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Il y a plusieurs faits pour lesquels nous n’avons pas de réponse et n’en aurons pas de sitôt. Mais les évoquer contribue à nourrir le débat que notre démocratie avait de plus en plus fui alors que nous la savions fragile ainsi que le prouvent plusieurs péripéties et déclarations sous la première décennie de la 3è République. En 2002, s’installe un des présidents les plus adulés du monde, une légende vivante dont personne n’aurait mis en doute les convictions démocratiques. Il propose immédiatement la formule du consensus qui rassemble un pays à l’époque pas apaisé et même sur le bord de la rupture, si l’on en juge par les arguments régionalistes et ethnistes qui ont émaillé la campagne d’alors. Que s’est-il donc passé ? Avions-nous concédé trop de pouvoir au premier magistrat qui n’a pas du tout eu le malheur de son prédécesseur installé entre les barricades et les pneus enflammés d’ambitions putschistes même si ces dérives émanaient d’une partie dite du mouvement démocratique ?

Le président Touré serait-t-il resté le mandat de trop dans la mesure où il aura mis son énergie plus dans le bilan physique -avec un chapelet de réalisations qui lui font entièrement honneur- que dans le bilan politique ? Lequel revient à l’inventaire de ses hommes, leurs capacités et leurs crédibilités, ainsi que de l’état de santé de nos institutions dont l’armée et de notre démocratie. Puis, le 22 mars, le président réélu en 2007 avec 71% au premier tour perd son pouvoir en quelques heures. Avec lui, s’écroule le régime avec sa cinquantaine de généraux et naturellement sa nuée de courtisans. Questions : Qu’est ce qui a rendu si scandaleuse la nudité de l’Etat ? Jusqu’où le pouvoir savait-il son impréparation à défendre le projet démocratique ? Il est vrai qu’une grande partie de l’armée et de l’arsenal de défense étaient au Nord du pays, mais là non plus les résultats étaient loin d’être brillants.

Et on ne peut pas occulter la question essentielle de savoir pourquoi et comment la République est aussi tragiquement tombée devant une rébellion dont les moyens, Ibk est l’un des premiers à l’avoir constaté, n’étaient pas aussi impressionnants qu’on nous l’avait fait croire. Ces réponses ne nous aideront pas à ramener Att ni les centaines de milliards de Fcfa d’aide gelés avec le putsch et dont certains ne seront libérés qu’avec l’élection d’un nouveau président, car c’est bien cela le cas de l’aide américaine. Nous pouvons donc continuer avec les faits. Malgré le retour commencé à l’ordre constitutionnel, nous avons trois pouvoirs dont le plus réel est celui de l’ex-junte parce qu’adossé -contrairement à la démocratie- au pouvoir des armes et aussi à une sorte de légitimité révolutionnaire perçue de bonne foi par le petit peuple, à la fois exclu par la langue et le langage, contre l’ égocentrisme de l’élite, et c’est vrai, instrumentalisé par des politiciens dont ATT disait qu’ils n’avaient pas de chance de gouverner par les urnes.

Questions pourtant : malgré la survivance de Kati, la présidence et la primature ne peuvent-elles pas prendre leurs responsabilités ? Et si la question de la junte est réglée, comment sera gérée la cohabitation d’un premier ministre de pleins pouvoirs et d’un président de transition transformé en ornement là où la culture est essentiellement présidentialiste ? Et surtout, comment pourra-t-on consolider notre marche vers la démocratie sans cadre de dialogue qu’on l’appelle convention ou non ? Trop de questions peut-être pour un chroniqueur qui devait apporter des réponses. Mais nous n’avons pas honte de dire que nous ne savons pas. Et personne ne sait vraiment trop dans ce pays qui a décidé de se venger de ses enfants parricides.

Adam Thiam

18 Mai 2012