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Ainsi avaient-ils raison ? Avaient-ils compris avant tout le monde que les dés étaient pipés et que l’appétit venait en mangeant ? L’appétit oui, mais les erreurs stratégiques aussi ? Je me frotte encore les yeux en me disant que cela ne saurait être vrai.

Hélas ! Il va falloir certainement donner raison à tous ceux qui estimaient que la date du 28 juillet ne tiendrait pas et que les autorités de transition allaient trouver les subterfuges nécessaires pour procéder à une prolongation de leur mandat, en repoussant donc la date des élections. Si rien n’est encore officiellement annoncé, tout indique qu’on s’achemine vers un tel scénario, à moins d’un miracle républicain.

L’accord préliminaire de Ouagadougou et son application semblent être un bon prétexte. Les consultations menées par le président de la République par intérim, qui a reçu à tour de rôle les formations politiques, préparaient déjà l’opinion à cette éventualité du report. Bien plus que l’accord préliminaire de Ouagadougou, il a surtout été question du processus électoral. Et chacun aura entendu certains responsables politiques souhaiter un décalage du scrutin présidentiel. Le président de la Céni leur a aussi emboîté le pas le jeudi dernier.

Une mise en scène bien rodée, mais qui ne prend pas, car avant de fixer la date du 28 juillet, annoncée à la surprise générale à Addis-Abeba (Ethiopie), le président de la République par intérim avait-il pris le soin de consulter cette même classe politique à laquelle il recourt aujourd’hui ?

L’autre signal qui laisse transparaître une probable prolongation de la transition, c’est le désastreux réaménagement technique du gouvernement avec la défenestration de l’occupant de l’hôtel des finances.

Sacrifier sur l’autel d’une boulimie budgétivore malsaine, Tiéna Coulibaly, qui incarnait la rigueur budgétaire, gênait beaucoup de personnes et il fallait le faire quitter son poste pour pouvoir s’en mettre plein les poches.

Sinon, si réellement l’équipe gouvernementale est dans la logique du respect du calendrier électoral, ce réaménagement technique ne se justifiait aucunement pour les 7 à 8 semaines qui restent à la transition. D’ailleurs, au 1er conseil des ministres au lendemain de ce jeu de chaises musicales, les nominations ont plu à l’hôtel des finances.

La fuite de la note technique du FMI qui accable le gouvernement et fustige le départ de Tiéna Coulibaly en dit long sur l’état d’esprit de nos partenaires techniques et financiers. Et la réaction du gouvernement n’a fait que renforcer les doutes émis par l’institution de Bretton Woods.

A force de vouloir jouer à la prolongation, Dioncounda Traoré et son gouvernement semblent vouloir s’amuser avec le feu. A bout de souffle, il est clair que le pouvoir de transition va accumuler les gaffes et que cela compromettrait sérieusement le retour à la normale.

Les scandales financiers s’accumulent sans qu’on ne puisse nous donner des explications potables. Les bévues diplomatiques s’amoncèlent, comme la dernière gaffe commise par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, qui a voulu personnellement aller installer un ambassadeur et qui s’est vu opposer un niet catégorique pour vice de forme.

Il est temps, grand temps qu’on nous sorte de ce mélodrame politique avec sa kyrielle de non-dits, d’affaires de gros sous, de promotions téléguidées et d’hypothèques sur l’avenir. Pour entrer dans l’Histoire, l’équipe actuelle devra surtout éviter de s’accorder une rallonge quel qu’en soit le prétexte.

Même si certains avaient un scénario caché écrit depuis belle lurette, sa réalisation risque d’être un échec retentissant, ternissant au passage certaines avancées notables.

Maliden

03 Juillet 2013