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Dans un peu plus de trois semaines, le président Touré sera face à la presse, bamananphone comme francophone. Cette rencontre est désormais un rituel et on imagine mal le président y renoncer cette année. En termes de communication, ce serait, en effet, de la plus grande signification et du plus mauvais effet que la tradition soit zappée, quelles que soient les raisons qui l’expliqueraient.

Ce rendez-vous avec la nation, s’il chevauche d’autres moments de bilan comme le 31 décembre, à l’occasion des vœux présidentiels, ou le 22 septembre, date anniversaire de l’indépendance nationale, a acquis droit de cité.

Il est même perçu comme un exercice volontariste pour le président de nous présenter son « rapport annuel à lui », comme le font le Vérificateur Général et le Médiateur de la République. ATT a choisi, certes, le style de la causerie et de l’échange, à travers le vecteur qu’est la presse.

Mais ce n’en est pas moins un moment où il aborde ses réalisations, ses doutes et ses vérités. L’an dernier, bien entendu, le bilan physique a été au rendez-vous. Mais quatre axes, s’agissant du bilan politique, pouvaient retenir l’attention : la lutte contre la corruption, notamment les suites réservées aux rapports des services de contrôle en général et ceux du Vérificateur Général en particulier ; la situation au Nord du pays avec la rébellion de Ag Bahanga; les difficultés de trésorerie du pays ; le déverrouillage constitutionnel dans la perspective d’un troisième mandat pour le Président.

Le contexte imposait alors cet agenda. Malgré l’accord d’Alger et les différentes tentatives de règlement pacifique de la dissidence survenue à Kidal en mai 2006, l’accalmie se faisait attendre. D’ailleurs, l’irrédentiste Bahanga avait opté pour l’embrasement et la boucherie frappant où il pouvait et faisait à Abeibara un carnage qui exaspérera même les partisans du seul dialogue.

La Commission Daba Diawara était déjà à pied d’œuvre depuis cinq mois et il était attendu d’elle toutes les mesures correctrices d’un parcours institutionnel et démocratique qui n’était pas cauchemardesque, mais qui, après dix huit ans d’une route chahutée, devait entrer au garage.

C’était à l’équipe choisie de nous dire si une simple vidange suffisait ou si, au contraire, il fallait une révision générale. Les journalistes n’ont pas attendu leur verdict et demandèrent très clairement au Président s’il était mû par la volonté secrète de briguer un troisième mandat. ATT, bien entendu, évita de donner tant une réponse ferme offrit une réponse ferme ?

L’esquive signifiait-il qu’il était conscient de la nécessité d’ouvrir sa succession par sa propre faute ou cachait-elle un calcul que le temps se chargerait de débusquer ?

Enfin, une crise financière s’installait provoquant une accumulation inquiétante de la dette intérieure et le président en parlera aux journalistes invités. En juin 2009, on ne voit pas comment le président pourrait éviter de revenir sur chacun des axes de son « rapport annuel 2008 ».

Là où il sera le plus à l’aise, on le devine, ce sera sur son bilan physique. Malgré les difficultés économiques, la réalisation d’infrastructures de base s’est poursuivie, qu’elle soit entièrement financée par la coopération internationale, partiellement ou totalement sur budget national, ou sur un joint venture public-privé. Au point qu’après plusieurs coupures de ruban, de poses de premières pierres et de coups de pioches, le Chef de l’Etat ne peut s’empêcher de préciser lui-même que « le PDES ne marche pas, il court ».

Il y a, sans doute, un brin d’auto-validation dans ces propos. De plus, il faudra, dans le lot des chantiers lancés ou finis, ainsi que dans les statistiques ou dans l’inflation de festivals et de « salons », faire la part du structurant et du farfelu, de l’effort méritoire et du mensonge criminel. Car, bien des ministres semblent avoir compris qu’au bout d’un faux bilan, il peut ne pas y avoir de sanction. Mais le tout dans le tout, le bilan physique n’a rien de honteux. Au contraire, il est plus que décent.

