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De Moussa Traoré à Cheick Modibo, en passant par ATT, les chefs tombent mais leur grand ami, Django, croque toujours gaîment son pain au chocolat. Par quel miracle ?

Si l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra savait déchiffrer les bons vieux cauris, il n’aurait jamais quitté le confort douillet de sa navette spatiale Pathfinder pour les mirages de la planète Terre. Et s’il devait absolument atterrir, il aurait choisi une contrée beaucoup plus clémente que la nôtre. En effet, dans la nuit du lundi 10 décembre 2012, le Premier ministre fut froidement cueilli par des soldats de la junte et conduit à Kati où on lui mit le marché en main: rendre sa démission ou…démissionner. Tout Martien qu’on est, on ne joue pas au héros quand on se trouve dans le viseur des mitraillettes. Surtout quand il s’agit des mêmes mitraillettes qui, une nuit de mars, ont obligé le « Vieux Commando », général d’armée de son état, à dévaler la montagne de Koulouba à dos d’homme. De fins esprits suggèrent que Diarra aurait pu tenter d’apaiser, par des discours bien sentis, la colère du capitaine Sanogo : c’est oublier que ce haut gradé ne comprend pas les dialectes martiens. Diarra aurait pu aussi lui rappeler qu’on ne débarque pas un Premier ministre le jour même de l’Espace d’Interpellation Démocratique mais, voyez-vous, un capitaine n’a que faire de ce genre d’espaces, d’autant qu’on n’y trouve aucun rebelle islamiste ou indépendantiste à pourchasser. Diarra n’avait plus vraiment le choix: il rendit donc le tablier. Comme il n’a jamais su à qui remettre sa lettre de démission et qu’un astrophysicien reste logique avec lui-même, il la jeta bruyamment sur les ondes de l’ORTM.

Presque au pas de charge, Diarra fut remplacé par un certain Django. Pas Django, l’acteur de Western, non! Mais Django Sissoko, le même Django national que vous connaissez ! Le nouveau chef du gouvernement n’a peut-être pas eu la chance, comme son prédécesseur, de visiter la planète Mars mais à part cela, il a eu toutes les autres chances et n’a pas lieu de s’en plaindre. En effet, depuis la nuit des temps, l’homme égrenne les hauts postes comme le « Vieux Commando » rêvait d’égrener le chapelet à la mosquée de Mopti. Qu’il vente ou qu’il neige, Django retombe toujours sur les pieds, pain au chocolat à la bouche, quand ses anciens chefs sont réduits au pain sec. Vous voulez un dessin? Eh bien, relisez ce petit cours d’histoire que je vous offre gratis.

Django, que le général Moussa Traoré cajolait, passe, à partir de 1984, les échelons jusqu’à s’installer dans le fauteuil de numéro 2 de la République en qualité de ministre-secrétaire général de la présidence. Quelques années plus tard, le 26 mars 1991, général Traoré est arrêté par le « Vieux Commando ». Django, et c’est son unique épreuve, traverse en suant à grosses gouttes le grand désert que constituent les deux mandats présidentiels d’Alpha Oumar Konaré. Il a beau posséder un doctorat d’Etat et avoir écrit un livre de rédaction administrative, Alpha s’en moque car Alpha, le militant du 26 mars, ne peut voir en peinture les héritiers ou collaborateurs du parti unique UDPM. Django doit croiser les doigts et attendre le retour du « Vieux Commando » au pouvoir pour rebondir. Il ne sera pas déçu.

Quatre mois après son élection, le « Vieux Commando » fait nommer, le 13 novembre 2002, Django Sissoko comme directeur de cabinet du Premier ministre avec rang de ministre.Pourquoi pas directeur de cabinet à Koulouba ? Parce qu’il n’y a pas assez de place là-haut pour deux Abdou Diouf locaux, le secrétariat général de Koulouba étant déjà occupé par Modibo Sidibé. Django, qui revient de loin, se contente du menu frétin qu’on lui offre, en attendant l’heure des vraies ripailles. D’ailleurs, le mini-festin n’est pas si maigre que cela puisqu’il dure 6 bonnes années et que les deux premiers ministres (Ag Hamani et Ousmane Issoufi) dont Django dirige, sans discontinuer, le cabinet seront tour à tour débarqués en le laissant toujours là…

En 2008, quand Modibo Sidibé quitte l’ombre du chef pour les lueurs de la primature, Django entre aussitôt dans le bastion en qualité de secrétaire général de la présidence avec rang de ministre. Qui dit que l’histoire ne se répète pas ? Une décennie après avoir dû quitter le même poste manu militari, revoilà notre ami dans les mêmes fonctions et privilèges ! Le « Vieux Commando », qui va vers la fin de son dernier mandat, est content de Django et ne veut pas qu’il souffre après son départ : il le nomme Médiateur de la République le 16 mai 2011. Moins d’un an avant que les soldats du capitaine Sanogo ne marchent sur le palais.

