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17 janvier 2012, les forces d’occupation triomphales – le Mnla et les salafistes étaient alors en joint venture- revendiquent la prise de Menaka. 17 janvier 2013, Jupiter entraine le holding narcoterroriste divorcé depuis du Mnla à Konna et lui fait perdre la guerre. Mais pas la guérilla. Car si les bandes à Droudkel sont délogées des capitales de notre septentrion, ils sont encore dans les grottes de Kidal. Ils sont sans doute dans l’Akla du côté de Tombouctou.

Et ils prouvent qu’ils sont autour de Gao qu’ils ont choisi pour leur stratégie de harcèlement. Pour la quatrième fois en effet, la cité des Askia a été ciblée ce mois de février par le Mujao et hier jeudi la bataille a fait rage entre ses éléments infiltrés et les troupes africaines et françaises qui occupent cette ville. Tout indique hélas qu’il ne s’agit pas du baroud d’honneur de ces fous de Dieu d’un genre particulier auxquels bien des jurisconsultes musulmans refusent le titre de jihadistes. Au contraire, Gao ce jeudi plus Kidal où une attaque-suicide a eu lieu peuvent préfigurer le réajustement des islamistes à une guerre asymétrique à laquelle la supériorité technique du contingent français les contraint.

Mais un constat est nécessaire : le terrorisme sahélien a bien tranché entre Abuzeid adepte des attaques-suicide et Belmoktar qui leur est opposé au nom de la gestion efficiente des « ressources ». Il y aura eu, au total et cela ne fait que commencer plus d’actions kamikaze jusque-là au Mali que pendant toute la durée de la guerre salafiste contre la Mauritanie. Les quatre attaques enregistrées depuis février dans le Nord malien indiquent certes que la technique est à parfaire. Mais cela peut être seulement une question de semaines. A ce constat on peut adjoindre une analyse. C’est celle qu’il ne faut pas balayer d’un revers de main la piste religieuse au profit de la seule piste narcoterroriste. Car si les émirs des nébuleuses peuvent être en contrat avec les cartels, les sous-fifres qui viennent affronter la mort à Gao et ailleurs peuvent être sincères et transportés par leur seule foi. C’est pour elle qu’ils sacrifient sans doute leur vie.

L’islam qu’ils professent est le seul qui vaille à leurs yeux. C’est leur seule valeur. Ce qui l’entrave relève de la non-valeur et constitue par conséquent une cible licite. Il importe d’en tenir compte tant pour faire la guerre que pour faire la paix. En d’autres mots, Il y aura encore de la chair à canon pour les émirs dans le cas précis de la région de Gao où le fondamentalisme musulman est antérieur à la souche salafiste qui l’arme cependant et stimule sa capacité d’indignation puis d’action.

La création du Mujao peut d’ailleurs procéder du calcul qu’il existe un important réservoir d’adhérents entre les wahabites de la zone et les Peulh frustrés par l’arbitrage du conflit qui les a opposés toutes ces années à des communautés touareg. C’est, dans un sens, l’ethnicisation du jihad qui explique d’ailleurs le succès relatif du Mujao dans les écoles coraniques du Nord et du Centre du pays et auprès de prêcheurs locaux dont l’emblématique Amadou Kouffa, l’éphémère tombeur de Konna. Le corollaire est donc que la paix peut venir plus rapidement si le réservoir potentiels de «jihadistes » que sont plusieurs localités de notre pays sont isolés de leurs redoutables endoctrineurs.

Mais ce réservoir ne sera-t-il pas exclu du dialogue « inclusif »? Le dialogue islam-islam sera-t-il un axe du dispositif annoncé ? Une logique de paix durable ne peut pas ne pas l’envisager. Tout comme elle ne peut sous-estimer le risque d’affrontements intercommunautaires autant dommageables pour le tissu social que l’islam de Droudkel. Les épisodes de violence qui perturbent de plus en plus Inkallil, cette espèce de zone franche du crime organisé au Nord du Mali ( qui est rappelons-nous le Sud d’un autre pays) portent, en eux, les germes du désamour entre les communautés. En l’occurrence les Arabes et les Touareg.
Hypothèse basse peut-être. Mais gouverner c’est prévoir. Et faire en sorte que les lignes de fractures ne deviennent pas des fractures. Or ces lignes existent au Nord.
Adam Thiam

Le Républicain du 22 Février 2013