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Le vendredi dernier, les téléspectateurs maliens sont restés comme des drogués en manque de la “came”, et pour cause : le film fétiche “Dou” la famille du réalisateur Boubacar Sidibé que l’ORTM diffusait avant l’émission “Top Etoile”. S’il y a un film de production nationale qui a suscité autant d’intérêts chez les Maliens, c’est bien “Dou la famille”.

Taillé sur mesure sur les réalités quotidiennes de notre société, personne ne voulait rater pour rien “Ladji Sacko”, “Koro” “Ballo”, au appelez ça comme vous voulez. Et gare aux “Bambinos” qui se hasardaient à aller crier en ce laps de temps de concentration au risque de recevoir des tonnes de coups de poing.

D’où toute notre admiration pour ce film qui, en plus de dépeindre les réalités cachées de notre société, avait le miracle de créer la communion entre les membres des millions de familles maliennes, pourquoi pas d’ailleurs, puisque le film était également diffusé dans certains pays de la sous-région.

En effet, à l’heure de la diffusion du film, on ne pouvait aucunement différencier le chef de famille des autres membres de la famille tant le tout ne faisait qu’un. N’est-ce pas là la magie du cinéma, cet autre effet qui donne au film tout son contenu, sans lequel le réalisateur aurait mouillé le maillot pour rien du tout? Mais peut-on réduire l’intérêt de “Dou la famille” à cela seulement ?

Non ! Le feuilleton va au delà des clivages et des considérations sociales. Il met à nu l’état du malaise que les Maliens ont à être contraints de voir passer au quotidien des films brésiliens, mexicains, péruviens et on ne sait plus quoi encore. Ces films qui font qu’un chef de famille n’est plus maître de son foyer, que femmes se croient en mesure d’aller au delà des règles prescrites par la société, que les jeunes érigent la mondanité, le libertinage et la débauche en règle de conduite dans la société. Où allons-nous donc avec cette auto-flagéllation ?

Les téléspectateurs regardent donc ces films parachutés sur eux parce qu’ils n’ont rien d’autre à regarder. Certes, l’épineuse question de financement des productions nationales va se poser, mais avec la volonté, surtout la volonté politique affirmée, qu’on ne se le cache pas, la culture est loin d’être une préoccupation de nos gouvernants, il est certain que ce problème pourra être résolu. Boubacar Sidibé n’a pas fait le magicien pour que “Dou la famille” voit le jour. Ce film a été réalisé grâce à une synergie d’actions entre l’ORTM, Sarama-film et Kora-Film.

Si les cinéastes se donnent la main et que le gouvernement y mette un peu, il va s’en dire qu’on n’aura plus besoin des “Catalina”, “Marimar”, “Couleur de l’amour”, “Causa Nostra” ou “Nausa Costra” et les patati patata. Nous n’irons nulle part avec ces cultures imposées. Soyons donc nous-mêmes en mettant en valeur nos richesses culturelles.

“Dou, la famille” n’est pas exempt de toute critique avec certaines séquences pouvant créer l’effet contraire, mais sa valeur intrinsèque comme oeuvre d’art hautement authentique à la malienne ne souffre d’aucune ambiguïté. Et les Maliens l’ont aimé parce qu’ils s’y retrouvent, ils s’y reconnaissent, et parce qu’ils se sentent concernés. Ce dernier point est très important dans une oeuvre culturelle.

Adama S DIALLO

05 juin 2007.