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« Les feux tricolores ont, certes, disparu mais cela n’a entamé en rien la fluidité de la circulation.

Automobilistes, motocyclistes et piétons sont alors livrés à eux-mêmes et la jouent au culot. Ce qui est le plus sûr moyen d’occasionner l’accident.
Lundi 7 juillet. Il est 8 heures.

Nous sommes au carrefour du Bar Mali, au coeur de la capitale, dans un passage obligé pour beaucoup de personnes qui travaillent au centre-ville. À ce moment de la journée la circulation est dense. De longues files de véhicules, motocyclistes et de piétons s’étirent de part en part du croisement. Deux policiers de service sur les lieux s’activent à régler le passage et éviter les accrochages.


Indiscipline et incivisme.

« Nous sommes ici depuis 6 heures du matin pour régler la circulation. Les feux qui nous aidaient ne fonctionnent plus depuis plusieurs mois. Nous n’en savons pas les raisons. Toujours est-il qu’il faut rapidement remédier à cette lacune« , commente un des agents qui a préféré garder l’anonymat.

« C’est très fatiguant d’être tout le temps sous le soleil et la chaleur. Mais nous n’avons pas le choix. Sinon on n’en finira pas avec les accidents. C’est une situation qui n’a que trop duré« , ajoute notre interlocuteur.

Comme au rond point du Bar Mali, automobilistes, motocyclistes et piétons rencontrent de grosses difficultés à nombre d’autres croisements. Il s’agit, ponctuellement ou durablement, de la place de la Liberté (où les feux viennent de se rallumer à la grande surprise des usagers déjà habitués au « tout passe« ), de la place OMVS, du carrefour du monument de Thiaroye, du carrefour de l’Artisanat et de la grande mosquée pour ne citer que ces points sur la rive gauche.

Sur la rive droite, les feux tricolores ne fonctionnent plus qu’épisodiquement si ce n’est pas du tout, au carrefour de Torokorobougou, à l’échangeur de Quartier Mali, au carrefour menant au Rectorat de l’Université de Bamako entre autres.

« Nous ne savons pas ce qui a interrompu le fonctionnement des feux. C’est très dur pour nous. Car nous sommes d’avantage exposés aux accidents de la circulation », constate un Bamakois au volant de sa voiture qui souhaite que les autorités prennent rapidement des mesures pour rétablir les feux rouges.

« Les feux tricolores ont disparu de la circulation. C’est un danger pour les usagers. Il revient à tout le monde de faire preuve de prudence« , averti un autre automobiliste. Notre interlocuteur a raison de s’inquiéter. Car c’est un vrai casse-tête lorsqu’on s’engage dans un carrefour aux heures de pointe car les policiers, eux-mêmes, sont souvent victimes de l’indiscipline et de l’incivisme.

La gravité de la situation est cependant, diversement appréciée. Ainsi les chauffeurs des Sotrama n’en semblent pas mécontents. « Les feux tricolores ont, certes, disparu. Mais cela n’a entamé en rien la fluidité de la circulation.

D’ailleurs il y a moins d’accidents avec la présence des policiers« , relève l’un d’entre eux qui juge que seule la présence des agents peut dissuader les récalcitrants. « La présence des agents de la police permet d’éviter le forcing de certains usagers trop pressés. Mieux, en fonction de la densité de la circulation, de la fréquentation des voies ou face à une situation quelconque, le policier peut rapidement avoir une solution« , explique notre interlocuteur.

Cet optimisme est loin d’être partagé par les piétons. « Circuler à pied est un exercice très risqué pour les Bamakois sans les feux, surtout à cause de l’incivisme grandissant dans notre pays« , constate une personne âgée rencontrée près du monument de l’Indépendance. « Il faut que les autorités accordent une importance à la sécurité des personnes en rétablissant au plus vite possible le feux tricolores qui sécurisent les usagers« , préconise notre interlocuteur.

En attendant un hypothétique retour des feux rouges, c’est la police qui s’emploie à réguler la circulation. Environ 140 agents sont mobilisés quotidiennement pour fluidifier la circulation et sécuriser les usagers dans 51 carrefours du district.

« Nous avons constaté l’absence de feux dans beaucoup d’endroits. Depuis, tous les jours, nous déployons 140 agents sur la cinquantaine de carrefours recensés par nos services« , explique le commissaire de police Mohamed Koureïchi, commandant de la compagnie de circulation routière.


Des motards sur les grandes axes.

Le déploiement maximum survient aux heures de pointes. C’est à dire de 6h 30 à 9h puis de 16h à 20h. « Le rôle de nos agents est de réguler la circulation, d’intervenir pour sécuriser les usagers en détresse », indique Mohamed Koureïchi qui précise que ses hommes sécurisent aussi le mouvement des enfants vers les écoles (durant l’année scolaire lorsque le trafic est le plus intense) et procèdent à des contrôles routiers dans certains carrefours.

En plus la compagnie dépêche des motards sur les grandes axes de la ville pour surveiller les portions de voie comprises entre les postes fixes, relever les infractions, éviter les surcharges de passagers ou de marchandises, et veiller au stationnement correct en cas de panne ou pas. Les motards alertent aussi les services compétents en cas d’accident ou de tout autre incident sur la voie, précise Koureïchi.

Il y en a-t-il plus du fait des pannes du système de feux rouges ? Le chef du service des urgences de l’hôpital Gabriel Touré, le Dr Nouhoum Diani, constate seulement que le nombre des accidents de la circulation augmente pendant l’hivernage à Bamako et sur les grands axes routiers de notre pays. « Habituellement nous constatons une recrudescence des accidents de la circulation pendant la période des intempéries.

En absence d’études nous ne pouvons pas dire que le cas du district de Bamako est lié ou pas l’absence des feux tricolores », précise le Dr Diani.
Le services des urgences de l’hôpital Gabriel Touré ne désemplit effectivement pas d’accidentés dont la plupart sont de Bamako durant cette période pluvieuse.

Le praticien juge qu’à ce jour aucune mesure n’est véritablement appliquée pour faire baisse le nombre d’accidents de la circulation. « Il n’y a pas d’action concrète pour réduire les accidents de circulation. Le port obligatoire de la ceinture n’est pas respecté et les violations du code de la route ne sont pas réprimées », a-t-il ainsi déploré.

Et la panne de nombreux feux rouges, même en l’absence de données statistiques, ne doit rien arranger à l’affaire, pourrait-on ajouter sans risque d’être démenti, surtout par les services de la mairie du District de Bamako. Ils n’ont, en effet, donné aucune suite à toutes nos tentatives d’obtenir des informations sur d’éventuelles mesures en cours pour rétablir les feux tricolores.

Be. COULIBALY

29 Juillet 2008