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Cela fait presque quatre mois jour pour jour, que nous nous réveillons dans un pays qui ne ressemble pas au nôtre. Plusieurs faits l’ont, en effet, changé. D’abord l’inexplicable belligérance de groupes armés qui sont en terrain conquis. Ensuite, la fragilité incroyable d’un pouvoir écroulé comme un château de cartes. Enfin, la condescendance coupable ou l’omerta rémunérée des uns et la plate ignorance des autres, certainement la majorité de nos citoyens. Le résultat n’est pas de toute beauté. Car des envahisseurs victorieux qui ont fait fuir de paisibles populations, pillé les commerces, violenté voire violé nos compatriotes vont même jusqu’à menacer d’annexer Bamako au motif que le président intérimaire a utilisé le terme de guerre implacable.

Le tout, dans la condamnation de pure forme par la communauté internationale de ce qui a toutes les caractéristiques d’une agression extérieure. Et le pays plié n’attend plus que l’assaut des jihadistes car ils ont pignon sur rue et sur roue dans l’Aqmistan à ciel ouvert qu’est devenu le Nord-Mali. Mais ce n’est pas tout, un président élu à 71% est exfiltré de son palais livré au courroux des soldats. Quatre semaines plus tard, c’est en direct sur les antennes d’une télévision française que le nouveau président Macky Sall annonçait qu’ATT était refugié à l’ambassade du Sénégal à Bamako.

Entre les deux événements que de péripéties : un chassé-croisé de la médiation à Bamako ; des empoignades désolantes à Ouaga au sein du contingent qui devait faire office d’Arche de Noé de la démocratie malienne ; un capitaine Sanogo entré très vite dans la peau du « chef » mais en sortant, deux semaines plus tard, au profit du président que veut la constitution, une fois la démission du président élu Att obtenue, ce qui fut fait ; puis Dioncounda Traoré investi comme président intérimaire, autant dire d’une coquille presque vide et avec comme l’hôtel Salam comme siège de la République ; ensuite, l’astrophysicien Cheik Modibo Diarra nommé Premier ministre le jour où un vaste coup de filet de politiques, de sécuritaires et de banquiers rétablit la ville garnison de Kati comme le centre et l’épicentre du pouvoir.

Le président intérimaire assure ne pas être au courant et promet une normalisation rapide sauf « pour ceux qui ont quelque chose à se reprocher ». Le médiateur revenu à Bamako, pour les arrestations qui n’ont pas suivi la voie légale, insiste sur le respect des prescriptions de l’Etat de droit mais dit avoir compris les raisons des interpellations. Si ce sont les mêmes, il n’était pas seul : même France 24 a exposé les armes que la junte assure avoir trouvé chez certaines des personnes arrêtées.

Il s’agit donc du fond : c’est grave si des responsables peuvent garder chez eux des armes de guerre. Mais le Capitaine Sanogo qui est loin d’être inintelligent sait qu’il doit encore convaincre les Maliens sur l’authenticité de la découverte. En outre, des précisions sont nécessaires : qui sont les interpellés chez lesquels cet arsenal a été trouvé et en quoi cette infraction quoique grave en soi relevait d’un projet de subversion ?

Dans tous les cas, la question n’est pas pourquoi ces arrestations ont eu lieu – tout Malien est justiciable- mais que la forme n’ait pas été respectée. Les différents communiqués sur le sujet sont explicites, y compris ceux de la communauté internationale.

Qui en exigeant de passer par la justice du pays et les institutions républicaines cherchent manifestement à circonscrite les pouvoirs de la junte. Une manière de se démarquer de l’accord-cadre de Ouaga pour lequel la junte fait partie des solutions et des acteurs de la transition et qui cache mal un procès expéditif contre une classe politique malienne accusée d’avoir accompagné Att induisant sa coresponsabilité dans le naufrage malien au port.

D’où la justification de l’arrivée de sang neuf réclamé par la junte à travers Mamadou Sinko Coulibaly, le directeur de cabinet du Cnrdre, un organe explicitement mentionné par la Cedeao dont l’accord-cadre qui représente désormais notre constitution.

Par notre faute, par nos fautes successives et additionnées, par les responsabilités que nous avons esquivées hier, par les critères que nous avons-nous-mêmes érigés en règle pour exclure nos concurrents et nos adversaires de la compétition. Par une criminelle politique du ventre. Le seul signe qui montre que ce n’est pas dans un autre pays que nous sommes, mais bien dans le nôtre, dévalué, piétiné et réveillé en plein matin par les rafales de nos enfants.

Adam Thiam

20 Avril 2012