Partager

La semaine dernière, en l’espace de quelques heures, les Maliens, notamment les Bamakois et Katois semblaient avoir perdu le… nord, disons la raison. Comme on le craignait dans nos précédentes chroniques, la situation au Nord du pays avait fini par avoir des effets collatéraux jusque dans la capitale. Un vent de folie, d’aucuns diront insurrectionnel qui aurait pu avoir de graves conséquences, mais dont les impacts laisseront tout de même des traces qui demeureront visibles pendant une longue période.

Mal compris, le président de la République a également été mal entendu. Et comme l’information, la vraie, ne circule pas, alors la rumeur a fini par prendre ses quartiers et avec des calculs plus ou moins avouables, certains acteurs sont entrés dans la danse. Cette situation ne doit pourtant pas être considérée comme un épiphénomène. Bien au contraire, c’est une sérieuse alerte qui a retenti et dont tous les enseignements devront être tirés. Bien plus que la gestion de la rébellion sur le terrain, c’est aussi la gestion communicationnelle qui a provoqué le courroux des marcheurs.

A l’heure des technologies de l’information et de la communication, là où dans n’importe quelle zone du pays on dispose de téléphones portables ou d’Internet, on ne saurait totalement verrouiller l’information. Disons même que dans un contexte pareil, il est même impératif que les canaux chargés de le faire puissent véhiculer la bonne information, sans pour autant que cela ne signifie toute l’information. Ici, nous parlons des médias publics. Si le quotidien national joue tant bien que mal son rôle, il en va autrement pour les médias audiovisuels publics.

En dehors de quelques rares communiqués officiels, c’est le black-out total. Une attitude qui choque de plus en plus les citoyens, car au nom de leur droit à l’information, ils s’attendent à ce que ces derniers puissent exercer leur devoir de les informer. Dans ce désert communicationnel, la rumeur se fraye alors son chemin à travers diverses formes et différents canaux, mais avec le même résultat : la désinformation. Et qui parle de désinformation parle forcément d’incompréhension, donc de dérapages possibles.

Il est donc de la responsabilité de l’Etat de permettre la saine diffusion de l’information à travers les médias publics qui fonctionnent après tout avec les deniers publics. A l’heure des autoroutes de l’information, il y a un temps pour communiquer. Le faire après peut s’avérer chaotique. Le faire mal, peut aussi s’avérer dévastateur. Il s’agit de faire simple, en laissant passer ce dont le public a besoin de savoir. D’ailleurs, la bonne information permet de contrer la propagande des insurgés et de leurs alliés.

Il est aussi de la responsabilité des médias, tous secteurs confondus, d’exercer leur métier dans les règles de l’art. Trop d’informations tue l’information. Toute information aussi n’est pas bonne à être diffusée sans les vérifications nécessaires et la retenue qui s’impose lorsque le doute persiste, sans que cela ne puisse être assimilé à de l’autocensure. A chacun d’assumer ses responsabilités pour qu’à l’avenir on ne puisse plus connaître les malheureux évènements survenus la semaine dernière.

Maliden

07 Février 2012