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Rouvert en 2008 avec une technologie de pointe, dans un nouveau bâtiment, le service de la médecine nucléaire de l’hôpital du Point G est en inactivité totale. Il est mort avant même de faire ses preuves.

La médecine nucléaire est la discipline médicale qui administre à l’homme des produits radioactifs pour permettre un diagnostic (imagerie scintigraphique, les dosages radio immunologiques), un traitement (radiothérapie métabolique) et qui utilise les possibilités curatives des isotopes radioactifs.

Selon les spécialistes, la radiologie est une discipline médicale à visée diagnostique et thérapeutique alors que la médecine nucléaire est une discipline classée dans le groupe des sciences fondamentales associées généralement à la biophysique. La séparation de ces deux services permettra, selon les spécialistes, de donner un souffle nouveau dans la prise en charge des malades.

Depuis 2008, la médecine nucléaire dispose d’un nouveau bâtiment avec deux salles d’hospitalisation blindées de radiothérapie métabolique pour le traitement des cancers différenciés de la thyroïde et des pathologies thyroïdiennes bénignes. Un laboratoire de radio-immuno-dosage « laboratoire froid » et un gamma caméra double têtes avec deux consoles pour le traitement des images.

C’est l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui a financé les installations pour un coût de 300 millions de F CFA. Le Mali est signataire du traité de non-prolifération des armes nucléaires.

Le service est aujourd’hui vide avec les portes scellées. Complètement abandonnés, les locaux de la médecine nucléaire sont occupés par les arachnides. La terrasse est utilisée pour le séchasse du linge. Trois médecins seulement au Mali sont spécialisés en médecine nucléaire. En plus d’un manque criard de personnel qualifié, ce service est tenaillé entre manque de réactifs, panne ou sabotage de l’appareillage (gamma caméra), vol de matériels, fuite du personnel pour l’étranger, la médecine nucléaire agonise.

Quatre cambriolages entre mi-2012 et septembre 2013, tous classés sans suite, sont à l’origine de la fermeture du service. Au cours des deux derniers pseudo cambriolages, l’ordinateur de traitement des images avec tous les logiciels et la licence d’exploitation (clé USB) du gamma caméra ont été volés.

Selon un proche du service, seuls les utilisateurs (personnel de la médecine nucléaire) connaissent l’utilité de ces équipements et personne n’a été interpellé. Pourtant, sans ces matériels, il est impossible de faire le moindre examen.

Selon notre source, cette clé a été volée à côté d’un nombre important de matériels que le voleur a jugé inutiles. Pis, au cours des différents cambriolages, les portes d’entrée du service n’ont jamais été forcées. « Et pourtant peu de personnes ont officiellement les clés du bâtiment mais aucune enquête n’a été faite pour démasquer les coupables », s’exclame-t-il.

Pour notre interlocuteur, c’est du sabotage, une volonté délibérée de paralyser la médecine nucléaire pour la faire tomber dans les oubliettes. « Ainsi personne ne parlera de la séparation de la médecine nucléaire et de la radiologie », ajoute-t-il.

Le service de la radiologie s’occupait à lui seul des différentes analyses, aujourd’hui laissées à la médecine nucléaire. Actuellement, le bâtiment de la médecine nucléaire est côte à côte avec celle de la radiologie.

Les malades peuvent bien mourir !

Ce service est le seul du genre au Mali à pratiquer une scintigraphie (explorations du cerveau, du squelette, du cœur, des poumons, de la thyroïde, des reins, du foie et des voies biliaires), les dosages radio-immunologiques et la radiothérapie métabolique (métastases osseuses douloureuses, cancers de la thyroïde, hyperthyroïdies).

Sa fermeture pose de sérieux problèmes aux malades et relance la guéguerre entre les médecins qui veulent ou ne veulent pas voir la médecine nucléaire détachée du service de la radiologie. Une situation qui fait des malheureux.

La fermeture de ce service de pointe, et aujourd’hui indispensable, semble laisser indifférents les responsables sanitaires de l’hôpital du Point G qui ne s’émeuvent pas de laisser les malades mourir, surtout ceux qui ne peuvent pas se faire traiter à l’étranger. Les bénéficiaires des prestations de la médecine nucléaire (les malades souffrant des cancers, les hyperthyroïdies, les insuffisants rénaux…) souffrent de cette situation.

Le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Ousmane Koné est fortement interpellé pour prendre des mesures urgentes afin que le droit des malades aux soins soit établi. Ce service, logé dans l’enceinte du Point G, est le seul spécialisé dans la prise en charge des cancers de la thyroïde.

Il réalise aussi les images et les traitements utilisant des produits radioactifs. Ce service est maintenant fermé, les malades sont obligés d’aller faire leurs examens en Afrique du Nord soit en Europe à des prix exorbitants, alors qu’en temps normal, ce genre de traitement coûte 30 000 F CFA au Point G.

Le personnel désœuvré fuit le service pour l’étranger, et le chef de service est accusé de partager son temps entre les cliniques de Bamako et les congrès et séminaires de formation sur la médecine nucléaire à l’étranger financés par l’AIEA et le budget national.

La solution à ce problème incombe au directeur général du Point G et au département de la Santé. Et surtout au nouveau gouvernement qui a l’intention d’insuffler une nouvelle dynamique aux services de l’Etat.

Aminata Traoré

30 Septembre 2013