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La célébration de cet anniversaire a servi à marquer la détermination des Maliennes à s’engager pour la libération de leurs sœurs sous domination djihadiste

Les Maliennes, à l’instar de leurs sœurs du reste du continent, ont célébré hier la Journée panafricaine des femmes. La cérémonie solennelle s’est déroulée à la Maison de la femme de Sabalibougou sous la présidence du ministre de la Famille, de la Promotion de la Femme et de l’Enfant, Mme Alwata Ichata Sahi, en présence d’une dizaine de membres du gouvernement, des présidents des Institutions de la République, des représentants du corps diplomatique et des organisations internationales. L’événement a enregistré une forte mobilisation des femmes déplacées pour commémorer cette journée qui leur était dédiée.

jpg_journee-femme-2.jpgLa célébration coïncide cette année avec le cinquantenaire de l’organisation continentale des femmes africaines qui a vu le jour le 31 juillet 1962 à Dar-es-Salam, en Tanzanie sous l’appellation de « Conférence des femmes africaines ». Elle prendra plus tard le nom d’Organisation panafricaine des femmes (OPF) au Congrès de Dakar en 1974. L’organisation, à sa création, s’était fixé pour objectifs fondamentaux la mise en place d’un cadre d’échange et d’action afin d’accélérer le mouvement d’émancipation et de soutien des grands courants de libération politique et économique de l’Afrique.

Cependant, au Congrès de Dakar en 1974, l’organisation précisera ses objectifs en instaurant de façon permanente et régulière le dialogue entre les femmes africaines elles-mêmes et entre les femmes et leurs gouvernements sur les sujets brûlants qui affectent leur vie. Ainsi, l’OPF est engagé dans la promotion économique, sociale, économique, politique et culturelle de la femme africaine.

Dans notre pays, cette célébration intervient à un moment extrêmement douloureux où les Maliennes, particulièrement celles du Nord de notre pays, font face au plus grand calvaire de leur vie. Tandis que certaines ont été contraintes de fuir et vivre dans la précarité, celles qui sont restées dans zones occupées, subissent le martyr des abus et exactions des bandits et islamistes.

Mais aujourd’hui, toutes les Maliennes, du Nord comme du Sud, déplacées ou réfugiés, vivent très durement dans leur chair cette crise sans précédent qui sévit dans notre pays. C’est pour rendre un hommage mérité à ses femmes qui paient un lourd tribut à cette situation que le département en charge de la promotion féminine a décidé de placer cette célébration sous le thème de « Cinquantenaire de l’organisation panafricaine des femmes, paix et sécurité, un défi pour les femmes du Mali ». Il faut dire que cette journée est pour les Maliennes, l’occasion de se porter aux côtés de toutes les femmes et enfants durement frappés par les conséquences de cette crise et d’intensifier leur soutien à leur égard.

Dans son intervention, la présidente de l’Union nationale des femmes musulmanes, Mme Kadidia Togola, s’appesantira sur les défis de la tolérance, de la solidarité et surtout de l’entraide que les Maliennes dans leur diversité doivent promouvoir à ce moment crucial de l’histoire de notre pays. « En ce moment tourmenté pour notre pays, les femmes doivent promouvoir les valeurs de solidarité. Car, la femme, c’est la tolérance, l’une des plus grandes vertus humaines, un grand sentiment d’amour et de respect mutuel.

Accepter et tolérer son prochain tel qu’il est, c’est juste, c’est un véritable et sage acte d’amour entre les gens. Nous sommes meurtries de voir les fils de notre pays se déchirer, se haïr, bref se détruire et détruire le pays », s’est-elle indigné avant d’exhorter les femmes à s’engager dans la voie de la paix et de la fraternité. Ainsi, la poétesse, Mme Kanté Sitan Sissoko, dans une ode émouvante, aux mots pesés et aux phrases rythmées, a dépeint son désespoir, sa tristesse et son inquiétude face aux crises que traverse notre pays. Ces rimes poignantes ont fait couler des larmes dans l’assistance.

Tour à tour, les femmes et les jeunes filles déplacées du Nord ont défilé devant le podium pour exposer leur calvaire. Des histoires aussi émouvantes les unes que les autres, retraçant toutes le martyrs de ces femmes et jeunes filles dans leur course pour échapper à la terreur des djihadistes armés. Le ministre de l’Action Humanitaire, de la Solidarité et des Personnes Agées, Mamadou Sidibé, a confirmé que les femmes et enfants sont malheureusement les premières victimes de cette crise.

Le gouvernement a travers son département est à pied d’œuvre pour soutenir nos parents déplacés et refugiés à travers la sous région, a-t-il assuré. « Les femmes sont nos mères, nos sœurs, nos épouses, elles ont un rôle prépondérant dans la résolution des conflits. Il faut donc les encourager et les aider à contribuer à la consolidation de la paix », a-t-il indiqué avant de réitérer l’engagement de son département à soutenir toutes les initiatives et toutes les actions tendant à aider nos frères et sœurs déplacés.

Dans un discours émouvant, le ministre de la Famille, de la Promotion de la Femme et de l’Enfant, Mme Alwata Ichata Sahi, décrira la situation des Maliennes dans la crise institutionnelle et sécuritaire que traverse notre pays. « Cette image de femmes et d’enfants errant, fuyant les théâtres de violence, un image d’un autre siècle de femmes battues sur les places publiques, cette autre image de femmes et fillettes violées publiquement, de femmes lapidées à mort est aujourd’hui une réalité dans notre pays. Aux femmes et aux enfants victimes des atrocités jamais vécues dans notre existence, permettez-moi de vous exprimer toute ma compassion et celle de la nation entière du haut de cette tribune », a lancé le ministre.

Cette journée du 31 juillet, a-t-elle noté, est une date pleine de signification pour les Africaines et particulièrement les Maliennes, car elle consacre l’engagement des femmes africaines à lutter aux côtés de leurs dirigeants pour accélérer la libération du continent du joug colonial et de promouvoir l’émancipation de la femme afin d’instaurer une justice qui défende les droits de l’homme. « Au Mali, nous fêtons 50 ans de combat des femmes maliennes pour leur promotion et leur épanouissement dans un contexte extrêmement douloureux.

Nous aurions souhaité marquer ce cinquantenaire du sceau de l’allégresse qui sied le passage de génération. Mais le cours de l’histoire en a décidé autrement, faisant des uns des victimes innocentes et des autres des spectateurs impuissants. Aujourd’hui, beaucoup de familles sont déplacées, certaines dispersées aux quatre coins du globe, beaucoup d’enfants se sont vu séparés de leurs parents.

C’est en leur honneur que nous célébrons cette Journée, pour leur montrer que nous sommes de cœur avec eux », a expliqué Mme Alwata Ichata Sahi en insistant sur le défi que la résolution de cette crise constitue pour les Maliennes. Elle a ainsi rappelé l’élan de solidarité impulsé par son département et ses partenaires pour soutenir nos sœurs et les aider à dépasser ce moment douloureux. La cérémonie a pris fin par une remise de kits scolaires et de vivres aux déplacés des trois régions du Nord.

Mercredi 1er août 2012, par Doussou Djiré

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