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Peut-être faut-il que nos frères et sœurs qui sont restés au Nord se rendent à l’évidence. Ils n’auront pas de marche verte à l’image de celle des Marocains qui déferlèrent sur le Sahara Occidental, rien qu’avec le Coran et le rameau d’olivier face à une armée ennemie tétanisée. Ils peuvent non plus ne pas avoir d’assistance militaire étrangère avant longtemps.

Parce que ce qui intéresse l’Occident ce n’est pas les limites de l’Etat malien héritées de la colonisation. C’est circonscrire le risque terroriste dont Aqmi et le Mujao menacent la sécurité globale. A chacun donc ses préoccupations. Gao, Tombouctou et Kidal entament leur troisième mois de calvaire de résidents chassés de leurs terres, de filles violées collectivement, de biens volés sans scrupules, de libertés confisquées et ils ne veulent qu’une chose : la libération tout de suite plutôt que demain et la dignité recouvrée. Pendant ce temps, Bamako entame son troisième mois de petits progrès et de reculs géants, de fausses compassions à la fois pour un pays mis à genoux et pour le Nord du pays tombé avec une facilité défiant tout entendement. Jamais il n’aura par ses atermoiements autant validé la réalité non du Nord du Mali mais du Nord-Mali. C’est connoté bien entendu comme l’a dit le porte-parole du gouvernement. Mais c’est la consternante déduction qui s’impose.

Car la question n’est pas de préférer le dialogue à la guerre. Cette option louable de Cheik Modibo Diarra est probablement celle de beaucoup de ses compatriotes. Au demeurant, c’est ce que le Mali avait fait en 1992 avec le Pacte national puis toutes les années qui suivirent. La question est de tirer les implications opérationnelles les plus justes possibles et de savoir avec qui discuter et contre qui faire la guerre. La question est d’ouvrir enfin les yeux et de réaliser que la guerre du Nord a été gagnée par Aqmi et Mujao et rien qu’eux.

Or avec ces nébuleuses radicales, la discussion n’est pas possible. On les combat ou on accepte leur loi. Mais le Nord et Bamako ne sont pas les seules âmes en peine. Les voisins eux aussi entament leur troisième mois de discussions pour que le grand malade qu’est notre pays ne leur passe pas son virus toxique. Jouent t-ils ? Peut-être pas. Mais ils peuvent se marcher sur les pieds. Sauf les initiés, personne ne sait si Ouaga et Alger sont dans les mêmes calculs, si l’Onu et l’Union africaine soufflent dans la même trompette, si les chefs d’Etats de la Cedeao sont harmonisables.

Pauvre Mali, est-on tenté de dire. Il ne reste que ce grand espoir : les larmes hier de Cheik Modibo Diarra évoquant l’agression de Dioncounda Traoré et louant le président de transition qui aurait rarement eu un tel hommage. Ces larmes ne sont pas de faiblesse mais d’inquiétude. Il est parfaitement possible d’en faire des larmes d’espoir aujourd’hui où l’heure est triste et de victoire demain parce que personne ne peut battre le Mali qui veut vraiment gagner.

Adam Thiam

Le Républicain du 15 Juin 2012