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Techniquement, le gouvernement de large ouverture est là. Il a pris plus de temps que prévu et il a fallu sortir des délais de la Cedeao. Ce ne pouvait être un grand deal ni pour Dioncounda Traoré ni pour les chefs d’Etat de la sous-région. Pour eux tous, c’était d’abord la stabilité du Mali qui comptait parce que hautement inflammable depuis janvier, notre pays peut autant imploser que faire exploser le voisinage et au-delà.

Par son président de commission, la Cedeao a pris acte de la formation du gouvernement et s’il ne l’a pas désavoué, il ne l’a pas adoubé. Le communiqué très laconique à son sujet exhorte juste l’attelage à se mettre incessamment au travail. Les autres parties n’ont pas encore été entendues et nul doute qu’elles le seront. Il s’agit des Nations unies, de l’Union africaine, de l’Union Européenne, de l’administration Obama, entre autres, qui avaient le plus pressé pour un gouvernement plus consensuel et plus représentatif des forces vives.

L’attelage formé a tenu son premier conseil de cabinet jeudi avec trente deux membres dont le dernier en attendant peut-être le prochain a été nommé hier. Une équipe plus resserrée était-elle possible ? Elle était non seulement possible et souhaitable. Pour l’efficience d’abord au nom de laquelle il a été évité d’alourdir les objectifs de la transition.

Et pour l’économie ensuite le pays tirant la langue justement en raison de la suspension de l’aide internationale et la fierté ne pouvant être le paiement à temps échu des salaires pour moins de cent mille fonctionnaires mais le retour d’une dynamique de développement encore très dépendante de l’extérieur. C’est pourtant une arche de Noé qu’il y eut à la place de l’équipe de rédemption dont a besoin tout pays grabataire. Peu importe les explications, la preuve est faite que le Mali est beaucoup sur nos lèvres mais très peu dans nos cœurs.

Face à un paysannat en sueur, à des opérateurs économiques qui se plient en quatre pour approvisionner le pays, puis de payer les taxes qui sont la principale source de nos revenus en ce moment, et face à des amis sincères désireux de nous tendre la perche, l’austérité devait être la norme. Elle ne se mesure pas à la renonciation au salaire ministériel mais à chaque économie possible pour améliorer les conditions de vie des troupes.

Parce qu’au fond, le 22 mars livre également et surtout la chronique du soldat insurgé contre ce que la nation lui offre en retour de ce qu’elle lui donne. On ne doit pas l’oublier et le diluer dans le procès manichéiste des périodes de crises. On ne doit surtout pas oublier, une fois les passions apaisées, qu’autant que sur de bonnes élections, sur des institutions solides et des citoyens informés pas intoxiqués, la démocratie repose sur une armée républicaine. Aux Usa, en Birmanie comme ici.

Or la République ne doit pas être sur nos lèvres mais dans nos cœurs. A cet égard, l’un des plus grands défis de la transition sera de ne pas achever le grand blessé qu’est désormais le Mali. Car si nous nous sommes plaints par le passé, nous démontrons depuis quelques jours que nous pouvons aller encore plus bas.

Nous pouvons nommer six ministres avec le même patronyme. Nous pouvons laisser penser que la morale publique et la compétence sont les derniers de nos soucis. Nous pouvons même tuer ce qui nous reste de normes administratives et de décence politique. Au profit de la fuite en avant et de la démesure. Le Mali est sur nos lèvres mais pas dans nos cœurs. Et on le verra bientôt avec toutes les décompositions attendues : la Copam, le Fdr, la Csm, les partis et toutes les institutions.

Adam Thiam

24 Août 2012