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La tempête sociale qui a suivi le suicide par immolation au feu d’un jeune Tunisien, il y a quelques jours, a eu raison de l’entêtement du dictateur Ben Ali de la Tunisie. Depuis la fuite de ce dernier, beaucoup se demandent si le scénario à la Tunisienne inimaginable, il y a seulement quelques jours, va-t-il se reproduire en Cote d’Ivoire d’ici la fin du mois de Janvier? A l’analyse, il est trop tôt de se prononcer sur la question d’autant qu’il y a une grande différence de caractère entre les deux personnalités. Certains observateurs de la scène ivoirienne prédisent, cependant, le départ à la Ben Ali, de celui qu’on surnomme ici, le Woody de Mama (Laurent Gbagbo). Le Président Alassane Ouattara ne disait-il pas que « Gbagbo tombera, non comme un fruit mur, mais comme un fruit pourri… » ?

A l’instar des tueries perpétrées par les miliciens et forces proches du Président sortant, qui ont fait plusieurs victimes dans les rangs des militants du Rhdp, les bords de la Lagune Ebrié se sont encore une fois embrasés la semaine dernière. Suite à une descente musclée des Forces de Défense et de Sécurité pro Gbagbo au quartier d’Abobo PK18, à la recherche d’armes à feu, des maisons ont été saccagées, des personnes enlevées à leurs domiciles, sur indication des éléments de la Mouvance Présidentielle, selon plusieurs sources concordantes.

Un policier et deux indicateurs (un père et son fils de 11 ans) ont été tués. Les habitants de PK18 qui ont majoritairement voté Alassane Dramane Ouattara venaient de subir une opération punitive des FDS et Miliciens de Laurent Gbagbo dans sa furie de s’accrocher au pouvoir. La version officielle faisait état de la présence de caches d’armes dans ce bidonville appelé « Bougounisso », situé entre Abobo et Anyama.

Comme si elles étaient prises par une folie meurtrière, ces mêmes forces ses sont nuitamment introduites dans l’antre des « guerriers du Rhdp (Abobo), à la recherche de rebelles dont elles auraient été informées de l’existence dans ce quartier. La suite n’a échappé à personne. Des policiers postés à l’entrée du quartier ont été égorgés, surpris par des inconnus et plusieurs camions de police ont été incendiés. Selon des habitants du quartier le plus peuplé d’Abidjan (environ 2 millions d’habitants), la nuit du mercredi restera gravée dans les esprits. Car des mercenaires et FDS de Gbagbo se sont heurtés à plus forts qu’eux.

Selon un élément blessé qui s’expliquait devant les journalistes, les forces en face étaient invisibles. «On attendait des tirs à l’arme lourde mais on ne voyait rien », disait-il. Le bilan de ce jour parlait de lui-même : plusieurs policiers ont été tués. Le chiffre officiel donné sur le nombre des forces de l’ordre ayant perdu la vie était largement en deçà de la réalité, toujours selon notre source. C’est la raison qui a poussé le Chef d’Etat major des armées à décréter un couvre feu de 19h à 06 heures, ce jusqu’au Samedi à Abobo et à Anyama. Mais à Abobo qui se battait réellement contre les tueurs de Gbagbo ? La réponse à cette question sera à l’origine de la chute de Laurent Gbagbo.

Gbagbo va-t-il suivre Ben Ali ?

Après la chute du dictateur de Tunisie Ben Ali le vendredi dernier, tous les regards sont braqués sur le palais présidentiel ivoirien où squatte un autre dictateur mal inspiré Laurent Gbagbo qui s’accroche désespérément au fauteuil, malgré son isolement par le monde entier. Dans les salons feutrés d’Abidjan et dans les maquis, l’attitude de Gbagbo alimente toutes les conversations. Au moment où la garde républicaine, la Police, les Mercenaires et la milice endeuillent les familles en Eburnie, dans le seul but d’aider Gbagbo à se maintenir, tous les hôtels des régions proches de la Cote d’Ivoire sont occupés, réservés par les proches de Gbagbo.

Lors de sa dernière rencontre avec la Presse à l’hôtel du Golfe, le Président Alassane Ouattara prédisait la chute de Laurent Gbagbo avant la fin du mois de Janvier. Ces propos ne sont certainement pas des paroles en l’air. Car pour tous les habitants d’Abobo, les combats qui ont eu lieu dans la commune dans la nuit du Mercredi à Jeudi, opposaient les FDS à d’autres éléments de la police qui ont choisi de déserter pour ne pas être comptables des errements du dictateur Gbagbo. Ils sont encore nombreux les policiers qui hésitent certes, mais qui finiront par franchir le pas, en se désolidarisant des milices et mercenaires proches de la Refondation. Le pouvoir Gbagbo se fissure, l’armée privée d’armes et de minutions assiste, impatiente d’en découdre, un jour, avec la garde présidentielle et les miliciens pro Gbagbo. Ce jour là, la refondation chutera comme un château de cartes. Gbagbo n’assimilera jamais la leçon Ben Ali parce que son entourage lui a mis dans la tête qu’il est immortel et règnera jusqu’en 2020. Diaby Oumar, militant du Rhdp de Treichville, paraphrase son Président Alassane Ouattara en disant : « l’Ecomog viendra cueillir Gbagbo, non comme un fruit mûr, mais comme un fruit pourri et les barons de la Refondation détaleront comme des lapins pour se refugier au Ghana ».

En attendant, le pays ne jure que d’une intervention armée de l’Ecomog pour libérer enfin le pays. Les Chefs d’Etat Major de la Cedeao qui se réunissent cette semaine à Bamako n’ont pas droit à l’erreur. L’organisation sous régionale n’a plus le droit de tergiverser après avoir donné espoir aux millions d’Ivoiriens de déloger Gbagbo de force du Palais de la République afin de permettre au Président légitime, Alassane Ouattara, de prendre les rênes du pays.

De Gildas correspondant du Républicain à Abidjan

17 Janvier 2011.