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Cela fait des mois que les Maliens broient du noir du fait des délestages opérés par EDM (Energie Du Mali). Des coupures de courant qui ont fini par mettre les nerfs à fleur de peau, car chaque fois que le courant est coupé, à son retour, il y a des risques de dégâts sur les équipements électriques du fait de la tension qui peut aller d’une baisse inquiétante à une hausse vertigineuse. Pendant que les populations expriment leur ras-le-bol, EDM aussi broie du noir et se trouve presque à bout de souffle. Et si l’on n’y prend garde, la société risque de crouler sous une décharge de dettes qui l’empêchent de briller et d’illuminer correctement les foyers et les unités industrielles.

Ces derniers jours, c’est le bras de fer entre EDM et la mairie du district de Bamako qui a fait couler beaucoup d’encres et de salives. La première a plongé la seconde dans le noir pour défaut de payement. Effectivement, l’hôtel de ville de Bamako ne doit pas moins d’un milliard et demi de francs CFA à la compagnie d’électricité. Des impayés qui se sont accumulés depuis une quinzaine d’années. Et l’exemple de la mairie du district n’est que la partie visible de l’iceberg. Car en dehors de ce montant énorme, les consommateurs d’EDM lui doivent à ce jour près de 40 milliards de francs CFA d’arriérés. Parmi ces débiteurs, il y a bien sûr l’Etat, à travers de nombreuses structures publiques, mais aussi des particuliers et des services privés.

Des arriérés que la société a du mal à recouvrer faute d’un service approprié. Mais en face, et c’est là où le bât blesse le plus, la compagnie d’électricité doit aussi plusieurs dizaines de milliards à certains fournisseurs. En effet, elle ne doit pas moins d’une trentaine de milliards de francs CFA à des banques de la place, et plus de 30 milliards de F CFA aussi à ses autres fournisseurs, ce qui fait une dette cumulée d’environ 70 milliards de F CFA ! De quoi assommer n’importe quelle compagnie nationale. Pour bien comprendre cet endettement extraordinaire, il est bon de savoir qu’aujourd’hui, EDM vend le kilowattheure à perte. Ces dernières années en effet, les centrales thermiques, qui consomment énormément de carburant, ont vu leur production dépassée celle des centrales hydro-électriques.

Durant la période de grande chaleur par exemple, EDM engloutit près de 200 millions de F CFA par jour dans l’achat de carburant pour ses groupes. Des dépenses qui risquent de s’accroître car la demande ne cesse d’augmenter. Et malgré la subvention accordée par l’Etat, les abonnés n’ont de cesse de se plaindre de la cherté de l’électricité. Ce qui fait que les cas de vol et de branchements illicites se multiplient. Cela constitue certes un manque à gagner réel pour la société, mais c’est au niveau de ses installations qu’elle perd le plus. Des installations qui datent de plusieurs décennies et qui ont besoin d’être totalement renouvelées pour avoir été très mal entretenu.

Résultat, EDM se trouve beaucoup plus malade qu’on ne le pensait. Il faut des investissements lourds pour pouvoir redresser la situation. Des investissements oui, mais également une nouvelle méthode de gestion à mettre en place. La société doit se rajeunir avec une nouvelle ressource humaine à même de mener la transition énergétique. Dans un pays où il y a du soleil en permanence et du vent, l’énergie solaire et celle éolienne sont des pistes à explorer rapidement pour la desserte de certaines villes. Pour ne pas voir la compagnie être foudroyée par cette décharge de dettes chroniques et les consommateurs broyer davantage du noir, il urge d’appliquer une thérapie de choc a notre unique société d’électricité pour que la lumière soit en permanence.

Maliden

22 Octobre 2013