Partager

Le 50ème anniversaire de la création de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), le 25 mai 1963, est célébré toute cette semaine à Addis-Abeba. Une exceptionnelle occasion pour les dirigeants africains et plusieurs autres personnalités venues du monde entier de réaffirmer leur attachement au continent noir. La journée de samedi a enregistré le début des festivités de commémoration, suivie dimanche par le 21è sommet ordinaire des chefs d’Etats africains qui prend fin aujourd’hui, lundi, par la signature par tous les Etats africains d’une feuille de route commune.

Ce demi-siècle de lutte pour l’unité du continent noir a été l’aboutissement du long mouvement culturel et identitaire qui a débuté vers 1900 avec le panafricanisme. Ils sont nombreux à s’être succédé à la tribune, samedi dernier, à Addis-Abeba, pour célébrer en grande pompe le jubilé d’or de l’Union Africaine (UA). Toutes les allocutions étaient belles et fort significatives. Le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, a rendu hommage aux pères fondateurs de cette union baptisée, le 25 mai 1963, Organisation de l’unité africaine (OUA). «Eux, étaient déjà convaincus que nous partagions une histoire et une destinée communes », a-t-il dit. On trouvera le même sentiment dans le discours de Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission de l’UA, qui a ensuite mis un accent particulier sur la nécessaire solidarité continentale. Elle a rendu hommage aux soldats africains de maintien de la paix et a appelé les leaders africains à répondre aux attentes des jeunes générations.

« La jeunesse africaine est pressée», lança-t-elle. Avant sa brillante intervention, l’ancien Premier ministre jamaïcain, Percival James Petterson, est monté au pupitre au rythme d’un morceau reggae de son compatriote Peter Tosh pour déclarer, devant plus d’une dizaine de milliers d’invités, que le mot « Noir » ne doit plus être un signe d’infériorité, et qu’il faut changer de vocabulaire. Plusieurs chefs d’État et de gouvernement ont pris la parole, dont le président français. François Hollande a invité les dirigeants africains à un sommet sur la paix et la sécurité en Afrique, après avoir longuement abordé la question malienne. Sur ce point, il a déclaré que « le report de l’élection serait considéré soit comme une impossibilité soit comme un renoncement». Aussi, de nombreux leaders africains, mais aussi Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, Dilma Roussef, la présidente brésilienne et John Kerry, le secrétaire d’État américain, étaient présents samedi à Addis-Abeba. Sept anciens présidents avaient également fait le déplacement. Parmi eux, le Ghanéen Jerry Rawlings, le Nigérian Olusegun Obasanjo, le Sud-Africain Thabo Mbeki et le doyen Kenneth Kaunda, ancien chef de l’État zambien et dernier des pères fondateurs de l’OUA encore en vie. Les festivités du cinquantenaire de l’UA ont aussi enregistré la présence du Gabonais Jean Ping, ancien président de la Commission de l’UA, prédécesseur de Dlamini-Zuma. Le seul grand absent était Alpha Oumar Konaré, qui a choisi de ne pas répondre à l’invitation.

La fête a continué toute la soirée au Millenium Hall. Des chants, des danses, des concerts et de nouveaux discours ont rehaussé ce jubilé d’or. Les invités ont eu droit à une féerique chorégraphie du Sud-africain Somizi Mhlongo, qui a émerveillé les spectateurs.
Côté budget, ces célébrations coûteront près de 3 millions de dollars, selon le vice-président de la Commission de l’UA, Erastus Mwencha.
Le 21ème sommet des chefs d’Etats Africains pour évaluer les acquis et aller de l’avant « Panafricanisme et renaissance », tel est le thème de ce 21ème sommet. Ce thème définit la nature du panafricanisme maintenu dans les principes d’unité, des traditions culturelles et de la liberté qui s’étendent actuellement dans l’intégration, la participation populaire et plus de voix ajustées. En dehors du thème officiel, les participants se penchent, par ailleurs, sur les foyers de crises que connaît en ce moment le continent noir : le Mali, la République démocratique du Congo, Madagascar, la Guinée-Bissau, le Soudan, le Soudan du Sud, la Somalie, la République Centrafricaine. Ce sommet sera sanctionné, cet après-midi, par la ratification d’une feuille de route commune définissant les grands projets de développement de l’Afrique.

Si la plus grande réussite de l’OUA a été d’accabler les voix africaines autour de la délivrance du continent noir, l’UA, elle, est malade, et présente un bilan dérisoire. Si l’on a reproché à l’OUA d’être un club de présidents et non un organisme qui encouragerait le panafricanisme, l’UA est jugée d’ « arrière-plan sur la scène internationale », chère et inefficace. C’est essentiellement sur cela que les présidents africains se penchent depuis hier dimanche. Les maux, certains sont internes à l’organisation, et d’autres dus aux dirigeants de l’organisation eux-mêmes. Il s’agit pour eux de montrer à la face du monde que le plus grand défi aujourd’hui, c’est de garantir l’adhésion des Africains à cette institution. Pour le moment, ces présidents, dont un tiers sont des putschistes, l’associent à une centrale syndicale dont le siège est situé quelque part en Ethiopie.

Autre problème à résoudre pour les présidents africains, c’est le financement de l’institution, l’UA ne peut pas exister sans les ressources financières qui proviennent de l’Union Européenne, des Nations Unies et des Américains. Les Africains ne peuvent même pas assurer les 10% de son fonctionnement. Et là encore, sur les 54 pays membres de l’UA, seulement 17 sont à jour de leurs contributions statutaires.

Rokia Diabaté,

Envoyée spéciale à Addis-Abeba

– —————————- ———————–

A la fête du cinquantenaire de l’’UA : François Hollande propose un sommet pour la paix et la sécurité en Afrique

Le président de la République française a invité, samedi à Addis-Abeba, les dirigeants africains les 6 et 7 décembre en France, à un sommet pour la paix et la sécurité sur le continent africain.

Invité au sommet commémoratif du cinquantenaire de l’organisation continentale, le chef de l’Etat français est intervenu pour signaler certaines tares dont souffre le continent africain. L’Afrique, vulnérable, est aujourd’hui la priorité de la communauté internationale, et c’est à ce titre que la France a proposé un sommet purement consacré à la sécurité et à la paix. «La France s’apprête à convier l’ensemble des dirigeants africains à un sommet pour la paix et la sécurité sur le continent africain. Il se tiendra les 6 et 7 décembre à Paris et fera une large part à la lutte contre le terrorisme» a annoncé le président français, François Hollande. Selon lui, c’est aux Africains que revient le devoir d’assurer la sécurité du continent, dans les temps à venir. Il a promis que la France sera toujours aux côtés de l’Afrique.
Cette invitation de la France aux Africains pourrait aussi dire que la France n’entend plus jouer le rôle de l’éternel gendarme ni s’ingérer dans ses affaires internes de l’Afrique. Cependant, le fait de réunir les dirigeants africains en France pour aborder les questions de paix et de sécurité révèle, par ailleurs, que les menaces terroristes ne sont plus des faits isolés.

Rokia Diabaté,

Envoyée spéciale à Addis-Abeba

Le Prétoire du 27 Mai 2013