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La CMDT traverse une crise sans précédent principalement liée à la mauvaise gestion, l’impunité, une crise de performance et de démocratie dans la gestion, affirme le conférencier.
«Au Rassemblement pour le Mali, nous ne sommes pas contre la privatisation de la Compagnie du développement des textile (CMDT).

Mais nous sommes contre la démarche que l’Etat veut adopter», a déclaré Nanco-man Kéïta, ancien ministre de l’environnement et actuel secrétaire politique du RPM. Il s’exprimait ainsi lors d’un point de presse de son parti sur la privatisation prochaine de cette entreprise.

A ses côtés, il y avait Mme Kéïta Rokiatou N’Diaye, première vice-présidente du parti ; entre autres membres du bureau politique national. Ministre sous Alpha Oumar Konaré, Rokiatou N’Diaye a une certaine connaissance de la zone CMDT qu’elle a d’ailleurs visitée et étudiée avant d’être aux affaires. «La CMDT, ce n’est pas que de l’argent que le coton peut apporter.

C’est avant tout une vision du développement du monde paysan ; c’est des routes, des ponts, des centres de santé et même l’alphabétisation. Nous devons tenir compte de tous ses aspects», a prévenu la première vice-présidente du RPM.

Ce point de presse était la suite logique d’un atelier qui avait pour but de familiariser les cadres du RPM avec les politiques de privatisation. Au cours de cet atelier, les militants du parti avaient fait une analyse approfondie du cas de la CMDT.

Il faut reconnaître que la situation actuelle de cette entreprise ne rassure guère. Créée en 1974, la CMDT est aujourd’hui une entreprise mixte. L’Etat malien détient 92,5 % du capital et la société Géocoton Holding, qui a racheté au mois de janvier 2008 la société Dagris jusqu’alors partenaire de la CMDT, possède le restant, c’est-à-dire 7,5 % du capital.

Mais depuis 1999, la société traverse une crise sans précédent. Selon Nancoman Kéïta, cette situation est principalement liée à la mauvaise gestion. «Il faut arrêter l’impunité […] Il y a un constat de crise de performance, un besoin de renforcer la démocratie dans la gestion», a expliqué l’ancien ministre de l’environnement.

Il résulta de cette crise une chute tendancielle des rendements, des productions, des revenus tirés de la culture du coton, une détérioration de la situation financière nette de la CMDT et plus généralement une baisse considérable de la contribution du secteur à l’économie nationale.

A titre d’exemple, le rendement moyen du coton, qui s’était hissé durant onze (11) campagnes au-dessus de 1022 kg/ha, avec un maximum de 1359 kg/ha en 1990/1991, connaît une baisse depuis la campagne 1996/1997. En 2007/2008, il a été de l’ordre de 700 kg/ha.

L’étude d’évaluation du protocole d’accord Etat-CMDT-producteurs, à en croire le conférencier, a conclu en 2007 à une chute des revenus distribués aux producteurs de coton, une perte de compétitivité de la production de coton. Par ailleurs, l’étude sur le bilan d’ouverture des filiales de la CMDT a indiqué une détérioration de la situation financière nette de la société au fil des dernières années.

Le schéma de privatisation retenu dans le cas de la CMDT est une privatisation par voie de filialisation.

Cette filialisation prend non pas la forme d’une scission liquidation, mais d’une scission avec apport partie d’actifs. En effet, la CMDT va, pendant un temps au moins, survivre à la création des filiales tout à la fois en tant que société mère à 100 % de ces dernières et en tant qu’opérateur d’un certain nombre de fonctions de la filière.

Pour M. Kéïta, il ressort des constats que le processus de privatisation au Mali se déroule en entretenant une certaine confusion entre beaucoup de termes : libéralisme économique, libération, privatisation, restructuration, etc.

C’est pourquoi au RPM, on estime que le choix de la privatisation par filiation n’est pas un choix sécurisé pour les acteurs et pour l’Etat. Ainsi le parti s’est démarqué des «décisions qui trahissent le dessein de la CMDT et le destin du Mali».

Soumaïla T. Diarra

15 Mai 2008