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Le psychodrame qui se joue et qui se prolonge sur les bords de la lagune Ebrié, plonge ses racines dans la méconnaissance pathétique de la personnalité de Laurent Koudou Gbagbo. Ni l’ONU ni l’UA, pas plus que la CEDEAO n’ont encore pu cerner la personnalité aux multiples facettes de cet homme qui, par un subtil jeu de cache-cache, a déjà bénéficié d’un mandat présidentiel cadeau de cinq ans. Que sont devenus l’ultimatum de Sarkozy et la mise en demeure de Barack Obama ? Deux puissants de ce monde dont s’est royalement gaussé le fils de Mama.

S’il leur reste encore de dignité, de fierté et d’amour propre, Paris et Washington devront avoir l’humilité de reconnaitre que les paroles, les mises en gardes n’ont aucune prise sur Gbabgo, fussent-elles déclamées à partir de l’Elysée ou de la Maison Blanche. Laurent Gbagbo est ainsi fait qu’il n’accorde aucune importance ni à la parole ni à l’écriture.

Il est toujours prêt à renier et à brûler ce qu’il vient d’encenser et même un document qu’il signe de ses deux mains n’engage que ceux qui lui font confiance. Et l’histoire des différents accords, de Marcousis à Ouagadougou en passant par Accra et Pretoria, attestent suffisamment de la versatilité de cet homme. Désormais, il faut quitter la rhétorique, l’incantation qui ne font que retarder l’avènement d’une aube nouvelle sur la Côte d’Ivoire. Désormais, il faut regarder sans complaisance la réalité du drame ivoirien les yeux dans les yeux et conclure enfin que continuer d’amadouer Gbagbo à travers des négociations, est une vaine entreprise destinée à lui donner du temps.

Ce temps dont il a besoin pour affiner ses stratégies dont l’essentiel consiste à diviser les rangs des Africains et des Occidentaux, toutes choses qui semblent déjà lui réussir. Car Gbagbo est un grand sophiste, qui sait frapper l’imaginaire des hommes, qui sait mettre dans leur esprit les apparences trompeuses de la vérité et non la vérité elle-même.

Toute sa contre-offensive est en effet bâtie sur ce stratagème sophiste qui lui permet de transformer les victimes en bourreaux et les bourreaux en victimes. Quand il accuse la foule de militants pro-Ouattara, aux mains nues, d’avoir tiré sur les forces de défense et de sécurité, il ne fait pas autre chose que inverser la vérité. Quand il proclame que l’ONUCI a tiré sur ses militants, il ne fait pas autre chose que divertir la réalité. Le fait est que le temps joue pour Gbagbo et il le sait.

Si en fin janvier, cet homme continue d’étrenner son fauteuil usurpé, plus personne, pas même la planète entière, ne pourra le chasser des pénates du pouvoir politique ivoirien. Parce qu’il aura tour à tour dépecé la CEDEAO, l’UA et l’ONU. Et ce sera un bien grand malheur pour la Côte d’Ivoire, la sous-région, bref, ce sera une catastrophe irréversible pour la démocratie en Afrique.

Et l’histoire retiendra qu’à la fin de l’an de grâce 2010, un duo d’avocats septuagénaires, Roland Dumas et Jacques Vergès, accourus à Abidjan, ville de charniers, de soleil et de fric ensanglanté, ont contribué à une funeste œuvre d’étouffement et de démolition d’une démocratie naissante sur le continent noir. Et comme une âme en peine, l’historien Laurent Koudou Gbagbo, à l’image de Sisyphe, portera sans cesse au sommet d’une ténébreuse montagne, la grosse pierre de ses responsabilités négatives.

« Le Pays »

04 Janvier 2011