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Entre la chute des recettes douanières et la grogne au sein du personnel, les trois mois du Colonel Amadou Togola à la tête des douanes maliennes fait ressortir un bilan décevant. Enquête sur les tares d’une gestion calamiteuse.

Trois mois après son arrivée à la tête des douanes du Mali, le Colonel Amadou Togola présente un bilan mitigé.
On peut tenter de dire qu’en trois petits mois, ils serait prématuré d’évaluer quelqu’un.

Mais seulement la tradition républicaine et même administrative voudrait que quiconque accède à un poste électif ou de nomination soit évalué en 90 jours. C’est ce qu’on appelle la période de grâce. Et comme il est de coutume bien établi, le Colonel Amadou Togola qui est à la tête des douanes du Mali depuis trois mois n’échappera guère à la règle. L’heure du bilan à mi-parcours a enfin sonné pour lui.

A-t-il été à hauteur détache ? Le Colonel Amadou Togola a-t-il pu remettre les services des douanes sur les rails ? Est-ce que toutes les attentes ont-elles été comblées ? Voilà autant de questions dont les réponses permettront d’évaluer le Colonel Togola.

La nomination de ce cadre, homme du sérail et surtout considéré comme l’un des meilleurs douaniers de sa génération, avait suscité beaucoup de réactions en son temps.

Pour certains, le Colonel Amadou Togola fortement soupçonné d’être au centre de l’Affaire des exonérations qui a coûté à l’Etat des centaines de millions de Francs cfa ne devait jamais accéder à ce poste. Selon les tenants de cette thèse, c’est contraire tant à la notion de bonne gouvernance qu’à la morale tout simplement.

Pour d’autres, la nomination du Colonel Amadou Togola est tout simplement méritée. D’abord parce qu’il est l’un des meilleurs cadres douaniers de sa génération. Ensuite il est pétri d’expériences pour avoir occupé tous les postes de responsabilité au sein de ce service.

Et enfin c’est un signe de la promotion interne des cadres de ce service.
Le Colonel Amadou Togola pour conforter cette deuxième thèse prit au lendemain de sa nomination des initiatives pour établir pour de bon son expertise et sa technicité en matière douanière.

Tout en clamant haut et fort que le challenge était fort possible, que le service des Douanes du Mali allait bel et bien honorer les objectifs budgétaires assignés c’est-à-dire le recouvrement de près de mille milliards francs CFA au titre de l’année 2008, le Colonel Amadou Togola aurait présenté un document très rassurant aux autorités financières du pays.

Se démarquant ouvertement de la méthode de son
prédécesseur, le Colonel Cheick Kéïta comme s’il n’a jamais été associé à sa gestion, il aurait fait croire comme s’il était détenteur d’une baguette magique qu’il va remettre subitement sur les rails les douanes maliennes.

Fort du soutien de ses deux amis, le Premier Ministre Modibo Sidibé et son Ministre des Finances, le Colonel Amadou Togola opta pour une thérapie de choc pour le service des Douanes du Mali. Son credo tout trouvé c’est de “faire respecter les textes à tout prix”. Il est en effet convaincu que sans une application rigoureuse des textes aucune performance n’est envisageable.

Il a pris des mesures jugées impopulaires et sans lendemains pour les transitaires qui voient monter en flèche les frais des dédouanements des véhicules qui sont passés du simple au double.

Quant aux importateurs et exportateurs, ils se voient aussi contraints de payer intégralement les frais de dédouanement de leurs marchandises avant enlèvement. “Quiconque autoriserait l’enlèvement des marchandises sans paiement préalable paierait lui-même”: telle est la consigne stricte donnée aux chefs de bureaux, aux chefs de brigades des douanes sur le terrain.

Des mesures qui poussent les importateurs-exportateurs à ralentir leurs activités paralysant ainsi le fonctionnement normal des douanes.

Pour une application stricte de ses consignes, le Colonel Togola est allé jusqu’à inviter les bureaux et les brigades des douanes à s’en référer à la Direction Générale pour toute décision concernant le dédouanement des marchandises.
L’installation des scanners dans les postes des douanes du Mali entre d’ailleurs dans ce cadre.

Des scanners qui dépouillent les chefs des Bureaux des douanes de toutes leurs prérogatives sur le terrain. Pour une matière qui recommande la célérité et la rapidité dans le traitement, il faut convenir que c’est quand même paradoxal.
Et aujourd’hui encore, le Colonel Amadou Togola persiste à croire qu’il a raison.

Ne s’est-il pas confié d’ailleurs à notre confrère “le Quotidien de Bamako” en disant entre autres que “toute mesure visant à renflouer les caisses de l’Etat dérange forcement les fraudeurs”. Et de jurer la main sur le coeur qu’il ne fera aucun cadeau aux contrevenants et que ceux qui se seront rendus coupables de faux dédouanements paieront aux prix fort de leurs actes.

Voilà entre autres raisons qui expliquent aujourd’hui la baisse drastique des recettes douanières au niveau des produits solides. Pour une prévision mensuelle de 16 milliards de Francs cfa, les services des douanes ne parviennent à recouvrer que neuf ou dix milliards de Francs cfa. Un gap financier qui compromet déjà les objectifs assignés pour 2008.

Mais le Colonel Amadou Togola lui-même ampute les contre-performances des recettes douanières à la détaxation des hydrocarbures.

L’Etat, selon lui, a renoncé à 72 milliards de Francs cfa pour faire face à la flambée des prix des hydrocarbures.
Flambée qui a obligé la douane à ramener ses prévisions en hydrocarbures de 126 à 54 milliards de Francs cfa. Donc aujourd’hui, au lieu de 9 millions de Francs cfa par camion citerne de gazole, la douane n’encaisse plus que 1 million de Francs cfa.

Faut-il quand même souligner qu’en renonçant à 72 milliards de Francs cfa pour soulager le consommateur malien à la pompe, l’Etat malien a consenti des sacrifices. Cette flambée des hydrocarbures ne doit nullement être un prétexte pour le Colonel Togola de se dédouaner aujourd’hui.

N’est-ce pas lui qui a fait croire aux autorités que malgré cette crise, les douanes maliennes pourraient atteindre les objectifs qui lui ont été assignées.

N’est-ce pas lui aussi qui a poussé les autorités du pays à ne pas revoir à la baisse les prévisions des recettes douanières pour l’année 2008 ? N’est-ce pas lui enfin qui a voulu reporter le gap financier des hydrocarbures sur les produits solides ?

Ce sont là autant de choses qui expliquent les contre-performances actuelles des douanes du Mali.
Cependant d’autres raisons, internes, cette fois-ci expliquent elles aussi l’état actuel des douanes du Mali.

Ce sont entre autres les réunions interminables, les rumeurs incessantes sur d’éventuels changements qui ont fini par saper le moral de la troupe et surtout la peur bleue du Colonel Togola à assumer pleinement ses responsabilités.

Il est en effet devenu très frileux dans les signatures. Le Colonel Togola aurait en effet manifesté sa volonté de se rabattre sur ses collaborateurs pour signer les exonérations et d’autres dossiers sensibles tels que les D24.

Birama Fall

14 Juillet 2008