDG Ousmane Amion Guindo était sur place. Les directeurs centraux, leurs secrétaires, l’opérateur rac, le service courrier, et les gardiens étaient présents. Si la présence de ces agents était convenue entre le syndicat et la direction, cette dernière a rajouté certains agents comme les deux billeteurs à Bamako, et des chefs de division, des agents comptables et les chefs de division administratifs dans les régions.

Malgré cette tentative de faire échec à la grève, Mamadou Sissoko pense qu’elle a été suivie à 98 %. Toutes les usines d’égrenage de Kita, Bamako, Bougouni, Koumantou, San, Koutiala, Sikasso, Fana, Ouéléssébougou, ont été arrêtées pendant la durée de la grève.

Les syndicalistes exigent du gouvernement l’implication des travailleurs dans le processus de privatisation, l’engagement du gouvernement par écrit de reconduire le plan social de 2003.

Les négociations qui avaient repris le lundi entre les syndicalistes et la commission de conciliation ne sont pas allées loin. Car pour les syndicalistes, au delà du fait que la commission ne peut prendre aucune décision majeure, la mémoire en défense produit par le ministère de l’Economie et des Finances a crée l’émoi.

En effet, l’hôtel des finances reste campé sur le schéma opérationnel de privatisation en rappelant que le personnel sera entièrement réparti entre les filiales, et qu’une étude sera réalisée pour préciser ses conditions de transfert.

En conclusion, le ministère des finances ajoute que « le schéma opérationnel de privatisation de la CMDT ne prévoit pas de plan social, aucun besoin de financement n’existe« . Alors que dans le procès verbal de conciliation daté du 24 mars et signé par les membres de la commission de conciliation, du syndicat et des représentants du gouvernement, il est stipulé que  » le plan social de la CMDT appliqué en 2003 est et demeure en vigueur dans toutes ses dispositions « .

La production cotonnière chute de plus de 100 000 tonnes

Malgré la grève, la campagne de commercialisation 2006-2007 se déroule normalement et est même en avance par rapport au chronogramme. Cette situation loin d’être la preuve du bon management de la direction générale, est la conséquence d’une chute libre de la production cotonnière.

En effet, si les prévisions de coton graine attendues étaient de l’ordre de 600 000 tonnes, la CMDT n’a récolté cette année qu’environ 420 000 tonnes sur lesquelles plus de 300 000 tonnes sont déjà égrenée.

Le reste devant l’être d’ici la fin de ce mois de mars, soit plus de deux mois d’avance par rapport au plan initial. Cependant, à en croire certains cadres de la CMDT, cette diminution ne se justifie pas car toutes les dispositions avaient été prises pour faire une bonne campagne.

Ce qui signifie pour certains la trop forte politisation de la CMDT qui a commencé sous Ousmane Amion Guindo, plus préoccupé par la réélection d’ATT que de résoudre les vrais problèmes de la filière.

Or à son arrivée beaucoup d’espoir avait été placé en lui pour redresser la CMDT. Selon les mêmes sources, une telle chute de la production cotonnière – qu’on explique par une volonté de rechercher la qualité- peut avoir des répercussions dramatiques sur les recettes tant de la CMDT que du Trésor public.

Youssouf CAMARA

22 mars 2007.