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La subite baisse d’intensité, voire de tension, constatée dans les différentes formations politiques est d’autant plus trompeuse qu’elle suscite des interrogations sur le comportement de nos acteurs politiques. Ces derniers, souvent dépassés par la tournure des circonstances, donnent l’impression de laisser libre cours aux évènements. A tel point qu’on se demande s’ils sont réellement sincères, d’abord envers eux-mêmes, ensuite vis-à-vis de leurs militants, voire du peuple malien.

En effet, lesdits acteurs ne sauraient avoir autant de problèmes à l’interne et faire comme si de rien n’était si, au préalable, ils n’étaient pas convaincus de parvenir à un arrangement au sommet entre eux et ceux qui s’arrogent l’exclusivité du droit de faire et de défaire les choses en leur guise au sein de nos formations politiques. Et cela, sur le dos des militants, si tant est qu’il y a réellement des militants.


Où est le rôle du militant?

Du reste, quel est ce parti où les militants jouissent de la souveraineté de tout décider en son sein ? Inutile de chercher, car il n’y a point dans le landerneau politique malien. “Un militant, qui est-il vraiment pour prétendre à un tel privilège ? Les petits pécules ne lui suffisent-ils plus pour qu’il perde la boule jusqu’à vouloir à tout prix décider à la place des responsables ? Le militant ne sait-il pas qu’il ne sert que de simple camoufflage ?”. Tel semble être l’état d’âme de nos acteurs politiques qui ont peu de considérations pour les militants qu’on dit confinés au seul rôle de “bétail électoral”.

En la matière, l’Adéma-PASJ ne détiendrait-il pas le record d’exemples ? N’est-ce pas que le parti de l’Abeille n’a jamais tenu de congrès, depuis le Congrès extraordinaire de 2000 convoqué suite au départ du camarade Ibrahim Boubacar Keïta? En cela, les militants ont-ils jamais eu le droit de dire, voire de changer quelque chose? Non, Car jusque-là, tout a été décidé et conduit sur la base d’une entente tacite entre les premiers responsables du parti.

N’est-ce pas que ce sont les mêmes responsabilités qui, en 2002, ont boycotté la candidature de Soumaïla Cissé, ce candidat même qui était investi par le parti, donc les militants ? Quand il s’est agi de soutenir la candidature de l’actuel Président de la République, les militants ont certes été consultés, mais par fraude, car seul un Congrès, ordinaire ou extraordinaire (c’est selon) était habilité à trancher sur la question qui , en fait, n’était qu’une simple recommandation de la 7è Conférence nationale du parti.

En effet, une conférence nationale est une assise statutaire qui se tient entre deux congrès. Et le congrès a la charge d’entériner ou pas les principales recommandations formulées par la Conférence nationale. Mais cette exigence des textes a été violée par le Comité Exécutif Adéma, sans qu’aux militants, l’occasion soit offerte de donner leur avis… La liste des faits et comportements que certains citoyens disent “méprisants” envers les militants du parti de la Ruche est loin d’être exhaustive.

Quant au RPM, a-t-il mieux fait que l’Adéma, quand, à la suite d’une saute d’humeur, les députés Tisserands ont engagé le parti dans une sorte d’opposition parlementaire? Et quid de l’URD, où le président du parti, M. Younoussi Touré, est pris en flagrant délit de travestir la réalité, quant à l’état de santé actuel de son parti ? Et que dire de plus, si M. Soumaïla Cissé peut, à lui seul, s’arroger le droit de composer tout un bureau au nom de l’URD, sans que les responsables et militants daignent lever le petit doigt ?

Le seul qui avait essayé de faire ou de dire quelque chose, en l’occurrence le 2è vice-président du parti, M. Oumar Ibrahim Touré, a manqué de courage pour avoir accepté le bureau qu’on dit sorti tout droit “du tiroir” de Soumaila Cissé. Est-ce pour garder son poste de 2è vice-président du parti?

Pour tout dire, selon certains observateurs, dans nos différentes formations politiques, les militants doivent se contenter de suivre les responsables, tels “des troupeaux qui suivent leurs bergers“. Dans notre démocratie, cela semble désormais relever du normal !


Ce qui n’est pas normal

C’est refuser s’assumer face aux problèmes qui minent les partis. C’est accepter de dormir sur ses lauriers, pendant que les militants ignorent tout de son rôle, de la chose politique, des règles élémentaires du vote, de la formation d’un esprit civique… Le pire dans tout cela, c’est de faire croire aux militants qu’ils ne valent rien tant qu’ils ne sont pas dans le bureau d’un organe du parti.

C’est ce comportement négatif des responsables politiques, qui ne cessent de se faire la guerre pour des postes, qui entraîne les partis politiques maliens dans des tourbillons de crises. Il ne pourrait en être autrement quand la course pour les intérêts personnels ravissent la vedette aux règles du jeu politique. d’ailleurs, les crises nées de cette sempiternelle quête d’intérêts crèvent l’oeil.

A l’Adéma, près des deux tiers des bureaux de sections attendent toujours d’être renouvelés, et cela, en dépit du délai prescrit pour cette fin. Toute chose qui aura d’ailleurs occasionné le report du congrès du parti qui devait se tenir il y a un mois.

Cet aspect n’est que la face visible de l’iceberg ; car au fond, c’est-à-dire secrètement, chacun y va de son manège et de ses tactiques pour la grande bataille de positionnement, en perspective des prochaines joutes électorales.

A l’URD, la crise, jusque-là cachée, a fini par refaire surface ; et on se demande bien si les députés, qui ont décidé de recoller les morceaux, pourraient éviter une saignée, voire une cassure au parti. On apprend d’ailleurs que le groupe parlementaire URD est divisé entre Soumaïla Cissé et Oumar Ibrahim Touré.

Quant au RPM, sa chute vertigineuse pourrait s’expliquer par certaines pesanteurs sociales. Mais dans le fond, c’est plutôt les velléités de quelques “bien nantis” d’asservir les “mal lotis” qui constitue le noeu du problème.

Un tableau qui n’est guère reluisant et qui reflète les réalités de toutes les autres formations politiques maliennes. Il n’y a qu’à analyser les transhumances politiques pour s’en convaincre ! Quand va-t-on finalement se préoccuper, si peu soit-il, du sort des Maliens, de leurs inquiétudes, de leurs rêves… ?

Adama S. DIALLO

25 Aout 2008