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Un mois jour pour jour, Dakar II n’a pas reconduit la fermeté de Dakar I vis-à-vis de la junte qui a renversé le pouvoir d’Att le 22 mars dernier. Pas d’embargo commercial, pas de fermeture de frontières. Ensuite, le point sur l’envoi des troupes a été clarifié : celles-ci ne viendront qu’à la demande des autorités.

Pourquoi donc un sommet seulement une semaine après celui d’Abidjan que Bamako n’avait pas fini de digérer ? Réponse: pour valider l’esprit d’Abidjan. Ce qui veut dire que les libertés prises par les présidents de la sous-région par rapport à l’accord-cadre n’étaient pas une erreur mais une décision bien mûrie. Pareille volte-face est extraordinairement rare en la matière mais au moins la Cedeao a rendu très claire sa position. Malgré les événements du lundi qu’ils ont condamné mais qui ne les a pas émus outre mesure. L’ex-junte sait donc à quoi s’en tenir désormais vu le contraste entre les propos tenus dans les palais aux émissaires de Kati et les positions publiques dans les sommets.

L’organisation sous-régionale ne se définit pas par rapport aux problèmes qui peuvent avoir provoqué le putsch du 22 mars. Elle s’en tient strictement aux traités que notre pays a ratifiés, qui proscrivent le putsch et déclenchent automatiquement les sanctions prévues pour le retour à l’ordre constitutionnel rompu. Le continent a encore du chemin à faire pour qu’un suivi contraignant des indicateurs de bonne gouvernance puisse être l’antidote des coups d’Etat que les textes n’ont toujours pas pu prévenir.

Mais ceci est un autre problème. Les présidents d’une sous-région dont presque tous les États sont convalescents ou exposés, il faut que cela soit clair pour tous, ne veulent rien faire qui ressemble à une mutinerie, à une mutinerie devenant un putsch, ou au « blanchiment » d’un putsch. L’exemple du Mauritanien Abdel Aziz est gros.

Toutefois, la réussite de ce coup s’explique par deux facteurs : d’abord, l’absence d’une dissuasion de proximité, l’Union du Maghreb Arabe dont est membre la Mauritanie n’étant pas opérationnelle ; ensuite, le tombeur d’Ould Abdallah s’était adroitement positionné comme l’ennemi juré du cauchemar sécuritaire qu’est Aqmi et cela n’est pas sans dividendes. Le Capitaine Sanogo issu surtout du chaos du Nord, n’a pas un tel atout. Donne supplémentaire, le binôme Goodluck-Ouattara.

Ce dernier a d’ailleurs utilisé le terme de « situation démocratique sans ambiguïtés » parlant de ce qu’il veut voir au Mali, en tant que président en exercice de la Cedeao. Goodluck, lui, se trouve en pôle-position à la tête du groupe de contact de six chefs d’Etat mis en place comme pour brider le médiateur ?

Dioncounda Traoré mesurant la tension que sa désignation, dans les conditions que nous savons, comme président de la transition a créée, a été explicite : il ne restera pas un jour de plus si cela n’est pas partagé. Mais s’il part, cela ne veut pas dire que la junte vient. Si elle vient, c’est sans l’aval de la Cedeao qui a revalidé l’esprit d’Abidjan.

Adam Thiam

Le Républicain du 04 Mai 2012