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La conjoncture économique mondiale actuelle n’affecte pas que les prix des produits de première nécessité. D’autres secteurs sont touchés, mais du fait du caractère vital des denrées de consommation courante, leur envolée est plus durement ressentie.

Un autre secteur qui subit de plein fouet les effets de l’escalade des prix dans notre pays est celui du bâtiment. En effet depuis des semaines, l’on assiste à un renchérissement du coût des matériaux de construction. Et cette hausse tendancielle, de l’avis de nombreux observateurs va durer, dans le sillage de l’augmentation continue des prix du pétrole, l’une des principales composantes de la structure des prix du marché mondial.

L’envolée des prix des produits pétroliers a ainsi obligé les industriels et les transporteurs à revoir à la hausse les tarifs de leurs services. Grossistes et détaillants installés sur les marchés de la capitale sont unanimes à expliquer la flambée des prix des matériaux de construction par la brutale escalade des prix du pétrole.

La semaine dernière, le sac de ciment se vendait au détail autour de 7 500 Fcfa dans les différents marchés du district de Bamako. Alors qu’en février dernier, le même sac était cédé entre 5 750 et 6000 Fcfa. La tonne est vendue par les grossistes dans une fourchette de 130 000 à 150 000 Fcfa. On pouvait s’acheter la même quantité de ciment à 120 000 Fcfa voire 110 000 Fcfa, il y a juste un peu plus d’un mois.

On peut quand même s’étonner de la différence entre le niveau des prix pratiqués par les fabriquants de ciment et ceux auxquels le produit est vendu sur le marché national. En effet, selon notre confrère sénégalais « Le Soleil« , citant le directeur général de la Sococim Industrie, une filiale du groupe Vicat basée au Sénégal, Marc Leising, le prix de la tonne de ciment (sortie d’usine) est de 63 360 Fcfa (TTC).

DES MAGASINS VIDES

Et les prévisions ne sont pas optimistes. La hausse, croit ainsi savoir Adama Coulibaly, un vendeur à Faladié, devrait se poursuivre dans les semaines à venir à moins que par miracle la conjoncture internationale s’améliore.

Habituellement en cette période de l’année, le prix du ciment reste stable. Cette année, la situation est tout à fait différente. Et ce ne sont plus seulement les prix qui inquiètent. L’approvisionnement même du marché est menacé. La semaine dernière, des ruptures de stock sont survenus dans certains points de vente.

Nombre des magasins ne seraient plus approvisionnés qu’un jour sur deux. Ainsi de ciment, il n’y avait pas trace dans la vingtaine de magasins de vente que nous avons visitée. Et ces grossistes n’étaient pas capables de dire quand les commandes passées auprès de leurs fournisseurs seraient livrées.

Selon certains importateurs, la rupture des stocks sur le marché malien est consécutive à la diminution des exportations décidée par certains fabricants de ciment pour satisfaire la demande locale.

« Mes camions sont restés exactement 33 jours à Dakar avec des bons de commandes avant de pouvoir être chargés. D’autres sont en Côte d’Ivoire depuis une dizaine de jours, et les conducteurs de ces camions remorques m’ont informé qu’il ne savent pas quand ils seront de retour« , explique ainsi El Hadj Maïga, un transporteur de ciment.

Il n’y a pas encore longtemps, témoigne-t-il, 120 à 150 camions chargés de ciment débarquaient quotidiennement à Bamako contre moins d’une dizaine actuellement. La situation a d’ailleurs découragé la plupart des transporteurs qui se sont détournés du ciment pour se consacrer au transport d’autres marchandises.

TRACASSERIES ADMINISTRATIVES

Par ailleurs, l’on apprend que les cimenteries sénégalaises sont actuellement très sollicitées par un autre marché : celui de l’Afrique du Sud en plein chantier pour accueillir la Coupe du monde de football en 2010. Les autorités de ce pays auraient ainsi lancé une importante commande de ciment d’une valeur de près de dix milliards de Fcfa pour approvisionner leurs chantiers.

Évoquant le ciment fabriqué en Côte d’Ivoire, El Hadj Maïga, estime que celui-ci coûte plus cher à l’importateur malien par la faute de multiples tracasseries administratives. De nombreux importateurs avaient donc délaissé cette destination au profit du Sénégal. Approché par nos soins, la représentation du ciment Bélier fabriqué chez nos voisins du sud, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

Dans le domaine des matériaux de construction, la hausse des prix ne concerne pas que le ciment. La surchauffe a aussi rattrapé le fer à béton. La barre de 12 mètres de fer de 6 millimètres de diamètre est vendue à 1300 Fcfa et celle de 8 millimètres à 2300 Fcfa. Il faut 3400 Fcfa pour le fer de 10 millimètres de diamètre, 5000 Fcfa pour celui de 12 et 8500 Fcfa pour les 14 millimètres. Selon les habitués du marché, le fer à béton a renchéri parfois de 50%.

Même le bois utilisé pour le coffrage n’échappe pas au mouvement. Le mètre cube du bois de première qualité est actuellement vendu à 140 000 Fcfa contre moins de 125 000 Fcfa, il y a quelques mois. La deuxième qualité est cédée à 130 000 Fcfa contre 110 000 Fcfa auparavant.

A.O. DIALLO

L’Essor du 17 avril 2008.