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Peut-on réussir sans chercher à tricher ? Peut-on avoir un emploi ou un diplôme sans un coup de piston ? Peut-on gagner une élection présidentielle sans l’apport de la fraude ? Dans le contexte malien, certainement que non, tellement cela est ancré dans les mœurs et surtout dans les esprits. Le scrutin présidentiel en cours vient de nous en donner une belle illustration avec les multiples accusations de fraudes en vue. Certains candidats se sont empressés de dénoncer des tripatouillages organisés pour faire passer le camp adverse.

Accusations fantaisistes ou avérées ? Rien n’est moins sûr et l’on attend certainement des preuves irréfutables pour mettre à nu de telles pratiques qui n’honorent pas la démocratie. Dans le contexte malien, disons que cela ne surprend guère. A tous les niveaux, et dans tous les domaines, la culture de la triche semble devenue un sport national. Les uns et les autres y vont de leur inventivité. Dans le milieu scolaire par exemple, de nombreux parents et élèves sont convaincus qu’à défaut de tricher aux examens, qu’il est indispensable de passer par la voie de l’achat de sujets auprès des professeurs.

Dans l’administration, les faux diplômes font de l’ombre aux vrais connaisseurs. Dans la circulation, dès qu’un policier vous arrête pour un contrôle de routine, on préfère glisser un billet de banque dans ses mains pour continuer son chemin, même lorsque l’on n’a commis aucune infraction et que notre véhicule se trouve en bon état.

Dans les banques, au lieu de faire la queue en attendant son tour, on préfère glisser quelques pièces au gardien du coin ou au caissier pour être rapidement servi. Last but not least ! Dans nos supérettes ou marchés, l’on préfère payer des produits pas chers, sachant bien que les dates de péremption ont été modifiées par des commerçants avides d’argent facile.

Cette culture de la triche se retrouve bien naturellement dans le microcosme politique. D’ailleurs, c’est ici qu’on retrouve les plus grands experts de tout ce qui est illicite. On a coutume de dire que ce sont les tortues qui savent là où se mordre. De même, nos hommes politiques savent de quoi ils sont capables pour avoir le pouvoir. Que les uns et les autres s’accusent de fraude, cela est une logique implacable. Mais de grâce, que dans leur lutte de leadership, qu’ils n’arrivent pas à entraîner tout le pays qui a encore du mal à se remettre de sa dernière chute abyssale.

Comment combattre cette triche endémique et favoriser l’émergence du nouveau Malien qui va bannir le mot « youroukou youroukou » de son vocabulaire ? Nous avons là un vaste chantier et un défi réel pour le nouveau président de la République. Connaissant toutes les astuces et subtilités de cette pratique qui gangrène notre société, il devrait être à même de proposer les antidotes nécessaires pour un redémarrage socioéconomique du pays.

Bon, j’espère que je n’ai pas triché en rédigeant cette chronique ? Peut-être que si, car j’ai volontairement omis certaines pratiques pour ne pas en rajouter.

Maliden

30 Juillet 2013