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Forum sur l’école, Etats généraux de la corruption, rapport de la Commission Daba Diawara. Le mois est au bilan de santé. Et ce bilan-ci est d’autant plus sérieux qu’il est celui de nos organes vitaux. Reste à voir si l’addition des différents tests ainsi réalisés auxquels s’a-jouteront bientôt les conclusions des Etats généraux du foncier fait du pays un grand corps malade.

Ou si, au contraire, nous nous croyons simplement malades. Car si les Etats généraux sur la Corruption et la délinquance financière sont un exercice inédit sous la forme qu’ils viennent de connaître, les réflexions sur le processus démocratique et sur l’école ne sont pas des exercices nouveaux, la décennie Konaré les ayant pratiqués. D’où les questions suivantes : Avons-nous connu ces dernières années les turbulences qui furent celles de l’école à l’entame de la 3è République ?

Connaissons-nous des crises institutionnelle ou électorale de la dimension de la crise politique de 1997 ? Pourquoi alors revisiter en 2008 les problématiques de l’école et de la démocratie ? Est-ce qu’il y a vraiment des ruptures ? Une explication logique au timing de ces forums survenant dans le second mandat plutôt que le premier, est que le Président Touré qui n’a pas été élu contre le bilan de l’Adéma et de AOK, n’a pas cru devoir inaugurer son mandat avec notamment une évaluation publique de l’école et du processus démocratique, En le faisant maintenant, avec un recul supplémentaire de cinq ans, il crée moins de controverse.

Crise de société où de l’école

On se rappelle que certains candidats en 2002, en particulier, Tiebilé Dramé du Parena, avaient fait de ces différents audit un axe fort de leurs promesses électorales. Sur l’école, par un soir de grande lassitude, Konaré avait tenu des propos qui ont été interprétés par son opposition comme un aveu d’échec qu’il relativisera, il est vrai, dans son livre interview intitulé “enfant africain”.

Ce bilan physique est tout simplement impressionnant et n’aide pas à comprendre, que même instrumentalisée par une opposition, l’école ait tant duré dans la crise. Si l’on peut appeler cela une crise de l’école, et de l’école seule.

Ce qui n’est pas évident. Les expériences des pays les plus développés permettent en effet de s’interroger sur les origines et les manifestations des difficultés que l’école traverse. Une sorte d’embrouillamini selon Roger Garaudy qui écrit « Chacun renvoie donc la responsabilité chez l’autre et pendant que les politiciens et responsables éducatifs se livrent à des disputes infantiles ; une génération d’enfants mal instruits et mal éduqués se dirigent vers une voie dont ils ne connaissent ni le but ni la fin. »

Pour tout le monde, l’école est mal partie et chaque génération plaint la suivante. Les termes les plus explicites viennent du célèbre postulat de Troger: « un élément de base de la crise c’est le fameux niveau qui baisse en proportion inverse avec l’insolence des élèves». Mais Troger ne s’interroge pas longtemps, c’est à une vraie crise de société que nous faisons face, pense t-il, dans laquelle plusieurs éléments se retrouvent et se mélangent dont ; le fait qu’il y a de plus en plus de gens moyens et médiocres, pas seulement à l’école mais partout ; le problème de l’ascenseur républicain qui n’embarque pas que le mérite; le divorce du couple formation-emploi.

S’agissant des Etats généraux sur la corruption, ils posent, il est vrai une question d’une brûlante actualité parce que la communauté internationale et la société civile n’hésitent plus à la classer comme l’une des causes majeures du retard de l’Afrique sur les autres continents. D’ailleurs, entre son départ du pouvoir en 1992 et son retour en 2002, il avait parcouru tous les forums majeurs et fréquenté les experts les plus reconnus sur la question, de Tranparency International avec Peter Egen au forum sur la corruption avec Al Gore.

Autre signe, il avait jeté son dévolu sur l’expérience du Vérificateur Général du Canada à la fin de la transition et dès son élection en 2002, il « ouvrira les hostilités » pour faire passer, même de force, la variante la plus indépendante possible de cette structure au Mali. Le parlement, en effet, institue le Vérificateur Général du Mali en 2004.

Déficit de conscience publique

ATT sait donc pourquoi le PDES a retenu comme priorité le débat sur la corruption malgré l’incontestable avance prise par le Mali sur beaucoup d’autres pays, rien qu’avec l’exercice d’introspection publique que constituent la publication des rapports annuels du Vérificateur Général et de la Casca.

Sans compter l’approche systémique de lutte contre la corruption qu’est le Programme de Développement Institutionnel dont la mise en œuvre a déjà commencé. Sur la corruption, beaucoup de choses sont connues.

La formule de l’économiste Kitgaard « corruption égale monopole plus pouvoir moins transparence » résume toutes les définitions et les constats du chilien Kaufmann sur les conséquences du fléau sont imparables.

Il dit que la corruption coûte deux fois plus cher (le préjudice causé et les ressources perdues à remplacer), qu’elle est contrôlable et il cite l’exemple devenu universel du Bostwana, qu’elle rend l’Etat inefficient donc incapable de fournir de bons services ou de bonnes infrastructures aux citoyens, qu’en alimentant l’économie souterraine et l’impôt régressif, elle dissuade l’investissement, et que par les injustices créées, elle délégitime l’Etat.

Pour tout dire, la corruption résulte essentiellement du déficit de conscience publique et déteint sur tout. Y compris sur le nouveau projet qui transparaît du rapport soumis par la Commission Daba Diawara. Ce rapport désormais public contient des propositions dont la mise en œuvre devra permettre de s’attaquer, au moins aux onze plaies des processus électoraux identifiées par l’Union Africaine.

Mais sur ce terrain, le seul remède valable demeure la sincérité du projet démocratique, aucun système institutionnel n’étant parfait et infaillible. Il est possible, pour conclure en essayant de répondre aux questions énoncées plus haut, que par un forum après l’autre, le pouvoir cherche à faire l’audit de la morale et de l’éthique publiques.

A la fois, pour apporter les réglages nécessaires et à prévenir les dérapages. Ce qui s’appelle faire de la prophylaxie en médecine et anticiper dans le vocable de la bonne gouvernance. Mercredi, Modibo Sidibé a fermement promis que les conclusions ne seront pas lettre morte. Si nous arrivons aux résultats attendus, le Premier ministre sera l’un des rares à avoir fait mentir Clémenceau qui avait eu, un jour, cette terrible formule : « le chameau est un cheval dessiné par une commission ».

05 Décembre 2008