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Du haut de son score électoral nord-coréen de 77% et avec le soutien inconditionnel de la communauté internationale, Ladji Bourama peut encore régler les nombreux défis qui assaillent la nation. Mais il ferait bien de prendre garde car le peuple commence à jaser…

Depuis son élection triomphale à la tête de la marmite nationale, pardon !, à Koulouba, Ladji Bourama, pourtant connu pour son immense charité islamique, n’est plus reconnaissable. Ses vieux amis commencent eux-mêmes à désespérer de sa gouvernance. On croyait qu’avec Ladji Bourama aux commandes culinaires, le gâteau national serait partagé à hauteur de souhait et que ni les cuillères, ni les fourchettes ne chômeraient. Mais voilà: le grand homme, tout armé de ses grands principes, décrète qu’il n’y aura rien à partager du tout. Et surtout pas de gâteau ! Transhumants et fidèles politiques ont beau se tortiller de faim et de soif, l’homme tient à faire ce qu’il dit, inch Allah: pas de gâteau ! Du coup, il y a du beau monde sur les rangs aux élections législatives en vue de chercher un gâteau de substitution et gare à ceux qui manqueront leur coup: ils risquent de crever de faim avant 2018, date de la fin du premier mandat de Ladji Bourama.

Ladji Bourama ne se contente pas de garder le gâteau hors de portée de la masse des affamés; il multiplie aussi envers ses administrés les mises en garde les plus sevères. A croire qu’il tient à imiter le général Moussa Traoré qui passe à ses pour un « grand républicain »! D’abord, ce sont les juges qui en prennent pour leur grade : « Il en sera fini des procès monnayés dans les bureaux de juges peu soucieux de l’éthique! ». Ensuite, c’est le tour des fonctionnaires accusés d’utiliser leurs véhicules de service pour des villégiatures aux champs et de passer le plus clair du temps à prendre du café. Puis Ladji Bourama s’en prend à une ville entière : « Kati ne fera plus peur à Bamako! ». Cérise sur…le bâton, l’hôte de Koulouba vient d’envoyer à la justice une camionnette pleine de dossiers compromettants pour les commis de l’Etat (lire en pâge 7). Objectif évident: sauver l’honneur du Mali et faire le bonheur des Maliens en remplissant au plus vite la Maison d’arrêt de Bamako.

Mais question: puisque nul n’est au-dessus des lois, pourrait-on demander, s’il vous plaît, au justicier de Koulouba pourquoi les prisonniers rebelles recouvrent la liberté ?Bien entendu, un griot de service nous répondra qu’il y va de la paix nationale et du déblocage de l’aide internationale. D’accord ! Mais pourquoi ne pas parachever la paix avec tout le monde avant de s’occuper des corrompus ? D’ailleurs, entre un corrompu et un rebelle armé, quel est le plus digne de dormir à la Maison d’arrêt ? Mais passons…

Ladji Bourama, à travers la mutinerie intervenue en septembre à Kati, a eu une occasion en or de débarrasser le pays de la junte. Mais après qu’une expédition militaire a délogé de son bunker et désarmé le général aux quatre étoiles Sanogo, voilà que Ladji Bourama le reloge royalement à l’ex-base aérienne de Bamako (tout près de Dioncounda Traoré, s’il vous plaît !) et lui attribue une armée de gardes, de domestiques, de cuisiniers, de plantons et de masseurs de pied (excusez du peu !). A ce train, celui que l’on attendait chez le juge d’instruction Yaya Karambé pour répondre de différents reproches pourrait bien passer le quinquennat à boire du lait Nido et du thé vert de Chine. J’ai beau me creuser la cervelle, je n’arrive pas à comprendre pourquoi Ladji Bourama, après avoir militairement défait l’ex-capitaine Sanogo et dissous son Comité de reformes machin, le réhabilite aussitôt, gâteau beurré à l’appui.

Mon incompréhension grandit quand je vois Ladji Bourama se plaindre à Dakar, et en public, de la pléthore de conseillers que lui a léguée le « Vieux Commando ». Ce faisant, l’élu de la coalition « Mali D’abord » prend des libertés, et quelles libertés!, avec le nationalisme qu’on lui connaît. Il transporte sur la place du marché le linge sale du palais. Il y avait sans doute une meilleure manière de gérer nos affaires domestiques, surtout qu’un simple décret présidentiel suffisait à régler l’affaire !

On sait Ladji Bourama très sensible et nul ne s’étonne qu’il pousse de gros sanglots publics quand deux journalistes de RFI sont assassinés par les terroristes à Kidal. Sans vouloir être impertinent, pourrais-je lui demander pourquoi on ne l’a pas vu sangloter quand 150 Maliens ont péri dans le naufrage de leur pinasse à Konna ? A défaut de sanglots et de larmes, il aurait pu, à tout le moins, décréter une journée de deuil national, n’est-ce pas ?

Et puis Ladji Bourama voyage beaucoup trop au goût de ses concitoyens. Si, encore, c’était à l’intérieur du pays pour récenser les besoins du petit peuple, on comprendrait; mais notre ami de Koulouba ne se déplace qu’à l’étranger ! On a tendance à croire qu’il préfère la compagnie des Ouattara et autres à celle des paysans de Mpèsoba…

Les conseillers de Ladji Bourama, par peur de perdre leur part de gâteau, se gardent peut-être de lui signaler ses faux pas, mais moi, Tiékorobani, vieux sage de la place, je me dois de rapporter les critiques de la rue. Les Bambaras, gens fort avisés, ne conseillent-ils pas au chef de payer son ennemi pour lui dire la vérité si ses amis la lui cachent ?

Tiékorobani

Procès Verbal du 18 Novembre 2013