Le bilan politique peut-il se targuer de tel résultat. La lutte contre la corruption, évoquée l’an dernier par le Président, a donné lieu, sous le Premier ministre Modibo Sidibé, à des Etats généraux sur la question, conformément aux promesses électorales d’ATT.

Mais, le tournant pris par l’affaire dite du Vérificateur Général, a, probablement laissé à l’opinion, à tout le moins aux nombreux internautes, l’impression que le pouvoir ne s’acharne sur Sidi Sosso Diarra que pour mieux protéger la maffia qui parasite nos finances publiques.

D’autant qu’il n’est pas très sûr que la communication gouvernementale ait fait tout ce qui devait l’être pour mieux informer le public sur l’existence et le contenu du rapport factuel d’une rare qualité réalisé par la Primature sur les suites réservées aux rapports du Vérificateur Général. Profitons de cette affaire pour ouvrir la parenthèse de la grève de deux syndicats de la magistrature. Un sujet abordé, avec des accents de prière, par ATT, hier, à l’occasion de sa visite à Kayes justement pour cause de… première pierre.

Irons-nous au 8 juin sur fond de grève d’une partie de la famille judiciaire ? Le débraye ne fera pas sauter la République loin de là. Mais on se l’imagine bien, ATT aimerait aller à son rendez-vous avec cette épine en moins.

Quid du rapport Daba Diawara ? Il est difficile d’anticiper ce que le Président nous dira de plus sur ce sujet et qu’il n’a déjà dit. A savoir que le Cari depuis mis en place se chargera de transformer les recommandations retenues en points d’actions qui seront examinés par les voies les plus indiquées. Recommandations retenues par qui ?

Le président devrait nous le dire le 8 juin prochain. Mais, nous concernant, il sera difficile de nous convaincre que c’était inutile d’avoir un débat sur une IVè République institutionnellement plus allégée (donc permettant d’économiser une dizaine de milliards CFA par an) et dont les portefeuilles gouvernementaux sont inscrits dans l’acte fondamental pour minimiser le risque de l’arbitrage politicien au détriment de finances publiques maigres.

La situation du Trésor public sera, sans aucun doute, au menu entre la presse et le Président, surtout que la crise économique internationale s’est invitée dans nos assiettes en 2009 et que l’ardoise, le président l’a évoquée, lors de la rentée judiciaire, est bien plus lourde cette année que les 60 milliards CFA de l’an dernier.

Le président en parlera sans aucun doute. Mais la solution, il nous dira, est entre les mains de son Premier ministre. En plus d’une nouvelle architecture des services des assiettes, le Chef du Gouvernement qui semble subir le destin des frères Sidibé (Mandé ne nous démentira pas) à savoir servir de garrot contre l’hémorragie, devra capitaliser le second séminaire gouvernemental organisé sous ses auspices.

Pas de remède miracle, c’est certain, mais des « process » partagés et validés, sortira une feuille de route d’autant plus utile que le gouvernement réaménage a l’avantage de donner à Modibo Sidibé une équipe, sans doute, plus soudée que la précédente. S’agissant du Nord, le président a cette année le beau rôle.

Sa terrible colère de Kayes d’où il réagit à l’attaque de Bahanga, ne se reproduirait pas puisque le rebelle rase les murs depuis. Mais, le Nord, c’est aussi d’autres sources d’insomnies, tel que le feuilleton des otages le démontre épisodiquement.

Avec en filigrane, une polarisation possible de nos rapports avec le puissant voisin algérien. Tant que dans un cadre plus concerté, la sous-région ne trouve pas la solution au problème des menaces transnationales. Ce dont ATT III nous entretiendra, on le parie, le jour de son exercice d’interpellation auto-infligé.


Adam Thiam

15 Mai 2009