Partager

Pour entretenir la fameuse Commission Dialogue et Réconciliation, l’Etat ne lésine pas sur les moyens: 2,4 milliards d’indemnités et d’équipements mobiliers. Quand on sait que la Commission est vidée de son objet avant même de commencer ses travaux, on s’interroge…

Pour renouer les fils du dialogue entre les enfants du pays, les autorités de la Transition ont mis en place, début mars 2013, une Commission Dialogue et Réconciliation.

Pour la présider, SaliaSoukouna, ancien ministre de la Défense, a été choisi. Ce n’est pas un mauvais choix dans la mesure où Soukouna est resté loin du pays pendant tout le temps que la guerre y faisait rage; par conséquent, sa tête ne saurait déplaire à l’un quelconque des groupes à réconcilier. Les problèmes de la Commission se situent ailleurs. Le premier, c’est qu’elle veut réconcilier les communautés maliennes alors qu’elles ne sont pas conflit. Exactement comme quelqu’un qui veut enfoncer une porte ouverte.

Soukouna et ses collaborateurs auraient dû plutôt chercher à réconcilier les rebelles (indépendentistes et islamistes) avec l’Etat ou les populations du Mali. Or telle n’est pas leur mission puisque parmi eux ne siège aucun représentant des groupes armés. Mieux, au moment où la Commission prend du service, Dioncounda Traoré a nommé le chef du Parena, TiébléDramé, médiateur entre le Mali et le MNLA. Du coup, la Commission du grand Soukouna va devoir se contenter de palabres inutiles destinées à amuser la galerie.

Le Malien ordinaire pourrait penser qu’une Commission qui ne sert à rien ne coûtera très peu à l’Etat mais la réalité est beaucoup moins logique. En effet, le budget de la Commission, déjà entré en phase d’exécution, dépasse celui de certains ministères. Si l’Etat voulait faire des membres de petits rois, il ne s’y prendrait pas autrement. Voyons un peu ensemble les chiffres; il parlent mieux que de longs discours…

Le budget global de la Commission, rien que pour sa 1ère année de fonctionnement, est de 2, 4 milliards de FCFA. Ce montant étonne car s’il faut 2,4 milliards pour bavarder, combien faudra-t-il pour reconstruire l’armée et le nord ? De plus, c’est un budget incongru au moment où le pays arrive à peine à financer son effort de guerre et qu’il vient de réunir, à Bruxelles, les âmes charitables susceptibles de lui venir en aide. Bref, à travers ce budget, l’Etat malien se comporte comme un mendiant qui aime manger du poulet à midi et des spaghettis la nuit. Mais passons…

Le montant des « indemnités principales » prévues pour le président de la Commission et ses collaborateurs se chiffre à 323 millions, dont 12 millions pour le président, 960 000 pour son garde du corps, 960 000 pour son secrétaire particulier, 960 000 pour le secrétaire ordinaire, 240 000 pour le standardiste, 720 000 pour le planton, 6,4 millions pour les chauffeurs, 180 millions pour les commissaires (membres de la Commission), 86 millions pour les chargés de mission. Notez avec quel art de la littérature une nuée de personnes se voient affectées au secrétariat sous différentes appellations : secrétaire, chef du secrétariat particulier du président, chef du secrétariat particulier du secrétaire général, standardiste, réonotypiste.

En plus de ces « indemnités principales », les fêtards de la Commission reçoivent des « indemnités complémentaires ». Par exemple, les indemnités de logement du président, du vice-président, du secrétaire général et du secrétaire général adjoint. Montant: 27, 6 millions. Avec une telle somme, les 4 bénéficiaires pourraient passer une éternité à l’Hôtel Salam, n’est-ce pas ? Or ils n’en auront pas besoin puisque chacun d’eux a déjà une maison bien à lui. Il est prévu 40,2 millions d’ »indemnités pour frais de téléphone ».

A lui tout seul, le président a droit à 1,8 million de frais de téléphone. A ce train, il pourrait louer un petit satellite pour parler au jihadisteIyad Ag Ghali, pas vrai ?

