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Le président-chantier est en hyperactivité ces semaines, nous l’annoncions dans notre chronique précédente. Il a continué, mercredi, avec le premier coup de pioche de l’aérogare de fret. Laquelle, dit-il, ne sera que le maillon d’une chaîne de commodités devenues nécessaires pour un pays en forte compétition avec d’autres, mais dont la situation géographique, loin d’être une malédiction peut être transformée en atout.

Optimisme donc, et Dieu fasse qu’il soit contagieux et que cet esprit de réalisations nous mène jusqu’au cinquantenaire de l’indépendance nationale. Un projet qui doit devenir simplement historique, car ce genre de repère est peu banal.

Dans cette optique, à défaut d’un projet structurant comme la CAN qui pourrait être irréaliste dans le contexte actuel de stress financier que nous connaissons, Bamako relooké peut et doit porter le besoin légitime de communion qu’éprouve toute nation à des moments précis de son histoire.


Défi de mobilisation

Si l’obsession du béton et du goudron est normale chez tout bâtisseur, elle ne saurait occulter les autres fronts d’urgence pour le pays, d’ailleurs, évoqués par ATT, mercredi, face au gouvernement réaménagé. Le président, c’est clair, les perçoit comme les facteurs critiques au succès de son mandat. Dès lors, ses directives sonnent comme un avertissement.

En somme le président a instruit ceci à son Premier ministre reconduit : plus de terrain et moins de billets d’avions ; des recettes consolidées et mieux gérées; une communication gouvernement à la mesure des enjeux; obtenez des résultats concrets à travers le dialogue social, notamment sur le front très volatile de l’éducation. Il est exact que le front de l’enseignement était déjà une priorité avant le forum national sur l’éducation.

Mais après le forum, l’école ne mérite pas d’autre étiquette que celle de première urgence nationale. Et disons-le, beaucoup de ses problèmes peuvent être réglés avec l’argent, la persuasion, la sincérité et le savoir-faire. Mais l’éducation restera urgence budgétivore qui guillotinera tous ses ministres tant que l’aspect fondamental de la crise de société n’est pas intégré.

Ici comme sur le front urgent de la sécurité routière la famille doit revenir au cœur du dispositif et le message des gouvernants doit mieux atteindre et convaincre une masse critique de familles.

Or, ce sont les messagers, et pas le message qui posent problème. La représentativité des partenaires doit, donc, être évaluée, notamment la société civile dont plusieurs composantes de la dite société civile plus souvent auto-validées que validées par leurs mandants. Il n’y a pas mystère : la qualité du dialogue social dépend du crédit des acteurs impliqués.

Point. Questionner un dispositif en place depuis près de deux décennies n’est guère chose aisée, il faut en convenir mais il n’y a pas d’alternative à l’audit de crédibilité. Le front électoral est aussi une de nos très grandes urgences évoquées mercredi par le président Touré.

A propos des communales imminentes, il a été direct : il les veut le plus irréprochables possible avec un taux de participation honorable. Il sait, comme nous tous, que ces échéances ont valeur de test pour 2012. Et ne tournons pas autour du pot : la perversion du processus électoral ne doit pas donner à notre pays une allure de république bananière. Ce ne serait ni honorable ni inévitable pour une nation qui a conquis sa démocratie par le sang.

Surtout que contrairement à 2002 où la stature d’ATT a aidé à la stabilité du pays, nous pourrions ne pas avoir de « force de pondération ». Ce sera, dans une large mesure, une guerre que se livreront ceux de la même génération. Elle pourrait être civilisée mais elle ne s’accommodera pas d’élections contestées et contestables.


Informer et vendre

Quant à la communication gouvernementale, indiscutablement, il s’agit d’un autre front d’urgence et malheureusement pas des moindres. Il nous faudra renverser une tendance lourde dont la persistance n’honore pas la République : laisser la primeur de certaines informations sensibles aux médias internationaux, comme si à l’intérieur nous avons peur de les diffuser.

Assurément, le gouvernement doit se surpasser dans la communication de crise par ces temps qui sont partout de crise. Pour les déficits constatés plus récemment, sur la crise du Nord ou sur l’affaire du Vérificateur Général, très généralement c’est l’ORTM que le public pointe du doigt.

Mais les initiés savent que ceci ne peut être vrai. Alors que nous sommes d’accord que Bozola est hautement perfectible et qu’elle gagnerait à arracher plus d’indépendance, il nous paraît indécent de blâmer la station nationale pour tout. Sur les sujets évoqués, n’importe quel média public responsable attendrait le signal des autorités et c’est normal.

A côté de la communication de crise, il y a la communication de bilan et le devoir d’informer le citoyen. Là aussi, il y a urgence car seule l’information est à même d’édifier la nation sur ce qui est fait pour elle. Hélas, trop de silences caractérisent des domaines faussement classés comme sensibles et souvent sans raison autre que le seul manque de métier.

Les Maliens, par exemple, aimeraient savoir aujourd’hui où en est le Cari dont le travail, c’est certain, va avoir un impact immédiat et sérieux sur la marche de la République. Ailleurs, ces questions donnent lieu à des débats publics et c’est notre avis que l’on peut décemment informer le pays là-dessus sur les étapes franchies et les suites à réserver. Mais c’est juste, tout ne peut pas être matière à communication. Surtout, la communication ne doit verser dans la propagande.

Ce que le président demande et qu’il doit à la nation ne peut pas être un bilan de festivals ou de saisons truffé de faux chiffres et animé par une volonté manifeste de bluffer. Or les cas sont légions où l’on peut déplorer le silence des autorités sur des percées remarquables, comme à titre illustratif, l’impact de la lutte contre la corruption et ses retombées sur les mœurs de l’administration et le recouvrement des montants dûs.

A l’inverse, l’accaparement hyper médiatisé de secteurs ou d’événements qui partout ailleurs au monde relève du simple domaine des acteurs privés nous laisse sans voix. Car urgences d’accord, mais principe de subsidiarité et devoir de vérité aussi.

C’est sur cela que nous abordons un autre front urgent : le Nord pour rappeler, à la suite du ministre des Affaires Etrangères face à la communauté diplomatique, mardi, que le gouvernement a paraphé en 2007 les actes de la Conférence de Kidal sur le développement des Régions Nord. L’offensive diplomatique dans la foulée du retour des frères égarés au processus de paix est un très bon pas dans la bonne direction.

Mais, il va falloir accélérer la recherche de moyens pour accélérer le développement de ces régions troublées, par un investissement « halal » susceptible d’assécher les mamelles mafieuses du narco trafic et de l’enlèvement d’otage. Les partenaires du Mali ne peuvent pas être indifférents à ce besoin.

Ils exigeront, par contre, l’efficacité, donc une évaluation sans complaisance des projets d’assistance aux zones concernées. Personne n’en voudrait au président d’appliquer la tolérance zéro contre la perte inutile de ressources, les faux fuyants et les bilans tronqués. Parce que le temps file, les besoins sont énormes, les ressources sont rares, mais notre « désir d’avenir » est criard.


Adam Thiam

17 Avril 2009