Partager

Le climat politique dans notre pays est très tendu ces jours-ci, et, malgré les incertitudes et des lendemains inconnus, notre nouveau président ne parle pas. Il doit pourtant le faire.

Dioncounda Traoré, le président de la République par intérim n’est pas connu comme un grand bavard, mais, dans la situation actuelle, il doit s’exprimer.

Selon ce que nous avons compris du « retour à l’ordre constitutionnel normal », le président, fusse-t-il intérimaire, récupère son pouvoir : il ne peut certes pas nommer ou révoquer le Premier ministre, mais il reste chef suprême des armées, entre autres, attributions.

Dès lors, comment comprendre les initiatives de la junte qui n’aurait dû plus exister ? Comment comprendre les sorties du capitaine Bolly qui donne l’impression d’être le seul et vrai maître à bord ?

Le « retour à l’ordre constitutionnel normal » n’est-il donc que de façade ? Que cache l’arrestation des leaders politiques ? Il n’y a aucun fil conducteur reliant ces personnalités arrêtées et les rumeurs savamment distillées dans l’opinion ne tiennent pas. Le CNRDRE a d’ailleurs été incapable d’expliquer le pourquoi des arrestations.

En effet, dans un communiqué laconique et suffisamment abscons, il est dit que « les forces de sécurité maliennes, sur la foi d’indications précises et d’informations graves et concordantes, ont, sur instructions de la hiérarchie, effectué dans la nuit du 16 au 17 avril 2012 des descentes dans des domiciles privés et ont appréhendé des personnalités militaires et civiles dont des responsables politiques ».

A ce jour, le plus urgent est la clarification des rôles, surtout que, à Ouaga, la classe politique n’a pas donné une bonne image de notre pays. Le président Dioncounda est celui qui est le plus sollicité aujourd’hui, d’abord pour jouer sa partition, toute sa partition. Ensuite, pour nous faire comprendre entre lui et le CNRDRE qui a primauté sur qui.

Dioncounda, à son investiture, a tenu un discours qui a réjoui toute la population et surtout renforcé son capital de sympathie. Il lui revient alors de renforcer cela en restant le président de la République.

La priorité du Mali est la reconquête du Nord et la bonne tenue des élections à venir. Cependant, le président et le gouvernement à venir doivent soit aller à un bras de fer avec la junte, soit l’amener à comprendre que son rôle historique est terminé.

Dans tous les cas, Dioncounda a les arguments juridiques qu’il faut pour s’affirmer, surtout que, à ce jour, le chef de la junte ne semble pas trop lui manifester des égards. Sinon, comment comprendre l’arrestation de Me Kassoum Tapo, le porte-parole du FDR, député à l’Assemblée nationale, à l’hôtel Salam sous ses pieds ? Pourquoi Tiéman Hubert Coulibaly est aussi embastillé ?

Dioncounda doit parler !

Alexis Kalambry

19 Avril 2012