Partager

Le dernier attentat meurtrier de Kidal met désormais sous pression, autant les forces onusiennes, délibérément visées, que celles du Mali et de la France.

Dans cette ville devenue tristement célèbre, les actes crapuleux et criminels se succèdent à un tel rythme que l’on se demande ce que les uns et les autres attendent pour agir contre le MNLA et les autres groupes armés qui y sévissent. Après le double assassinat des journalistes français, l’on se disait que le niveau de sécurité allait passer au maximum. L’attentat de samedi dernier nous prouve qu’il n’en est rien.

Le constat n’est pas reluisant. Six mois après son opérationnalisation et tout l’espoir qu’elle avait suscité, la Minusma peine à atteindre ses objectifs. Sur les 12 640 soldats et policiers annoncés, seuls 6000 sont réellement déployés sur le terrain, soit moins de la moitié de l’effectif souhaité pour une force de dissuasion.

Et pourtant, sur les 16 missions de maintien de la paix des Nations Unies à travers le monde, la Minusma est censée être la 3e du point de vue de son importance. Or, il se trouve que sur un budget annuel de 1,5 milliard de dollars, la Minusma ne dispose en fait que de 366 millions dollars, à peine le quart de ses besoins.

Ceci expliquerait-il donc cela ? Il y a en tout cas quelque chose qui ne tourne pas rond, car on ne peut pas vouloir atteindre un résultat probant si on ne se donne pas les moyens de sa politique. D’ailleurs, au sujet de Kidal, il y a trop de bizarreries loufoques.

Les forces françaises, au nombre de 2800, qui doivent jouer le rôle de forces spéciales d’intervention, ne sont pas déployées de manière à se faire entendre. C’est à Tessalit que se trouve la plus importante base française dans la 8e région, alors que c’est dans la Capitale de l’Adrar des Ifoghas qu’il y a le plus de problèmes de sécurité actuellement.

L’autre attitude pas claire de la part du partenaire français, c’est la dernière opération anti-terroriste engagée dans la région de Tombouctou à l’insu des autorités maliennes, donc sans les Forces armées maliennes. Les médias français ont annoncé une vingtaine de terroristes tués.

Mais jusqu’à présent personne ne connaît le nom de code de cette opération ni ses objectifs réels. Pis, sur le site web du ministère français de la Défense, chaque jeudi, on publie le bilan de l’opération « Serval », un résumé des différentes actions menées durant la semaine. Mais aucun mot n’a été dit sur cette fameuse opération. Que cache-t-elle pour qu’on fasse un black-out total autour d’elle ? Mystère et boule de gomme.

Une chose est sûre, avec déjà 3 bataillons formés dans le cadre du programme de l’EUTM (plus de 2000 hommes), le Mali dispose de militaires en nombre et bien formés pour mettre de l’ordre dans la ville de Kidal. Ne pas agir maintenant, c’est laisser le cancer, qui ronge cette partie du territoire national, évoluer vers une phase métastatique.

On ne le dira jamais assez, entre le MNLA et les groupes jihadistes terroristes, il n’y a qu’une barrière de sable, vite balayée suivant les intérêts du moment. Il est réellement temps de mettre un terme à l’exception de Kidal et du MNLA. La pression est déjà assez forte. Elle menace d’exploser à tout moment, une explosion qui risque d’avoir des effets collatéraux insoupçonnés et incalculables.

Maliden

Les Echos du 19 Décembre 2013