La Commission, je vous le disais, n’envie rien à un ministère puisqu’on lui alloue 93,6 millions en fournitures de bureau et consommables informatiques. A croire que quelqu’un parmi ses membres mange du papier et boit de l’encre ! Et ce n’est pas tout: la commission obtient 774 millions en frais de carburant et de déplacement. Dont 203 millions pour le voyage de 3 de ses membres en Europe. Que vont-ils faire en Europe, bon Dieu ? Nul n’en sait rien. Bien sûr, une Commission de cet acabit ne doit guère s’ennuyer: elle va donc dépenser 5, 9 millions en frais de connexion internet et 75 millions dans la production de sketches télévisés. De la bombance en perspective pour l’équipe de Guimba, Coulou et Zantiki, hein ?

Au titre des dépenses diverses, il est prévu:

– 5 millions pour le gardien du siège de la Commission (comme s’il n’y avait pas police dans ce pays!);

– 20,5 millions pour le nettoyage du siège (on dirait que c’est l’empereur Kankou Moussa qui va travailler là!);

– 1, 7 million pour la plomberie (hé, hé!);

– 1 million pour la « maintenance préventive des installations électriques » (comme s’il existait une « maintenance curative »!);

– 1, 7 millions pour l’abonnement aux journaux (y compris au New York Time ?);

– 48 millions pour la « pose déjeuner » (quand je vous parlais de festin!).
Au chapitre du transport des hautes personnalités qui siègent à la Commission, il y a 724 millions à dépenser (excusez du peu!).

En effet, le président Soukouna a droit à 3 véhicules: 1 Toyota Land Cruiser GX d’une valeur de 70,9 millions; 1 Toyota Camry de 37,4 millions et 1 Toyota Corolla de 21 millions.A moins qu’il ne possède 6 pieds ou qu’il ne joue au prince héritier du Qatar, on ne voit pourquoi un simple président de Commission devrait rouler dans 3 véhicules de luxe !

A l’instar du roi, pardon, du président, les vice-présidents, commissaires, secrétaires généraux et experts de la Commission ont droit à des véhicules 4X4 flambant neufs. Le comble, c’est que 4 véhicules tout terrain d’une valeur de 120 millions sont destinés aux « missions de terrain » sans être affectés à personne en particulier. Du gâteau de réserve, en somme !

Quand on voit les frais prévus pour l’équipement du bureau du président (26,6 millions), on tombe sur la nuque: téléphone portable à 600 000 FCFA, ordinateur portable à 650 000, ordinateur de bureau à 950 000, machine à café à 80 000, bureau-ministre à 950 000, fauteuil-ministre à 950 000, table basse à 275 000, salon à 3,6 millions, fauteuil-visiteur à 225 000, armoire à 850 000, tapis de salon à 700 000, téléviseur à 925 000, support de téléviseur à 825 000, stabilisateur à 350 000, onduleur à 500 000, imprimante à 450 000, 2 photocopieurs à 3 millions, décodeur et abonnement télé à 700 000.

Il y a lieu de se demander si l’abonnement du président lui permet de des programmes de l’au-delà! Il a droit, de surcroît, à un porte-manteau de 80 000 FCFA et à un essuie-pieds de 15 000 FCFA. Sa salle d’attente est équipée à hauteur de 4,5 millions et son secrétariat particulier à hauteur de 4,8 millions.

Quant aux vice-présidents de la Commission, l’équipement de leurs bureaux atteint 18 millions. Celui des bureaux des 30 commissaires atteint 110,9 millions. Celui du secrétariat des vices-présidents atteint 7,6 millions. La salle où se réunit tout ce beau monde reçoit un équipement de 22 millions. Les bureaux des secrétaires généraux et chargés de mission sont équipés pour 65 millions. Après une telle orgie de dépense, ce serait bien le diable si les Maliens ne se réconciliaient pas !

Tiékorobani

Procès Verbal du 20 mai 2013.

Paru le 18 Juin 2013