Vous auriez tort de croire qu’après la déconfiture de son chef, Django est devenu orphelin.Au contraire, il a la chance (encore une !) de voir débarquer à la primature le gendre du général Moussa Traoré. Cheick Modibo Diarra, qui se souvient des bons et loyaux services rendus par Django à la deuxième République, le charge d’une mission de confiance: gérer les relations entre avec la junte militaire et le pouvoir civil personnifié par le Premier ministre. Django s’acquitte bien de la tâche au point, sans doute, de susciter l’admiration des militaires qui, suite à l’éviction musclée de l’astrophysicien, le font grimper à la primature.

On le voit, Django Sissoko n’a pas seulement des diplômes et de l’expérience. Il a aussi et surtout de la chance. La chance sans laquelle, selon Napoléon 1er, rien de valable ne se construit. Tout ce que les mauvaises langues (il n’en manque pas sous nos cieux) trouveraient à y redire, c’est que la chance de Django survit presque toujours au pouvoir de ses chefs. Suivant cette loi statistique mille fois vérifiée, il est permis de croire que Django restera Premier ministre ou quelque chose avec rang de ministre quand Dioncounda, son actuel chef, aura cessé de présider la transition.

En tout cas, le nouveau Premier ministre, qui ne perd jamais à la grande loterie malienne, a les atouts nécessaires pour continuer à tirer les numéros gagnants. S’il a pu tenir la corde jusque-là, c’est parce qu’il parle peu, ce qui lui évite les mauvais rayons solaires. Cet homme de l’ombre possède un sang-froid à glacer le sang d’un jihadiste comme Iyad Ag Ghali. N’ayant jamais un mot plus haut que l’autre, et ayant déjà vu le sort réservé à son prédécesseur Diarra, il s’entendra à merveille avec les militaires. Dépourvu d’« ambition démésurée » (pour paraphraser Sanogo), il ne suscitera pas la colère du président de la transition ni la haine de la classe politique. Bref, Django Sissoko, contrairement à Cheick Modibo Diarra, ne sera desservi par sa personnalité. Il ne pourra être trahi que par son bilan mais ce fameux bilan de la transition, quand et par qui sera-t-il dressé ? Il faudra vivre très vieux pour le savoir!

Tiékorobani

Procès Verbal du 17 Décembre 2012


Primature : journée de contacts et d’écoute mutuelle

L’agenda du nouveau Premier ministre, Diango Cissoko, était chargé hier. Entre 9h30 et un peu moins de 16 h, il a reçu les forces vives de la nation, représentées par une soixantaine de délégations.

Dans la matinée, les premiers reçus étaient les familles fondatrices de Bamako, suivis des leaders religieux (le Haut conseil islamique du Mali, l’Archevêché, l’Association des groupements d’églises et missions protestantes évangéliques) suivi de la classe politique (FDR, ADPS, CSM, COPAM, COREN, IBK 2012), la CAFO, le Conseil national de la société civile et le Forum des organisations de la société civile.

Dans l’après-midi, l’Ordre des avocats, les représentants de la presse, des organisations paysannes, les communicateurs traditionnels, les chasseurs, ont été reçus.
À leur sortie d’audience, chaque groupe a tenu à remercier le PM de lui avoir décliné son agenda, qui est : la reconquête des zones occupées et l’organisation d’élections libres et transparentes.

« Nous serons toujours dans ce pays comme des sentinelles, des arbitres. Nous demandons aussi à la presse de donner des informations objectives et constructives», a dit Mgr Jean Zerbo. Quant à Mahmoud Dicko du Haut Conseil islamique du Mali il a assuré que la communauté musulmane sera toujours aux côtés du PM pour la sortie de la crise. «Nous demandons aussi à toutes les confessions religieuses de se donner la main», a-t-il conclu.

Siaka Diakité de l’UNTM, parlant au nom de l’ensemble des syndicats, a déclaré à la presse avoir demandé au chef du gouvernement de rester à « l’écoute et à la disposition… Car aujourd’hui aucun Malien ne peut se sentir à l’aise dans cette situation. Tout le monde souhaite que le Mali se retrouve dans le concert des nations en tant qu’État libre, indépendant pour jouir des prérogatives du développement de notre nation ».

A. DIARRA

L’Essor du 18 Décembre 2012