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La cimenterie que le président de la République avait promise aux Maliens verra-t-elle le jour ? En la matière, la déclaration de politique générale du gouvernement devant les députés n’incite guère à l’optimisme.

Vendredi dernier, le Premier ministre a présenté aux élus de la nation, la déclaration de politique générale du gouvernement. Face aux députés, Modibo Sidibé a indiqué les grands axes de sa politique qui, sur papier, fera du Mali un Eldorado. Les Maliens n’auront rien à envier aux pays développés. Avec des chiffres, il a précisé les dates auxquelles les grands travaux seront réalisés secteur par secteur, laissant dans le flou ce qui paraît aussi capital pour de nombreux Maliens : la construction d’une cimenterie.

Au regard de la forte demande, les Maliens veulent une cimenterie. Mais le PM s’est contenté de dire que le gouvernement s’attellera à conforter les industries naissantes et devra notamment identifier, promouvoir et soutenir des projets privés portant sur la création de nouvelles unités dans les secteurs des matériaux de construction (cimenterie, briqueteries…)

On attendait mieux que ça. Dans un passé récent on se rappelle qu’une délégation de la CCIM avait rendu visite à Ousmane Thiam, alors ministre de la Promotion des petites et moyennes entreprises. A l’occasion, le président de la CCIM, qui conduisait la délégation, avait parlé de la nécessité, pour notre pays en chantier, d’avoir sa cimenterie.
Il avait parlé de l’intérêt que cela revêt pour les opérateurs économiques. Et depuis, au sein de l’opinion, on avait pensé que le projet de création d’une cimenterie ne tarderait plus à se concrétiser. Malheureusement, le constat est aujourd’hui amer, l’espoir s’est transformé en chimère.

Choguel terrasse ATT

Pis, le président de la République lors de son dernier voyage à Tripoli, en août 2007, avait réaffirmé que le Mali aura sa cimenterie. Pour dire aux Maliens que ce n’était pas un vain projet, ATT avait ajouté que la Libye allait s’investir dans la mise en place d’une usine de ciment au Mali « un ciment made in Mali à des prix abordables ».

Au vu de tout ce qui a été dit et promis, la déclaration faite par le PM ne rassure guère. Le Mali est un pays en chantier. De nombreux chantiers sont ouverts tant du côté des pouvoirs publics que de celui des particuliers, citoyens et opérateurs immobiliers.
Un peu partout dans le district de Bamako, voire dans certaines capitales régionales, des ouvrages sortent de terre. Le sac de ciment est cédé à 6000, voire 6500 F CFA. C’est pourquoi nous estimons que la construction d’une cimenterie ne doit pas relever de l’initiative privée. L’Etat doit en faire une de ses préoccupations.

Les Maliens ont-ils besoin de demander à ATT et à son chef du gouvernement la construction d’une cimenterie ? Contrairement aux autres pays de la sous-région qui importent la matière première pour la fabrication du ciment (le klinker) d’Espagne, le Mali dispose d’énormes réserves en la matière. Il a la particularité d’avoir sur son territoire toutes les roches nécessaires à la fabrication du ciment.

L’histoire est-elle en train de donner raison à l’ancien ministre de l’Industrie et du Commerce, Choguel K. Maïga qui, après plusieurs interpellations des plus hautes autorités avait déclaré que le Mali ne pouvait pas avoir sa cimenterie en raison du coût élevé de l’électricité et des problèmes de transport ?
M. Maïga n’ajoutait-il pas que toutes les données avaient démontré que la cimenterie de Diamou n’était pas rentable.
« On continue à importer du ciment en attendant que les obstacles soient levés », avait-il tranché.

Amadou Sidibé

17 Décembre 2007.