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Laurent Bigot, responsable Afrique de l’Ouest au Quai d’Orsay prévient qu’il parle en son seul nom et pas en tant qu’officiel français. Et sans jeu de mots, le moins qu’on puisse dire est que le diplomate atypique ne donne pas dans la bigoterie. Arrêts sur certains de ses propos sur la crise malienne après le putsch du 22 mars et la chute des deux-tiers du territoire entre les mains de groupes armés : «seule la façade est tombée et les déterminants de la crise étaient là depuis longtemps: corruption impliquant toutes les sphères, au plus haut niveau, jusqu’au palais présidentiel de Koulouba ». Sur la classe politique, la charge est assourdissante : « le discours de la classe politique malienne est pathétique! Pas un homme ne sort du lot ». Et d’appeler à la rescousse « un conseiller de Blaise Compaoré » qui lui disait, assure t-il : « Le Mali peut s’effondrer, pourvu que Bamako reste, et ils vont tous se battre pour des parcelles de pouvoir à Bamako ».

Une puce à l’oreille de Dioncounda Traoré qui arrive pour essayer la formule du gouvernement d’union nationale ouvert à la classe politique et ce dans le but de juguler ce qu’on appelle la crise au Sud ? Une façon de dire que la potion du président intérimaire pourrait ouvrir une troisième crise sur fonds de Nord toujours occupé, de transition éternisée et d’élections impossibles ? Les propos du diplomate sont toujours très lourds d’implications. Et ne sont pas tous frappés au coin du bon sens car s’agissant de la crise électorale de 2002, l’ossature de l’argumentation du cartésien que paraît être Bigot, il a omis d’intégrer que Soumaila Cissé a eu plus de voix annulées qu’Ibk qui était selon lui le vainqueur écarté au nom de la cooptation au profit d’Att. Il reste vrai que valider un scrutin après avoir annulé plus de voix que celui du premier est troublant.

Et il est indiscutable que les dix-sept types de fraudes recensés par les juges à l’époque en disent long sur la perversion du processus électoral local. Le plus curieux cependant c’est qu’aucune voix politique ne s’est élevée du Mali pour répondre au diplomate qui, malgré quelques vérités crues ne se distance pas de schémas et clichés nihilistes toujours très insultants pour l’Afrique et plaçant l’occident dans la position de supériorité morale que l’orateur français pourfend pourtant. Le clientélisme, les passe-droit, l’opacité de l’administration publique et la garantie d’impunité participent, c’est évident, à la dérive du politique africain. Mais tout cela est un avatar de l’héritage jacobin et de ce point de vue, non seulement bien des politiques français sentent le soufre mais il est reconnu que le système de surveillance des gouvernants en Hexagone est totalement indigent par rapport à son homologue scandinave par exemple.

Et puis il y a les silences éloquents de Bigot qui traduisent soit un manque de courage soit une naïveté disqualifiante. Car il ne pipe mot du paiement des rançons contre la libération d’otages français en comparaison à la doctrine anglo-saxonne. Le Britannique Edwin Dyer est mort non pas parce que la reine est radine mais à cause du souci de ne pas fragiliser la sécurité collective en renforçant les moyens du terrorisme. Autre esquive du diplomate : sa lecture de la question Mnla et l’épouvantail d’affrontements intercommunautaires pouvant découler d’un traitement non adéquat -non français alors ?- de cette carte. Bigot a parlé et dépeint notre pays dans des termes qui font froid dans le dos. Ceux qu’ils mitraillent à bout portant font les morts. Mais toute l’Afrique francophone a visionné l’élément et entendu un procès repris par la rue.

A Bamako comme à Ouaga, la capitale d’un pays qu’il traite « d’élément perturbateur dans la médiation qui a aggravé la crise malienne ». Un Etat burkinabé qui sera le prochain à s’effondrer parce qu’il « n’y a pas d’armée, pas de classe politique » et que sa société civile est « plus ou moins organisée » que son économie est « en coupe réglée par le clan présidentiel ». Avec son corollaire ; une corruption qui « dépasse l’entendement » et « une implication dans les trafics de la sous-région jusqu’au proche entourage du président». Bigot dixit. Quand ceux qui doivent être ses contradicteurs font le dos rond.

Adam Thiam

Le Républicain du 27 Juillet 2012