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Le Mali post-22 mars 2012 est devenu le Mali de l’abus du pouvoir. Au nom de la kalachnikov en bandoulière, on viole allègrement la loi en prétextant le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat. Quelle démocratie pour quel État ? Au nom de quel principe la tristement célèbre « Sécurité d’Etat » se livre-t-elle à des écoutes téléphoniques tous azimuts sans en avoir reçu mandat de la part des autorités judiciaires compétentes ?

Ah, c’est vrai que j’allais oublier que depuis plus d’un mois, c’est le CNRDRE qui assume les fonctions exécutive, législative et judiciaire et militaire à la fois. Du fait du pouvoir des armes, il peut arrêter qui il veut, comme il veut et écouter toute la population de Bamako sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit. Les excellents juristes, ces grands conseillers toxiques qui sont les éminences grises du capitaine Sanogo doivent certainement savoir que dans un État dit démocratique, de telles pratiques sont prohibées et leurs auteurs, tôt ou tard, devront rendre des comptes.

Dans n’importe quel pays du monde, ces écoutes téléphoniques sont réglementées et doivent répondre à des besoins spécifiques et ponctuels et non se généraliser. La brève interpellation du directeur de publication du journal « Le Prétoire » est là pour nous dire que de nombreux citoyens sont aujourd’hui menacés et persécutés pour la simple raison que leurs conversations ont été écoutées à leur insu.

Écoutées et très souvent mal interprétées par des « analystes » qui sont plutôt des experts en délation que de véritables agents secrets. Avec des mots clefs aussi fantaisistes que capitaine, Sanogo, CNRDRE, militaires, charniers, président… une fois prononcé au cours d’une banale conversation téléphonique, on peut se faire arrêter par de pseudo Bamakois agents spéciaux.

Dites-moi messieurs, si vous avez la technologie pour écouter les paisibles citoyens, pourquoi ne pas pousser cet exercice à intercepter les communications des rebelles au nord et de leurs alliés islamistes afin de recueillir de précieuses données pouvant vous permettre de laver votre honneur ?

Dans le Mali post-mars 1991, la liberté d’expression est garantie et nul ne peut et ne doit être inquiété pour avoir exprimé ses convictions. Sinon en Europe, aux USA ou même dans de nombreux pays africains, on aurait arrêté des milliers de personnes parce qu’elles s’en étaient prises à la personne du président ou à sa famille.

Si cette violation de la loi existait dans le Mali ante-22 mars 2012, il n’y aurait certainement jamais eu de coup d’Etat. Vous savez, messieurs les membres du CNRDRE, même dans les pays totalitaires où tout est contrôlé et centralisé, même dans ces pays, ceux qui ont envie de passer par les mailles des écoutes pour porter des coups aux apprentis dictateurs arrivent à le faire malgré la chape de plomb que vous imposez. D’ailleurs, l’excès des écoutes téléphoniques produit souvent l’effet contraire. Des individus plus malins peuvent, croyez-moi bien, vous menez en bateau en vous mettant sur de fausses pistes.

Aux experts des écoutes de la SE, je leur demanderai de faire preuve de discernement. Vous êtes aussi écoutés quand vous écoutez les autres. Le matériel sur lequel vous travaillez n’est pas une technologie malienne. Ceux qui vous l’ont vendu ou installé se font aussi un malin plaisir de vous écouter et très bientôt vous aurez également des comptes à rendre. Et comme le disait le philosophe : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit, et l’obéissance en devoir »…

Maliden

15 Mai 2012