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Les forces de sécurité de Ségou méritent félicitations pour avoir empêché la rue mercredi de mettre la main sur l’imprudent passager – présumé Touareg – qui transportait, semble t-il, un arsenal d’armes légères dans un bus-passagers. On n’a pas besoin de dessin pour comprendre que ce que la foule excitée qui avait assailli le commissariat aurait fait du prévenu, si elle l’avait eu. Être un pays en guerre, comme nous le sommes depuis le 17 janvier dernier, autorise toutes les licences, toutes les injures et bien des dérives.

Le 2 février, était peut-être plus qu’une marche d’épouses de militaires mécontentes du statut de leurs maris. Car c’est le temps de tous les périls et de la guerre des cagoules, le mouvement aurait pu être plus qu’une demande d’explications ou une marche de protestation. Allant jusqu’au renversement du pouvoir ? Rien ne doit être pris pour vérité d’évangile mais rien ne doit être, non plus, pris à la légère. Y compris l’inacceptable éventualité qu’Oumar Mariko, député de la République, ait, à ses dires, frôlé l’enlèvement.

Un sort, qu’après le rapport sur les atrocités d’Aguel Hoc, plusieurs de nos compatriotes réserveraient volontiers à Nicolas Sarkozy qui doit savoir que rares sont les Maliens, qui par la magie des radios de proximité, ne le croient pas à la base de la déstabilisation actuelle du Mali, à travers la guerre du Mnla.

Les raisons du courroux français ? La rue est sommaire ici comme ailleurs et la nôtre explique l’acharnement français par le refus du président malien de signer les accords sur les flux migratoires qui donneraient aux autorités française la base légale d’une expulsion massive de nos compatriotes immigrés dans l’Hexagone.

Christian Rouyer n’y pourra rien, quelle que soit sa communication. Il est peut-être trop tard de détruire cette « vérité générale » même pour cet ambassadeur atypique qui a souvent ses éclats de voix mais auquel il serait malhonnête de faire le procès de l’anti-malianisme primaire, lui qui a commencé sa mission par une tournée même dans les zones du Mali déconseillées par le Quai d’Orsay.

Et si les propos de De Raincourt ont été salués comme bien plus sages et bien plus dignes de la France, la maladresse récente de Juppé demandant un cessez-le feu au Nord après ce qui a été considéré ici comme une attestation de victoire à l’ennemi, a aggravé chez les Maliens les sentiments que la France ne les aime plus. Eux qui l’avaient vu armer tous les canons de France et de Navarre contre Kadhafi et dissuader de toute intervention armée contre Assad , pourtant tous les jours plus ivre du sang des Syriens.

En somme, la diplomatie du double standard qui refuse à Khom ce qu’elle a forcé pour Benghazi. A tout cela, il faut ajouter la croyance largement répandue dans nos quartiers que Paris est la main invisible derrière le Mnla. Les raccourcis se chargent du reste : le fait que plusieurs responsables de ce mouvement vivent en France ainsi que l’exploitation, reprochée à Rfi , de cette guerre. Il reste deux guerres que l’Etat malien ne doit pas perdre.

Celle de la nécessité de limiter l’amplitude internationale donnée à un conflit que seul celui du Darfour – une véritable tragédie humaine en son temps – dépasse en visibilité. Et celle d’une stratégie responsable de restitution. A cet égard, la communication de l’armée et du gouvernement a de sérieux progrès à faire. La preuve étant le démenti qui n’était pas nécessaire de la bavure de Kidal. Car les bavures existent dans toutes les guerres. Même celles des cagoules.

Adam Thiam

24 Février 2012