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Il y a un an encore, nous en étions à nous demander comment et qui délivrerait le pays dont les deux tiers étaient aux mains des jihadistes. Belmokhtar faisait des apparitions à Gao, Abuzeid était le maître absolu de Tombouctou, Kidal avait reçu quelques mois plus tôt du chef d’Aqmi Sahel qui envisageait même, semble t-il d’y élire domicile. Le président mauritanien n’avait de cesse de dire que les Maliens n’étaient pas prêts à se battre quand il ne prévenait pas contre une intervention étrangère, épousant par là la position d’Alger et même de Washington. Pas avant septembre 2013 pour l’intervention internationale, martelait, au grand dam des Maliens, Romano Prodi, l’envoyé des Nations-Unies pour le Sahel. Le Premier ministre de l’époque, Cheick Modibo Diarra était à seulement quelques jours d’un limogeage peu ordinaire dans l’histoire des nations modernes. Et celui qui a choisi de le débarquer, revolver à la tempe, était sans doute, à mille lieues d’imaginer qu’il perdrait la forteresse Kati et se retrouverait devant le juge.

NUL N’EST AU DESSUS DE LA LOI. C’est la formule la plus utilisée du président Kéita et Sanogo le vit, en ce moment, à ses dépens. C’est un pas dans la bonne direction, s’écrient les organisations des droits de l’homme. Nombre de nos concitoyens approuvent, qui ne comprenaient pas pourquoi le Général incarcéré snobait la convocation du juge. Amadou Toumani Touré et Cheick Modibo Diarra n’ont pas dû être excessivement attristés par ce qui est arrivé. Pourtant les communiqués pédagogiques du gouvernement n’ épuiseront pas les commentaires, surtout des sympathisants de Sanogo. Pour eux, le 30 avril 2012, le contrecoup des bérets rouges a fait des morts chez des bérets verts aussi, Donc légitime défense ? La ligne de défense est toute trouvée alors qu’en dehors les chefs d’accusation de la justice sont peu connus e et que la presse internationale ne fait pas le lien entre la détention de l’ex chef de junte et les événements récents du 30 septembre dernier. IBK consolide cependant, sur ce point, sa réputation d’homme de poigne et le Mali n’a rien à y perdre.

MAIS LE NŒUD GORDIEN N’EST PAS TRANCHE. L’expression de Cheik Oumar Diarrah pour qualifier la situation de Kidal est tout sauf usurpée. Le ministre de la Réconciliation nationale avait lui-même essuyé un jet de pierres dans la capitale de l’Adrar. Ce n’était qu’un épisode d’un feuilleton qui pourrait virer durablement à la tragédie. Ghislaine Dupont et Claude Verlon en sont des victimes célèbres. Mais la liste a tout pour s’allonger si rien n’est fait. Le dernier exemple hier, survenu à l’aéroport de Kidal tend à le faire accroire. Un barrage de corps sur le tarmac pour empêcher l’avion du Premier ministre d’y atterrir et dans l’incident plusieurs blessés, parmi lesquels des femmes dont les images ensanglantées sont désormais immortalisées sur tous les sites du Mnla. Le gouvernement a perçu la gravité des événements.

A juste raison, il déplore les manquements de la Minusma dont la police a quand même plus à faire à Kidal qu’à Bamako. Et en l’occurrence, il s’agissait d’un maintien d’ordre. Mais tout le problème pour l’Etat sera d’expliquer et de faire accepter que ses forces de sécurité ou de défense aient tiré sur des manifestants. Si ceux-ci n’étaient pas armés. Quant à la France, elle doit savoir l’océan qui sépare les Maliens qui ont accueilli Hollande dans l’hystérie à Tombouctou le 2 février 2012 et les Maliens qui ont marché à Bamako le 26 novembre 2013 contre ce qu’ils perçoivent comme un objectif français : l Azawad, Etat touareg indépendant. Paris doit dissiper cette conviction. Mais tout le monde a une concession à faire. Bamako doit accepter que Kidal prendra du temps à rentrer dans les rangs. Et le Mnla doit abandonner son rêve fou. Et l’on se retrouvera. Car le Mali de Novembre 2013 est bien plus vivable, serein et normal que le Mali de Novembre 2012.

Adam Thiam

Le Républicain du 29 Novembre 2013