Partager

Qui n’a pas un jour remercié le Ciel d’avoir reçu de l’argent envoyé par un parent ou un ami pour résoudre un problème ? Combien de familles vivent de nos jours grâce à l’argent envoyé par leurs proches vivant quelque part dans le monde ? Avec le temps, le transfert d’argent est devenu aussi indispensable que le paiement du salaire mensuel à chaque travailleur.

Il y a quelques années, l’on évoquait le chiffre astronomique de 300 milliards de F CFA que les Maliens de l’extérieur envoyaient chaque année au pays. Un chiffre supérieur à l’aide publique au développement que le pays reçoit. Et même là encore, ce montant ne représente que les transactions passant par les voies officielles connues, donc la partie visible de l’iceberg.

Il y a quelques jours, une ONG britannique dénommée ODI a publié un rapport sur l’impact des transferts d’argent dans les pays d’Afrique au sud du Sahara. Un rapport dont les chiffres donnent une idée des enjeux en question.

Ainsi, chaque année, les Africains de la diaspora (ceux originaires du Sud du Sahara) envoient quelque 32 milliards de dollars dans leurs pays respectifs ! 32 milliards de dollars, cela représente, à en croire ce rapport, un peu plus de 2 % du PIB (produit intérieur brut) de ces pays. Mais le hic, c’est que ces transferts se font presque exclusivement par le biais de deux compagnies, exerçant un monopole de fait, en l’occurrence « Western Union » et « Money Gram ».

Comme commission, elles empochent au passage 1,8 milliard de dollars, soit environ 950 milliards de F CFA. Des chiffres qui donnent le tournis. Et si elles arrivent à empocher autant d’argent, c’est pour la simple raison que sur chaque envoi, il y a le prélèvement de 12 % de frais de transfert. Il y a de quoi se poser des questions.

Il se trouve que depuis 2008, certains engagements avaient été pris pour ramener le taux de 12 % à 5 %. Mais 6 ans après, cette promesse a du mal à se concrétiser et les deux compagnies continuent à empocher des milliards tout en élargissant leur implantation dans les pays récepteurs, et même émetteurs.

Dans toutes les grandes capitales européennes, américaines, asiatiques ou africaines, elles sont partout. Elles organisent même des tombolas pour fidéliser et attirer davantage de clients. Une situation qui est pourtant connue des dirigeants des grandes puissances.

D’ailleurs, lors de sa campagne électorale, le candidat Nicolas Sarkozy avait promis qu’une fois élu président de la République française, il allait purement et simplement supprimer les taxes sur les envois d’argent des Maliens, notamment ceux consacrés aux projets de développement communautaire comme la construction de salles de classes, de centres de santé… Il aura eu le temps de finir son mandat de 5 ans en rangeant soigneusement, dans le placard des oubliettes, cette belle promesse.

A son image, d’autres décideurs européens avaient pris des engagements forts pour minimiser les frais de transfert, mais aucune initiative n’arrive à aboutir. On a comme l’impression que cette situation fait l’affaire de beaucoup de monde, car en plus de payer des impôts locaux, les Africains de la diaspora payent aussi ce qu’on pourrait qualifier de « taxe injuste ».

N’allez surtout pas me dire que les immigrés représentent plus de problèmes que d’apports économiques. D’ailleurs, ce système de transfert d’argent est tellement juteux que des compagnies de téléphonie mobile se sont engouffrées dans la brèche. Pour le cas du Mali, on a « Orange Money » qui vient d’être rejoint par « Mobi Cash ».

Pour le moment, on ne dispose pas encore de chiffres d’affaires publiés par ces sociétés, mais on peut être sûr que c’est une affaire plus que rentable. L’on me dira qu’on est là en présence de sociétés de droit malien. Oui, cela ne m’a point du tout échappé. Seulement, toutes ces deux compagnies n’appartiennent-elles pas à de grosses sociétés hexagonales ?

Il est certainement temps que nous puissions encourager et aider certains compatriotes qui sont dans l’informel et qui exercent aussi ce métier de transfert. Non seulement ils pratiquent des taux d’intérêt beaucoup plus faibles, mais aussi les bénéfices qu’ils réalisent sont également réinvestis dans le pays. L’argent n’a point d’odeur, mais ce sont les idées qui créent la richesse.

Maliden

Les Echos du 29 Avril 2014