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Le choix de plus en plus fréquent de construire en dur les tombeaux, la mauvaise gestion de l’espace et le manque d’entretien sont entre autres les raisons qui expliquent l’engorgement des cimetières de Bamako.

De Niamakoro à Sogoniko en passant par Niaréla, Hamdallaye et Lafiabougou, trouver un endroit pour enterrer un corps relève d’un véritable parcours de combattant.

Les cimetières de Bamako manquent cruellement de place et tout le monde s’accorde sur la nécessité d’une organisation rationnelle pour permettre à la population d’enterrer les corps dans les meilleures conditions.

Aucune règle n’est imposée aux usagers de ces lieux de sépultures, chacun enterre son mort là où il trouve la petite portion nécessaire.

Aujourd’hui, la plupart des cimetières de Bamako sont gérés de façon informelle, même si les équipements sont des œuvres de bonnes volontés. Cela interpelle les maires des différentes communes de Bamako.

Les gardiens qui sont généralement engagés tentent souvent de guider les usagers. Par exemple au cimetière de Lafiabougou, le vieux gardien qui a requis l’anonymat n’hésite pas à donner un coup de main aux usagers, une fois qu’ont lui présente un certificat de décès. Ici, le cimetière est divisé en deux parties, une partie pour les enfants et l’autre pour les adultes.

Créé dans les années 1920, le cimetière de Niaréla, l’un des premiers cimetières de Bamako, ne fait pas exception .On y constate des pratiques de mauvaise gestion de l’espace, singulièrement la présence des tombeaux construits en dur qui occupent plus de place qu’il n’en faut. Comme conséquence, la partie nord est chargée à bloc alors qu’il y a de l’espace au sud.

Selon certaines informations, tout le monde évite la partie sud sous prétexte qu’elle est inondable pendant l’hivernage.

A Niamakoro et Magnambougou, les tombeaux de luxe sont légion, embellis comme des salons et par ces pratiques on grignote un peu plus l’espace déjà rare.

« Un cimetière n’est jamais rempli, mais c’est la manière d’enterrer les corps qui pose problème », a expliqué le gardien du cimetière de Sogoniko. Selon notre interlocuteur, c’est l’exploitation anarchique des lieux et la construction de tombeaux en ciment qui expliquent l’engorgement actuel des cimetières de Bamako.

Placés sous l’autorité des communes, les cimetières de Bamako ne bénéficient pas pour la plupart d’un fond spécial pour leurs entretiens. Nous avons joint, Sékou Diop, 5ème adjoint au maire de la commune IV chargé des questions sociales.

Selon lui, l’entretien du cimetière est assuré par les associations des jeunes et les mosquées mais de façon volontaire souvent avec l’appui de la mairie.

«Par rapport à l’exploitation anarchique de l’espace, nous allons prendre des dispositions prochainement pour mettre de l’ordre dans nos cimetières. La mairie compte agrandir le cimetière de Lafiabougou », a-t-il expliqué.

Celui de Sabalibougou connaît le même sort. Il est le reflet de la réalité qu’affronte la quasi-totalité des cimetières de la capitale devenus trop petits pour contenir les morts. Toute chose qui explique la création du cimetière de Kalaban-coura en commune V par la mairie de cette commune.

Les raisons sentimentales ne sont pas étrangères au problème. Les membres de certaines familles souhaitent être regroupés dans un même endroit.

L’islam est pourtant clair sur la manière de faire une tombe. Elle ne doit en aucun cas excéder 20 centimètres de haut et il est formellement interdit d’y construire ou d’y planter un quelconque arbre. « On peut aller au cimetière pour faire des bénédictions. Mais il est interdit de transformer un tombeau en construction ou d’en faire un lieu de culte », a expliqué l’imam de la mosquée de Faladié Sokoro.

Il est inutile de dire que la découverte d’ossements humains est monnaie courante dans nos cimetières. Le nombre de corps portés en terre varie actuellement de 5 à 10 par jour et par cimetière.

Il est plus que jamais nécessaire de réorganiser la gestion des cimetières pour garantir la tranquillité à ceux qui y reposent pour leur dernier sommeil


Nouhoum Dicko

10 Juin 2008