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On peut tout dire sauf que la communauté internationale abandonne le Mali. Certes, elle le fait aussi pour la sécurité globale, donc la sienne aussi. Certes, beaucoup d’inconnues subsistent encore avant que le Mali récupère sa souveraineté aliénée sur les deux-tiers de son territoire et remettre dans le circuit normal de la production et de la cohabitation des communautés traumatisées.

Car des inconnues demeurent dont : la bonne foi des acteurs-clés comme Ansardine ou Alger ; l’accueil par le Conseil de sécurité réservera du document stratégique demandé à la Cedeao le 26 novembre si ce délai est respecté ; les moyens nationaux et internationaux qui seront effectivement investis dans la libération du Nord ; la stratégie de la libération qui dira si le calcul est d’enterrer la bête ou de la mettre en embouche dans les contreforts de l’Adrar pour qu’elle revienne plus tard, plus forte et plus féroce ; et puis le délai d’une intervention qui pour être efficace doit être diligente.

Reste que les tout au long de la crise humiliante que notre pays traverse aux plans institutionnel et sécuritaire, la communauté internationale aura fait preuve d’une rare bienveillance aussi bien dans la mobilisation générale pour la cause de notre septentrion que dans l’assouplissement, voire la levée des sanctions financières consécutives aux ruptures de légalité ou au difficile rétablissement de celle-ci.

Curieusement, au même moment, des signaux inquiétants émergent, sur la question des assises nationales et sur celle de la candidature alléguée de Cheickh Modibo Diarra à la présidentielle qu’en qualité de Premier ministre il est chargé de préparer.

Pour lesdites assises, il faut s’étonner qu’elles ne se soient pas encore tenues quoiqu’invoquées par l’accord-cadre en son temps pour que les parties prenantes s’entendent sur la durée, les organes et les règles de la transition. Laquelle se termine en avril, si le délai donné par la Cedeao est observé. Dès lors, la nation est en droit d’être informée sur le bien fondé de ces Assises envisagées dans la foulée du discours du 29 juillet de Dioncounda Traoré alors touché par la grâce de son prodigieux retour au pays.

Et qui ne pouvait s’attendre à cette période à être la victime même collatérale ni du Fdr qui a dit clairement qu’il boycotterait lesdites assises telles qu’organisées, ni des députés qui dénonceraient, eux aussi, la gestion d’un événement censé dégager la sortie de crise plutôt que de l’obstruer. S’agissant de la candidature du Chef du Gouvernement à la future présidentielle, celui-ci ne s’est pas encore publiquement prononcé là-dessus. Mais beaucoup de sources lui prêtent lui prêtent l’intention de briguer la magistrature suprême.

Diarra peut invoquer le silence des textes sur la question au moment de sa nomination comme Premier ministre, alors qu’il avait quand même préalablement signifié sa candidature à la présidentielle d’avril 2012. Il peut aussi opposer à ceux qui font le rapprochement avec le cas Dadis que contrairement à ce dernier, lui n’avait promis à personne de ne pas être candidat.

Mais il lui sera opposés et la jurisprudence des transitions africaines et le communiqué final de la réunion de Ouaga de mai dernier et l’engagement de Dioncounda Traoré le 29 juillet. Si tout cela n’a pas force de droit, alors on peut dire que la crise institutionnelle est repartie de plus belle. En dépit du gouvernement consensuel d’août. En dépit de la grave situation au Nord de notre pays. Le Mali est toujours retombé sur ses pieds. Mais ce n’est pas le Mali que nous vivons. Celui-là a choisi de s’abonner à la crise.
Adam Thiam

09 Novembre 2012