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Il ne devrait pas tomber quoi qu’il arrive. Tous les moyens avaient été dégagés à cet effet et il aura résisté durant des jours et des semaines. Mais il a fini par tomber entre les mains des combattants du MNLA. Oui, le camp Amachach de Tessalit a fini par céder dimanche après des combats épiques.

Si un flou total entoure pour le moment les conditions de la chute de cette importante base militaire et le bilan qui en découle, il apparaît cependant clair que les rebelles touaregs viennent de frapper un coup. Ils ont même frappé là où ça fait le plus mal, car au-delà de l’aspect militaire, cette prise vaut son pesant d’or dans l’optique d’une éventuelle négociation de paix.

Il est bon de savoir que Tessalit possède le seul aérodrome de la région de Kidal avec une piste en dur, pouvant accueillir de gros porteurs. En matière d’aéronautique civile aussi, cette ville située au nord du massif du Tighaghar, dans l’Adrar des Ifoghas joue un rôle primordial.

Enfin, c’est la plus grande ville, ou du moins la plus grosse garnison militaire que les hommes du colonel Ag Najeem contrôlent pour la première fois. Ce qui risque de constituer pour eux une source de motivation dans l’optique de la conquête de Kidal ville. Mais aujourd’hui, toute la question est de savoir pourquoi le MNLA a engagé l’essentiel de ses troupes dans la conquête de Tessalit ?

Que représente cette zone pour lui ? Et c’est justement là que résident toutes nos inquiétudes. Avec le contrôle de la piste d’atterrissage et des moyens de communication, les rebelles peuvent désormais recevoir du soutien par voie aérienne. Pas que du soutien seulement, car si l’on sait qu’ils ont derrière eux de puissants cartels de la drogue, il est à parier qu’une grande quantité de cocaïne et d’héroïne va transiter par là dans les jours à venir.

Et c’est l’un des objectifs majeurs de la conquête de Tessalit. Pouvoir faire passer la drogue en toute tranquillité, un trafic qui ne manquera pas de générer beaucoup d’argent pour les rebelles, qui pourront ainsi recruter de nouveaux mercenaires et acquérir de nouvelles armes.

Cela n’augure rien de bon. Car derrière cette volonté d’indépendance de l’Azawad, il y a aussi de gros enjeux économiques. Dans les mois à venir, le Mali devrait inaugurer son premier puits de pétrole. L’odeur de l’or noir attire toujours les groupes armés comme au Nigeria ou au Tchad. Et aujourd’hui, avec une fantomatique République de l’Azawad, il serait bon de contrôler ces puissants gisements pétrolifères.

Nous savons que de grosses multinationales de même que certains Etats n’hésiteraient pas à prêter leurs services en échange d’intéressants contrats à la clef. Tessalit ne saurait donc rester longtemps aux mains de ces hommes qui, sous le couvert d’une lutte d’indépendance, cherchent plutôt à s’enrichir.

Nous avons certes perdu une bataille, mais pas la guerre. Nous osons espérer que dans les tout prochains jours l’Armée malienne va récupérer cette base militaire de manière définitive. Ce faisant, il faudrait qu’on tire leçon des erreurs du passé. Nous nous devons de transformer désormais le massif du Tighaghar et les autres collines avoisinantes, en base militaire malienne. Car à chaque rébellion armée, ce sont les mêmes endroits que les rebelles occupent comme base arrière en posant de sérieuses difficultés à nos hommes.

En les occupant une bonne fois pour toutes, on les priverait de bases de repli, tout en renforçant nos positions. L’affront de Tessalit ne saurait rester sans réponse. Il y va de notre crédibilité et de notre volonté de préserver l’intégrité territoriale.

Maliden

13 Mars 2012